Partir en vacances : beau­coup de souf­france pour un peu de plai­sir

fouleEn France le mois d’août est tradi­tion­nel­le­ment la période des grands départs, en Chine le Nouvel An est celui des grands retours. Pour les millions de migrants, il ne s’agit pas de se rendre sur le bord de mer, mais au contraire de le quit­ter pour reve­nir vers son lieu de nais­sance. Si une troi­sième diffé­rence notoire existe, c’est sans doute que les voya­geurs n’ont que fort peu de risques d’être ennuyés par un soudain mouve­ment de grève.

Pour cette popu­la­tion déra­ci­née ces quelques jours de congé sont l’occasion de revoir leurs familles, souvent même leurs enfants lais­sés à la garde des grands-parents. Si ce retour procure quelques joies, les migrants doivent toute­fois encore four­nir certains efforts, ce à quoi ils sont habi­tués et qu’ils acceptent sans trop rechi­gner en n’ayant guère le choix. Si les services des chemins de fer ont réali­sé de nets progrès dans le mode de déli­vrance des billets avec des réser­va­tions nomi­na­tives par inter­net, encore faut-il avoir accès à un ordi­na­teur. Il existe égale­ment un système permet­tant de comman­der son ticket à l’aide de son portable, mais là c’est la procé­dure trop complexe qui empêche ces personnes de vali­der la déli­vrance du précieux sésame.

Il ne reste donc plus que les longues heures d’attente dans les halls de gare. Épui­sés par de longs mois de cadences de travail, ces voya­geurs de seconde zone s’endorment au moindre répit, ce qui donne l’occasion aux nombreux vautours errant dans ces lieux de se servir dans les bagages ou les poches des migrants. La police a certes renfor­cé sa surveillance, mais les milliers de personnes présentes sont autant de proies, ce d’autant plus que vivant la plupart du temps en vase clos, elles sont peu au courant des dernières tech­niques de vol.

Inutile de comp­ter sur la soli­da­ri­té d’un passant voyant une main plon­ger dans une poche pour en extraire le porte­feuille, ici on vit pour soi d’une part par cette obli­ga­tion qui veut que l’on ne soit pas un poids pour les autres et d’autre part parce que les problèmes d’autres ne sont pas les siens. Au mieux on tire ensei­gne­ment au vol dont on est le témoin en prenant quelques précau­tions supplé­men­taires, ce qui évite d’être la prochaine victime. Il est par consé­quent impor­tant de se rendre à la gare en compa­gnie d’amis qui surveille­ront les bagages durant quelques minutes de repos dans le vacarme. C’est d’ailleurs avec ces mêmes personnes que s’effectuera le long voyage du retour, celles-ci étant souvent origi­naires du même village.

Une fois les billets enfin ache­tés, ceux qui sont enfin deve­nus de futurs voya­geurs patientent encore jusqu’au jour du départ où ils doivent encore subir les queues inter­mi­nables avant de pouvoir diffi­ci­le­ment caser leurs bagages dans des trains surchar­gés. Là, il faut encore faire atten­tion aux nombreux voleurs qui arpentent les couloirs ou « se trompent de bagages » lors d’un arrêt à une gare.

Après parfois plusieurs dizaines d’heures de train, ce sera l’arrivée à desti­na­tion, les retrou­vailles en famille. Le Nouvel An passé, il faudra faire le chemin inverse en devant affron­ter les mêmes soucis que pour le voyage aller. Le travail repren­dra, ce jusqu’à la prochaine période du Nouvel An où il faudra à nouveau affron­ter les mêmes diffi­cul­tés qui font partie inté­grante de la vie de ces migrants. Si l’on est très loin de l’ambiance des départs en vacances de certaines popu­la­tions occi­den­tales, cette période reste toute­fois excep­tion­nelle en raison du nombre de personnes se dépla­çant ? Mais est-ce réel­le­ment si excep­tion­nel que cela tant ces mouve­ments sont répé­ti­tifs et semblent devoir se perpé­tuer ?