Ne crai­gnez rien, nous ne sommes pas des policiers

huÂgé de 34 ans, Hu est un poli­cier de terrain. Grande crimi­na­li­té et trafics de stupé­fiants sont le quoti­dien de ce chef-adjoint de la police de Loudi dans le Hunan. Depuis quelques jours, il enquête dans le Guangxi en compa­gnie de son équipe du fait d’une compé­tence terri­to­riale nationale .

Ce sont au total sept personnes qui entrent dans un petit restau­rant de Pingnan ce soir du 28 octobre 2013. Après avoir ingur­gi­té une grande quan­ti­té d’alcool, Hu et ses collègues poli­ciers deviennent bruyants, ce qui leur vaut de se faire expul­ser du restau­rant. Tout en marchant, Hu en colère sort son arme de service et tire en l’air.

Les poli­ciers entrent ensuite dans un autre restau­rant et s’installent à une table. L’établissement est à l’image du village en limi­tant son menu à de la bière et quelques plats à base de pâtes ou de riz. Après que les poli­ciers se soient parta­gé une nouvelle bouteille d’alcool, Hu réclame du thé. Ne propo­sant pas cette bois­son et ne dési­rant pas s’encombrer de ces clients ivres, la patronne du restau­rant répond sur un ton sec à Hu qu’elle n’en a pas.

Hu sort alors à nouveau son arme et la pose bien en vue sur la table tout en réité­rant sa demande. La patronne effrayée répond à nouveau qu’elle n’a pas de thé. Hu se lève, saisit son arme et pose le canon sur la tête d’un client atta­blé juste à côté en renou­ve­lant sa demande sur un ton mena­çant. Malgré la situa­tion très tendue et tota­le­ment déme­su­rée, les coéqui­piers de Hu n’interviennent pas pour le calmer.

Les clients du restau­rant sont terri­fiés en pensant qu’il s’agit d’une bande mafieuse en étant à cent lieues de s’imaginer que ce sont des poli­ciers. Bien qu’aussi terro­ri­sée, la patronne du restau­rant répond à nouveau à Hu qu’elle n’a pas de thé. Hu lâche le client pris en otage, vise la jeune femme de son arme et appuie sur la gâchette. En enten­dant la déto­na­tion, le mari inter­vient et reçoit une balle dans une épaule.

La jeune femme enceinte de 8 mois s’écroule, mortel­le­ment atteinte à la tête par le projec­tile. Les sept poli­ciers quittent alors les lieux sans même se préci­pi­ter. Quelques heures plus tard, la voiture dont le signa­le­ment a été donné par des témoins est bloquée par un barrage de police. Hu sort son insigne pour appuyer son appar­te­nance à la police sans avoir réel­le­ment pris conscience de la situa­tion. Amené au commis­sa­riat en compa­gnie de ses six équi­piers, c’est là qu’il apprend qu’il a tué la jeune femme et future mère.

Dans le petit village de Pingnan, l’émotion créée par ce crime se teinte de crainte en appre­nant que l’assassin est un poli­cier, de plus éminent membre du PCC local. Le risque de voir l’affaire étouf­fée est réel, le silence étant un produit négo­ciable partout dans le monde, ce en Chine plus qu’ailleurs. Le mari de la jeune femme décé­dée étant hospi­ta­li­sé, ce sont les familles qui main­tiennent la pres­sion sur les auto­ri­tés. Dans la semaine suivant le crime, une première propo­si­tion d’indemnisation est présen­tée par des cadres locaux envoyés en mission.

Cette première offre refu­sée par les familles, les suivantes sont majo­rées pour atteindre les 10 millions de yuans. Il y a d’une part la volon­té de faire retom­ber une pres­sion toujours nuisible à l’ordre public et d’autre part de permettre à Hu de se présen­ter devant les juges avec une preuve de sa volon­té à répa­rer ce qui demeure toute­fois irré­pa­rable. Quel que soit le cas, la justice chinoise prend en consi­dé­ra­tion les dédom­ma­ge­ments amiables en se montrant moins sévère. Bien que pauvre, la famille de la future mère décé­dée refuse cette média­tion en argu­men­tant que ce n’est pas l’argent public qui doit la dédom­ma­ger, mais Hu en personne. « Une vie contre une vie » est l’argument majeur de la mère de la jeune femme fermant ainsi la porte à une possible médiation.

Quelques jours avant la date du procès fixée au 17 février, les parents de Hu vont tenter de convaincre la famille de la jeune femme et son mari. Excuses accom­pa­gnées de nombreuses larmes et promesse d’une forte somme d’argent ne s’avéreront pas davan­tage convaincantes ;

Après avoir lu la lettre d’excuses rédi­gée par ses avocats, Hu a été condam­née à la peine de mort sans même béné­fi­cier des deux ans de sursis fréquem­ment accor­dés. Ces deux ans étant souvent syno­nymes d’une trans­for­ma­tion de la peine capi­tale en prison à vie (en réali­té 15 à 20 ans), il ne reste plus à Hu qu’à espé­rer la clémence du tribu­nal char­gé de le reju­ger en appel. Sans pouvoir présen­ter de média­tion finan­cière abou­tie, le risque de voir la peine confir­mée est grand, la famille n’entendant pas faire retom­ber la pres­sion exer­cée sur l’opinion publique et les auto­ri­tés. Concer­nant les six autres poli­ciers, ils ont été démis de leurs fonc­tions dès les premiers jours suivant ce drame.