Neil Armstrong au secours de la diplo­ma­tie chinoise

Les médias chinois étant sous l’étroit contrôle du pouvoir poli­tique, ce à la diffé­rence de ceux occi­den­taux placés sous la tutelle de la finance, il est normal que ces cour­roies de trans­mis­sion soient utili­sées lorsque le besoin s’en fait ressen­tir. Le sujet dont il est ques­tion depuis quelque temps est la tension montante entre la Chine et le Japon au sujet des îles Diaoyu/Senkaku. Les USA venant de propo­ser leur aide au nom de leur éter­nelle bonté et du trai­té impo­sé par le premier après la capi­tu­la­tion japo­naise, la tension est montée d’un cran.

Aucun hasard tant dans la décla­ra­tion d’aide de la part des USA, pas plus que dans la réac­tion colé­rique des auto­ri­tés chinoises, les deux éléments étant liés à la visite program­mée en septembre de Léon Panet­ta, secré­taire char­gé de la défense (ou de l’attaque). Côté médias chinois on prépare autant l’opinion publique à cette visite qu’à un possible conflit armé, les diri­geants japo­nais quant à eux multi­pliant les contacts avec la Corée ou faisant leurs tradi­tion­nelles cour­bettes à une Hila­ry Clin­ton aussi fière qu’une poule à qui le roi de la basse-cour vient rendre ses hommages, ou dans ce cas précis vient appor­ter quelques preuves supplé­men­taires de soumis­sion.

Ce sont par consé­quent plusieurs repor­tages à voca­tion politico-militaire qui sont diffu­sés par les médias chinois, le tout lié par une sauce histo­rique corri­gée « maison » visant à expli­quer que les bouts de terres au centre du conflit sont la proprié­té de la seule Chine, ce même si elle en doute elle-même.

Divers spécia­listes locaux venant expli­quer la version offi­cielle, les mines sont graves et le ton ferme à l’encontre des USA, jugé comme s’occupant de choses qui ne les regardent pas. La popu­la­tion pour sa part restant majo­ri­tai­re­ment en dehors de cette affaire en n’ayant aucun grief parti­cu­lier contre le peuple améri­cain et encore moins contre ses entre­prises qui lui four­nissent une bonne part de travail et de produits plus ou moins utiles, convaincre s’avère des plus diffi­ciles. Heureu­se­ment pour les auto­ri­tés en charge de « l’information », le hasard vient de leur donner un coup de pouce bien­ve­nu.

Suivant en effet les airs graves des experts ne se gênant pas pour criti­quer l’omniprésence mili­taire des USA, un repor­tage empreint d’un respect des plus pronon­cés concer­nant Neil Armstrong décé­dé derniè­re­ment. Vantant alors tant l’homme que le savoir-faire US dans le domaine spatial, les présen­ta­teurs sont soudai­ne­ment deve­nus souriants, une larme étant même percep­tible dans un des yeux d’une des inter­ve­nantes. Commen­çant à connaître un peu la métho­do­lo­gie chinoise et son haut degré de maîtrise de la diplo­ma­tie, je peux sans trop de crainte de me trom­per affir­mer que tout cela était program­mé. Prou­vant en effet ainsi qu’il n’existait aucune agres­si­vi­té mala­dive à l’encontre des États-Unis, la posi­tion offi­cielle sur le conflit avec le Japon en ressort renfor­cée, la Chine démon­trant qu’elle savait faire la diffé­rence entre les situa­tions en refu­sant tout amal­game.

Un grand moment de télé­vi­sion et une bonne leçon de diplo­ma­tie à desti­na­tion de l’opinion publique chinoise.