Nous n’irons pas tous aux para­dis fiscaux

Des médias bien inten­tion­nés et toujours aussi libres ont choi­si la tenue du forum de Davos pour enfon­cer bruyam­ment une porte depuis long­temps ouverte. En cette période de très haute tension entre Chine et Japon, le hasard y est sans doute pour rien. De manière toujours aussi origi­nale, ils ont nommé leur exploit spor­tif« China­leaks ». Voici pour­quoi j’ai tardé à commen­ter ce que quelques centaines de millions de Chinois suppu­taient sans pour cela se rouler parterre de colère. La première raison tient au fait que s’agissant de « révé­la­tions » jour­na­lis­tiques, l’affaire d’espionnage chez Renault ou le vête­ment présen­té comme chinois et cause de l’allergie chez une petite fille impose d’être prudent. Ces allé­ga­tions peuvent être tota­le­ment vraies, partiel­le­ment ou pas du tout.

10_opus_dei_monde2007Au pays de Cahu­zac et autres malfai­teurs notoires faisant carrière dans la poli­tique, les médias fran­çais auraient dû se montrer aussi coura­geux et inves­ti­ga­teurs sur ces affaires et les dernières concer­nant de manière très sélec­tive la vie privée de ceux qui l’étalent lorsque cela leur rapporte. Il aurait par contre été inté­res­sant que ces mêmes médias publient la liste complète des clients des para­dis fiscaux qui rappe­lons le, n’ont pas été inven­tés par les poli­tiques chinois qui sont très loin d’y être les seuls dépo­si­taires. Dommage égale­ment que nos spécia­listes de l’information se soient montrés si peu curieux sur les acti­vi­tés de la NSA, ce qui aprio­ri ne demande pas plus d’efforts que de plon­ger dans l’antre opaque des para­dis fiscaux.

Une deuxième raison est que je ne tiens pas à payer pour avoir enfon­cé une porte ouverte. Contrai­re­ment aux jour­na­listes confor­ta­ble­ment instal­lés dans un fauteuil de leur salle de rédac­tion, le mien est en perma­nence éjec­table. Le Monde n’étant plus acces­sible depuis la Chine (du moins d’ici) depuis la publi­ca­tion de ces « révé­la­tions », je ne tiens pas à écoper de la même sanc­tion et d’autres touchant à la pour­suite de ma vie dans ce pays. Dégon­flé ? Peut-être avec de plus aucun penchant à commen­ter les rumeurs, ce même si elles ont de fortes chances d’être fondées. Pour info, il est vrai que dimanche soir Inter­net s’est forte­ment ralen­ti au point de deve­nir inuti­li­sable. De là à en déduire que ce frein a été action­né en raison de la publi­ca­tion reprise par Le Monde, il y a un pas que je ne fran­chi­rai pas. Bien que la censure puisse y être pour quelque chose, il faut égale­ment prendre en compte une possible satu­ra­tion due à la hausse des connexions résul­tant du début des congés scolaires. Par consé­quent, c’est peut-être …

paradis2La dernière raison est liée au nom même de ce site qui se veut un miroir de la vie des Chinois et non une machine à mastur­ber intel­lec­tuel­le­ment l’auteur. Contrai­re­ment à certains « peuples évolués » qui se réveillent en appre­nant que leur président ne couche pas toujours avec celle présen­tée à tort comme la « Première dame » ou qu’un ministre méde­cin a oublié de décla­rer certains reve­nus, l’immense majo­ri­té des Chinois est parfai­te­ment au courant des détour­ne­ments opérés par leurs diri­geants poli­tiques. Sans en connaître les montants réels, ils ont parfai­te­ment conscience que les courants d’air provo­qués par la campagne anti­cor­rup­tion ne sont que la partie émer­gée de l’iceberg. Un exemple est les soup­çons portant sur l’enrichissement de l’épouse d’un très haut repré­sen­tant poli­tique spécia­li­sée dans le marché du jade et qui hante depuis long­temps certains couloirs.

Une vie s’étant sensi­ble­ment amélio­rée pour une majo­ri­té de Chinois ces dernières décen­nies, une culture basée sur une discré­tion perma­nente permet­tant des acti­vi­tés pas toujours « très nettes » s’ajoute à un « On n’en a rien à faire tant que cela ne m’enlève rien » dont la portée s’applique à tous les secteurs de la société.

Pour­quoi la censure alors ? Combien de Fran­çais appré­cient de révé­ler leurs reve­nus ou d’inscrire sur leurs décla­ra­tions d’impôts les sommes gagnées par le travail au noir ? Cahu­zac n’a-t-il pas plusieurs fois affir­mé ne possé­der aucun compte à l’étranger ? DSK n’a-t-il pas hurlé au mensonge ? Face à des réseaux sociaux enclins à propa­ger les rumeurs les plus folles, les auto­ri­tés chinoises ont opté pour la vieille méthode consis­tant à fermer les vannes. Ce mode de fonc­tion­ne­ment est sans aucun doute criti­quable, mais ce ne sont pas quelques rouleaux de PQ surtout « jour­na­lis­tiques » qui le chan­ge­ra. Pour ce qui est de la véra­ci­té des allé­ga­tions sur des sommes impor­tantes placées dans des para­dis fiscaux, mon avis est que si l’en était autre­ment alors la Chine serait une exception.