Papa, quand je serai grand, je serai riche !

évolution socialeLa Chine conti­nue son ascen­sion a un rythme soute­nu pous­sant ainsi un certain nombre de récal­ci­trants à admettre que ce pays devient une grande nation tant finan­cière, qu’industrielle et commence même à inno­ver en étant à la pointe de certains secteurs. Il parait aujourd’hui évident, pour ceux qui en doutaient encore, que la Chine va deve­nir à court terme la première puis­sance mondiale, ce qui est somme toute logique quand on regarde tant sa densi­té de popu­la­tion que la surface de pays.
Pays, nation, finance, indus­trie, tous ces mots sont forts lorsqu’ils sont inscrits dans un discours poli­tique ou autre discours élec­to­ral ou propa­gan­diste, mais qu’elle est la place de la popu­la­tion dans cette fulgu­rante avan­cée ?
Les personnes fortu­nées le sont de plus en plus, en Chine comme ailleurs et les échap­pa­toires aux divers taxes et impôts sont aussi présents en Chine que dans d’autres pays pour­tant régis par d’autres régimes poli­tiques. En Chine comme ailleurs, on redis­tri­bue quelques miettes non pas par recon­nais­sance, mais par peur du mécon­ten­te­ment et des mouve­ments sociaux durs.

Il est incon­tes­table que la grande majo­ri­té des Chinois vivent mieux aujourd’hui qu’il y a seule­ment cinq ans, mais cette évolu­tion du niveau de vie est elle en rapport avec l’évolution globale du pays ?
Visi­ble­ment non, car il suffit de sortir un peu des méga­poles et autres zones franches pour s’apercevoir que cette évolu­tion, même si elle touche les zones rurales est très loin de corres­pondre aux arché­types qui défi­nissent une nation qui est en passe de deve­nir la première.
Une fois cette consta­ta­tion aisé­ment faite, il reste à trou­ver des solu­tions, ce qui est nette­ment moins aisé et il suffit pour s’en aper­ce­voir de lire les analyses des grands spécia­listes pour se rendre compte qu’elles s’arrêtent bien souvent à ce stade de la consta­ta­tion.

Prendre aux riches pour donner aux pauvres est la solu­tion la plus avan­cée, même si ce concept n’a jamais été appli­qué aux pays riches qui le sont pour­tant depuis des décen­nies et c’est juste­ment de ce système que sort tout juste la Chine, ce qui a donné les résul­tats que l’on sait. Quand on regarde le montant des réserves engran­gées par l’état, cela impres­sionne, mais répar­ti sur une telle masse de personnes qui vivent souvent modes­te­ment, cela ne repré­sente rien. Vider les caisses pour faire plai­sir à une mino­ri­té d’électeurs est une spécia­li­té de nos systèmes occi­den­taux dont les diri­geants n’ont pas à se soucier, les scru­tins étant rares et peuvent se conten­ter de main­te­nir un ordre social « harmo­nieux », mais pour combien de temps encore ?
Les problèmes risquent en effet de surve­nir, non par les classes d’âges ayant connues les priva­tions du passé, mais par les nouvelles géné­ra­tions pour qui Mao et le PCC sont à ranger au rayon histoire et qui consi­dèrent n’avoir aucune obli­ga­tion de recon­nais­sance pour les diri­geants qui ont héri­té de cette même histoire. Parler de la Chine d’hier ou de celle d’aujourd’hui est en effet à la portée de n’importe quelle personne, pour peu qu’elle ait une connexion à Inter­net pour puiser dans les nombreuses ressources qui s’y trouvent ; parler des cinq, dix ou quinze prochaines années se révèle bien plus aléa­toire, ce qui explique le silence presque total de ceux qui vous prédisent les numé­ros gagnants du loto le lende­main du tirage.

Si une bombe existe bel et bien dans ce pays, la mèche n’en sera pas allu­mée par tel ou tel conflit pseudo-ethnique, mais bien par les jeunes géné­ra­tions parmi lesquelles certains se sentent délais­sés par une évolu­tion qu’ils pensent géné­rale et dont les vitrines sont cette affluence de produits de consom­ma­tion . Au Tibet, les jeunes mani­fes­tants étaient bien plus révol­tés contre cet état de fait que contre un gouver­ne­ment qui, aux dires de certains, brime­rait leur culture ; à choi­sir entre pouvoir se payer la dernière moto ou le denier portable à la mode et la défense d’une culture quel­conque, leur choix se porte majo­ri­tai­re­ment sur ce qu’ils pensent être une marque d’évolution sociale et ne se retranchent bien souvent derrière ce paravent cultu­rel afin de se donner bonne conscience.

Si les diri­geants actuels peuvent faci­le­ment cana­li­ser l’éventuelle colère d’une classe sociale en leur donnant quelques débris de crois­sance, il n’en va pas de même pour une jeunesse qui n’a rien à perdre et pense souvent, pas grand-chose à espé­rer, car si le fossé des géné­ra­tions existe partout, il est forte­ment marqué en Chine. Le chan­ge­ment radi­cal de cap des années 80 a créé cette frac­ture qui se révèle bien plus impor­tante que celle qui provoque de nos jours un certain nombre d’incidents dans nos pays occi­den­taux car bien plus profonde.
Il est peu probable, et cela par culture, qu’une majo­ri­té de jeunes envient les fils à papa des nouveaux riches Chinois, mais il devient de plus en plus insup­por­table pour ces jeunes de voir leurs parents travailler dur et n’avoir toujours qu’un loge­ment vétuste en loca­tion alors que ces mêmes parents trouvent pour leur part, et souvent à juste raison, qu’ils vivent bien mieux qu’avant, pouvant se payer quelques fantai­sies et par-dessus tout une plus longue scola­ri­té pour leurs enfants.

Pour avoir discu­té et enten­du pas mal de ces adoles­cents, c’est moins la richesse qui est criti­quée que la façon de l’étaler et beau­coup d’entre eux critiquent les dépenses, il est vrai parfois somp­tuaires, des diri­geants locaux ou respon­sables d’entreprises qui ont pour leur part beau­coup de mal à assi­mi­ler leur nouveau statut social sans débor­de­ments d’apparences. Gagner de l’argent et deve­nir riche en travaillant, une majo­ri­té de jeunes chinois en rêvent et cela n’a aujourd’hui plus rien de honteux, mais ces jeunes savent aussi que bien peu d’entre eux y arri­ve­ront, du moins au stade qu’ils se sont fixés dans leurs rêves de gosses et dont ils ont bien du mal à sortir. Le plus gros problème de cette jeunesse chinoise est d’être sans repères, car leurs parents ne peuvent comprendre cette impa­tience, ayant passé leur jeunesse sous la doctrine maoïste et qui se sont retrou­vés du jour au lende­main dans un système d’économie hyper­li­bé­rale qu’ils ne comprennent pas toujours. Pour ces jeunes, la vision de l’occident, qu’ils prennent parfois en exemple, est faus­sée par une vision partielle où il leur semble que l’herbe est plus verte ailleurs.

La Chine que nous connais­sons aujourd’hui est un système de tran­si­tion sans doute indis­pen­sable qui va mener ce pays vers un chan­ge­ment des menta­li­tés, mais égale­ment du mode de vie et à plus ou moins long terme d’un chan­ge­ment de régime poli­tique. Ce chan­ge­ment se fera t’-il dans la douceur ? Cela dépend avant tout des parties qui s’opposeront soit des classes sociales plus instruites, mais bien plus pres­sées que celles qui les ont précé­dées face à des diri­geants qui, bien que conscients du problème, ont parfois du mal à chan­ger certaines habi­tudes héri­tées d’un passé aujourd’hui révo­lu.


Article précédentL’opposition Taïwa­naise se réin­carne.
Article suivantUn + un = ?
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.