Pas plus crainte que respec­tée : la police de la circu­la­tion

contentEn Chine comme ailleurs certains services publics sont plus craints ou respec­tés que d’autres. Alors que les poli­ciers coif­fés d’une casquette noire ne poussent guère à la plai­san­te­rie dépla­cée, ceux arbo­rant un équi­valent blanc sont régu­liè­re­ment pris à partie par la popu­la­tion, ce en majo­ri­té par celle des auto­mo­bi­listes qu’ils sont char­gés de surveiller. Avec envi­ron 300 décès par an, ces fonc­tion­naires sont expo­sés aux risques liés au fait d’exercer la majeure partie de leur acti­vi­té sur les voies de circu­la­tion, ce qui en Chine consti­tue une source de danger perma­nent.

L’absence de crainte est due au statut même de ces agents, qui bien que fonc­tion­naires ratta­chés à l’État, sont loin de possé­der tous les pouvoirs de leurs homo­logues à la casquette noire. Privés de l’attribution des fonc­tions de ce qui est nommé en France offi­cier de police judi­ciaire, leur mission est de régler la circu­la­tion, d’intervenir sur les nombreux lieux d’accidents, de consta­ter les délits liés au code de la route et de dres­ser les divers procès-verbaux. C’est sur ce dernier point que le bât blesse et qui vaut aux poli­ciers de la route de se retrou­ver en queue de clas­se­ment dans la liste des agents de l’État les plus respec­tés. Ce qui leur est en effet majo­ri­tai­re­ment repro­ché est d’arrondir sensi­ble­ment leurs fins de mois grâce à des prélè­ve­ments très person­nels auprès des auto­mo­bi­listes pris en faute.

Il ne s’agit pas de rele­ver dans quelques dérives une excep­tion confir­mant une règle où l’honnêteté est majo­ri­taire, mais d’une situa­tion plutôt inverse. En dehors des grands shows télé­vi­sés sur la lutte contre l’alcool au volant où tous les véhi­cules sont contrô­lés, quelque soit la cylin­drée de la voiture ou celle rela­tion­nelle des conduc­teurs, petits et gros pois­sons passent régu­liè­re­ment au travers des mailles après s’être acquit­tés d’une somme dont les caisses natio­nales ne verront jamais la couleur. Un autre grief souvent adres­sé à ces agents est leur manque de poli­tesse et souvent même leur agres­si­vi­té. Comme pour les amendes, ce compor­te­ment est toute­fois adap­té à l’origine sociale du chauf­feur, un paysan en mini­van étant bien moins consi­dé­ré qu’un « costard-cravate » en Mercé­dès. Il faut dire que là aussi la renta­bi­li­té y est pour beau­coup, le paysan mal garé ayant quelques diffi­cul­tés à payer les 100 yuans deman­dés au lieu des 200, alors qu’ils ne repré­sentent rien pour une personne plus aisée.

Cette propen­sion a accom­plir sa fonc­tion de service public de manière sélec­tive et très person­na­li­sée vaut par consé­quent à ces poli­ciers d’être régu­liè­re­ment criti­qués, ce qui ne semble pas les affec­ter plus que cela. Les inci­dents avec auto­mo­bi­listes se multi­pliant au fur et à mesure que le trafic routier augmente, leur niveau de popu­la­ri­té se situe bien après celui des éboueurs, soit dans les toutes dernières places dans le cœur des Chinois. Pour certains auto­mo­bi­listes, ces « agents de la force publique » sont même assez trans­pa­rents pour ne pas être vus, comme le prouve la vidéo ci-dessous enre­gis­trée à un carre­four de Nanning.