Pénu­rie de main d’œuvre et redé­ploie­ment indus­triel

Pénurie de main d’œuvre et redéploiement industrielCertaines grosses entre­prises du Guang­dong, mais égale­ment d’autres régions de Chine viennent de tirer le signal d’alarme, inquiètes d’une certaine pénu­rie de main-d’œuvre. Si j’étais méchant, mais je ne le suis pas, je dirais à ces diri­geants que c’est bien fait pour eux, car ils n’avaient qu’à lire cet article datant de septembre 2009.

Para­doxa­le­ment donc, et malgré la répu­ta­tion de ce pays d’être un immense réser­voir de main-d’œuvre, certaines entre­prises se voient donc obli­gées d’envoyer des éclai­reurs dans les régions les plus pauvres, afin d’y déni­cher l’oiseau deve­nu rare. Promesses d’un meilleur salaire et d’avantages en tous genres sont propo­sées à des personnes pour qui s’exiler vers les zones côtières ne repré­sente plus « l’eldorado » que ces lieux repré­sen­taient encore avant la crise de l’an passé.

Habi­tués en effet à migrer en masse vers les régions riches, l’année 2009 et son lot de ferme­tures d’entreprises dédiées à l’export, les travailleurs de régions pauvres ont été contraints de trou­ver une solu­tion sur place, et le plan de relance écono­mique inté­rieur a eu pour effet non seule­ment de main­te­nir l’activité, mais égale­ment de fixer bon nombre de ces migrants ayant trou­vé ou créé leur emploi. Coût de la vie moins cher, proxi­mi­té de leur famille, déve­lop­pe­ment de ces régions défa­vo­ri­sées ont fait qu’il est moins tentant de s’exiler à des milliers de kilo­mètres, quand à la fin du mois l’on se rend compte que, bien qu’ayant parfois moins gagné, il en reste davan­tage dans le porte­feuille.

Il faut égale­ment rele­ver que le système écono­mique plus ou moins paral­lèle de ce pays, allié au déve­lop­pe­ment rapide de certaines régions, parti­cipe gran­de­ment à la créa­tion de petits commerces qui, exemp­tés de taxes, four­nissent à leur proprié­taire un reve­nu souvent très supé­rieur à celui qui leur était versé, tout en travaillant bien souvent dans de meilleures condi­tions.

La Chine se dirige-t’ elle donc vers une pénu­rie réelle de main-d’œuvre ? Assu­ré­ment non, et ce, en raison de la souplesse du système chinois, de sa réac­ti­vi­té et surtout des inci­ta­tions faites par le gouver­ne­ment. La pollu­tion à grande échelle de certains pôles indus­triels, mais égale­ment une augmen­ta­tion régu­lière des salaires versés dans les zones dédiées à l’export avait en effet fait réflé­chir les diri­geants depuis quelques années sur ces divers problèmes.

Une région comme le Guangxi par exemple, a les mêmes avan­tages que ses homo­logues du Guang­dong ou de Shan­ghai avec de grands ports, sans avoir les défauts d’une trop grande concen­tra­tion, recé­lant de plus un poten­tiel de main d’œuvre qui autre­fois s’exilait vers ces régions à fort poten­tiel d’emploi. Ce sont donc doré­na­vant les entre­prises qui vont aller au plus près de la main d’œuvre, et non le contraire comme par le passé. Les accords inter­ré­gio­naux et implan­ta­tions d’usines sont donc nombreux, four­nis­sant de fait un travail à de nombreuses personnes employées à la construc­tion de ces infra­struc­tures. Dans le cas du Guangxi, un autre élément est venu jouer en sa faveur, cette fois clima­to­lo­gique, et lié aux trois vagues de froid succes­sives lors des dernières années. Ces aléas clima­tiques ont en effet mis en exergue les problèmes rencon­trés pour expé­dier certains produits agri­coles de base desti­nés à être trans­for­més parfois à des milliers de kilo­mètres. Si la produc­tion de ces denrées n’est pas dépla­çable, les usines de trans­for­ma­tion elles le sont, et cela explique la construc­tion de nouvelles sucre­ries et autres unités visant à fabri­quer un produit fini sans quit­ter la région.

Autre avan­tage de ces dépla­ce­ments, et ce malgré le coût induit par ces nouvelles construc­tions, est le fait que le coût de la main-d’œuvre locale est moins élevé que sur les zones côtières, mais égale­ment que sa moti­va­tion y est supé­rieure, vivant au milieu du tissu fami­lial, ce qui favo­rise une meilleure ambiance béné­fique à « l’harmonie sociale ». Si ce redé­ploie­ment indus­triel devrait prendre quelques années, cinq d’après les prévi­sions, il contri­bue d’ores et déjà au décol­lage écono­mique de régions jusque-là défa­vo­ri­sées, sans pour cela priver les anciennes zones riches de leurs reve­nus prin­ci­paux, l’étendue de ce pays faisant qu’il peut se passer d’une trop impor­tante concen­tra­tion indus­trielle, indis­pen­sable par le passé en raison du retard en matière d’infrastructures routières et ferro­viaires impo­sant d’être au plus près des lieux d’expéditions.

Bien au-delà du simple manque de main-d’œuvre dans certaines régions, c’est un nouveau visage de la Chine qui se dessine et qui, s’il demande un temps d’adaptation, risque de faire de ce pays un bien plus dange­reux concur­rent qu’il ne l’est actuel­le­ment, et ce, tout en déve­lop­pant bien plus en profon­deur le tissu écono­mique jusque-là concen­tré sur quelques points précis du pays, héri­té des anciens comp­toirs et autres colo­ni­sa­tions du passé. Éléva­tion du niveau de vie pour bon nombre de personnes vivant dans des lieux autre­fois encla­vés et défa­vo­ri­sés, meilleures répar­ti­tions d’une indus­trie aujourd’hui bien trop concen­trée, tout cela peut égale­ment être vu comme étant la solu­tion appor­tée par le gouver­ne­ment en place pour se main­te­nir, mettant en avant ses efforts pour que la plus grande partie de la popu­la­tion ait sa part d’un gâteau si long­temps promis, et qu’une trop longue attente pour­rait finir par impa­tien­ter, risquant ainsi de provo­quer un certain nombre de troubles sociaux que les diri­geants veulent abso­lu­ment éviter.

Si cet élément pure­ment poli­tique est à prendre en compte, et semble remettre à bien plus tard une libé­ra­li­sa­tion du régime, le plus impor­tant ne demeure-t’il pas qu’une plus grande partie de la popu­la­tion vive mieux, et ce au-delà des consi­dé­ra­tions pure­ment idéo­lo­giques ?

Ce redé­ploie­ment indus­triel et cette envi­sa­geable évolu­tion du niveau de vie favo­rable à un meilleur épanouis­se­ment peuvent se révé­ler égale­ment à terme être un facteur de relâ­che­ment de certaines brides tenues aujourd’hui ferme­ment par le gouver­ne­ment, mais cela est une autre histoire, et seul l’avenir le dira.