Des oranges bien plus juteuses que la canne à sucre (3)

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À partir de 2014, les effets des mesures de limi­ta­tion des achats dans l’immobilier se font sentir. Rien de commun avec l’effondrement apoca­lyp­tique annon­cé par certains experts occi­den­taux, mais une plus-value infé­rieure au passé récent pour les inves­tis­seurs et spécu­la­teurs. Cette situa­tion géné­ra­li­sée dans le pays concerne comme d’autres la région indus­trielle du Guang­dong où travaillent des milliers d’enfants d’agriculteurs du Guangxi.

Le chan­ge­ment dans l’équilibre

D’un côté des agri­cul­teurs à la recherche d’investisseurs et de l’autre des chefs d’entreprises dési­rant placer une partie de leurs fonds dispo­nibles, ces deux compo­santes ne pouvaient que trou­ver un terrain d’entente. Dans de nombreux cas, ce sont les enfants des paysans employés dans ces entre­prises qui assurent le lien. Aides finan­cières et déduc­tions fiscales accor­dées par les gouver­ne­ments locaux donnent le dernier coup de pouce à ces inves­tis­se­ments. Des centaines de socié­tés agri­coles sont créées avec des paysans appor­tant les baux de loca­tions, ce qui leur permet d’entrer de plein droit dans le conseil d’administration des sociétés.

L’objectif est de four­nir loca­le­ment les produits pour une part impor­tés de régions éloi­gnées ou d’autres pays. L’agriculture est en premier lieu moder­ni­sée en ce qui concerne le travail des terres. Des ingé­nieurs agro­nomes viennent former les paysans aux nouvelles cultures. En paral­lèle, des spécia­listes de la gestion marke­ting et finan­cière se chargent d’expliquer ces aspects tota­le­ment nouveaux.

Les inves­tis­se­ments dans les futures nouvelles plan­ta­tions de fruits et légumes sont si impor­tants par endroits que les gouver­ne­ments locaux sont obli­gés d’intervenir pour les limi­ter. Il ne s’agit pas d’imposer des jachères comme dans certains « pays déve­lop­pés », mais de préser­ver un équi­libre. Avec des produc­tions à terme plus lucra­tives que la canne à sucre ou le riz, nombreux sont en effet les agri­cul­teurs qui envi­sagent d’abandonner les cultures traditionnelles.

Pas ques­tion toute­fois de brider ce déve­lop­pe­ment appe­lé à faire évoluer le niveau de vie de familles n’ayant pas trou­vé leur place dans le train des années de forte crois­sance. Il n’est pas davan­tage envi­sa­geable de concen­trer les produc­tions à venir entre les mains d’une poignée de socié­tés agricoles.

Concer­ta­tion et formations

Après des mois de réunions entre les parties concer­nées, chaque district du Guangxi se voit attri­bué un quota de terres dédiées aux nouvelles cultures. Les services spécia­li­sés des gouver­ne­ments locaux sont ensuite respon­sables de la distri­bu­tion des lots, ce sous le contrôle du gouver­ne­ment provin­cial afin de limi­ter les risques de corrup­tion. La culture et la surface sont fixées en fonc­tion d’objectifs précis visant à éviter un mal qui s’il n’a rien de spéci­fi­que­ment chinois, a long­temps été une mala­die chro­nique encore loin d’être guérie : la surproduction.

Dans ce nouvel envi­ron­ne­ment, un acteur quelque peu inat­ten­du inter­vient dès le début. Son nom est large­ment connu tant en Chine qu’à l’international : le groupe Aliba­ba. Cette parti­ci­pa­tion majeure sous bien des aspects fera l’objet d’un article spéci­fique du fait de son impor­tance dans le processus. 

Déta­chés pour cause de récoltes

Sur le district d’Hengxian, les oran­ge­raies, d’autres fruits comme le raisin de table et les produc­tions maraî­chères se multi­plient. Si les premières récoltes alimentent les marchés et les gros­sistes locaux, la produc­ti­vi­té en hausse permet de sortir des fron­tières régio­nales. Les reve­nus des paysans sont en nette hausse, ce qui permet aux familles de consom­mer. Cette consom­ma­tion porte sur des domaines divers allant de l’alimentation, des produits de haute tech­no­lo­gie ainsi que celui de l’immobilier.

Lors des pics de cueillettes, un certain nombre d’enfants de paysans, qui travaillent dans le Guang­dong, sont déta­chés sur leurs terres d’origine par leurs employeurs et action­naires d’une des socié­tés agri­coles. Durant « leur séjour » à la campagne, les ouvriers sont rému­né­rés par leur entre­prise, ce qui est fina­le­ment avan­ta­geux pour les deux parties. Pour l’employeur, ce fonc­tion­ne­ment offre en effet la garan­tie de voir reve­nir ses employés, les indus­tries du Guang­dong souf­frant parfois d’une pénu­rie de main-d’œuvre.

Une simple constatation

Passée pour des raisons écono­miques de dicta­ture dure à régime auto­ri­taire pour de nombreux respon­sables poli­tiques occi­den­taux, la Chine conti­nue de surprendre pour son adap­ta­bi­li­té. Alors que des pays, dont la France, éprouvent les plus grandes diffi­cul­tés à s’adapter à la nouvelle donne sociale et écono­mique, la Chine se réforme tout en s’appuyant sur de « vieux » prin­cipes comme celui de l’économie plani­fiée. Bien évidem­ment, ce système n’a rien de parfait, très loin de là, ce d’autant plus que la notion de perfec­tion reste à défi­nir. La Chine n’est certai­ne­ment pas un exemple à suivre, ne serait-ce parce que chaque pays possède sa propre culture, du moins pour ceux qui en ont encore une…