Nanning : la vitrine au service du commerce chinois

Les ChinoisPour ce nouvel article sur le Guangxi, nous allons quit­ter provi­soi­re­ment la campagne pour nous rendre à Nanning, la capi­tale de région. Après une grosse heure d’autobus, on arrive à la gare routière, point d’arrivée et de départ pour les centaines de bus desser­vant les diffé­rentes loca­li­tés de la région. Si M. Roubi­ni () avait visi­té ce lieu en 2005, il aurait pu mettre dans son argu­men­ta­tion cet immense bâti­ment perdu au milieu des champs. En 5 ans, les construc­tions se sont multi­pliées et il n’y a plus aujourd’hui un seul mètre carré qui ne soit pas construit. Pour rejoindre la ville propre­ment dite, on emprunte Minzu Dadao (l’avenue des ethnies), espèce de vitrine de ce que devient cette ville. Comme dans toutes les villes chinoises les immeubles à l’architecture plus ou moins futu­ristes y pullulent, ce qui sous cet aspect fait ressem­bler une agglo­mé­ra­tion à une autre, ce qui en ce qui me concerne ne me donne guère envie d’y rester trop long­temps. Cette avenue longue de 12 km reste toute­fois très agréable, car bordée d’arbres et de parcs dont les auto­ri­tés s’enorgueillissent

Trois kilo­mètres après la gare routière se profile un bâti­ment au desi­gn deve­nu célèbre. Il s’agit du parc des expo­si­tions, lieu qui héberge chaque mois d’octobre l’exposition et les diverses acti­vi­tés liées aux échanges commer­ciaux entre la Chine et l’ASEAN. C’est sans aucun doute ce siège deve­nu perma­nent qui vaut à Nanning son déve­lop­pe­ment actuel, son rôle s’étant de plus accru depuis l’an dernier où le Guangxi est deve­nu une zone de libre-échange avec les diffé­rents pays formant cette asso­cia­tion. Au fil des années, Nanning a nota­ble­ment vu augmen­ter le nombre d’investisseurs, ceux-ci venant tant des pays voisins que des autres régions de Chine. Passé de quelques années de 3 à 6 millions d’habitants, Nanning a donc dû s’adapter aux demandes en loge­ments, et c’est cette plaine de Lang­dong autre­fois à voca­tion agri­cole qui a été choi­sie pour construire des milliers de loge­ments.

Le prix de l’immobilier de cette zone a bien évidem­ment consi­dé­ra­ble­ment augmen­té, et il faut comp­ter aujourd’hui un mini­mum de 5000 yuan pour acqué­rir un m². Malgré ce prix élevé pour la région les immeubles se multi­plient, même si depuis un an les nouvelles taxes et restric­tions ont donné un coup de frein assez brutal à ce qui n’était dans bien des cas que de la spécu­la­tion. Le côté snob exis­tant dans cette ville comme ailleurs en Chine et dans le monde, il est par consé­quent de bon ton de dire que l’on réside à Lang­dong, voire sur Minzu Dadao, ce qui donne une certaine conte­nance dans les cercles nouvel­le­ment embour­geoi­sés.

Si le salon annuel de l’ASEAN + Chine est le point le plus voyant des acti­vi­tés commer­ciales, les affaires propre­ment dites se préparent bien avant, mais aussi après. Si la France y est présente depuis quelques années, les contrats signés sont ceux que l’on réserve pour le jour de l’inauguration, ne repré­sen­tant qu’une infime partie du busi­ness lié à ces échanges. Les quelques jours du salon ne sont en effet qu’une espèce de foire-exposition et c’est bien plus en profon­deur que se fait le chiffre d’affaire, ce que certains expo­sants étran­gers semblent bien avoir du mal à comprendre. La présence de ces quelques pays non membres de l’ASEAN n’est par consé­quent qu’anecdotique et sert en prio­ri­té les affaires de la Chine qui en profite pour mettre en avant cette présence valo­ri­sante pour ses seules entre­prises. Il suffit en effet de lire le slogan affi­ché sur la tour du parc des expo­si­tions pour comprendre qu’il s’agit avant tout d’une mani­fes­ta­tion chinoise à desti­na­tion des seuls chinois. 10+1, soit les dix pays membres de l’ASEAN plus la Chine ne laissent en effet planer aucun doute sur les dési­rs de l’organisation, ce qui impose d’être parfai­te­ment inté­gré au tissu commer­cial chinois avant d’envisager tirer quelques béné­fices de cette mani­fes­ta­tion.

Une fois passée cette vitrine commer­ciale, nous entrons réel­le­ment dans la ville, ce qui permet de reve­nir en Chine, ou du moins dans celle qui ne tente pas coûte que coûte de ressem­bler à ce qu’elle n’est pas. C’est cette partie de la ville que nous verrons dans le prochain article, celle-ci se révé­lant bien plus inté­res­sante que les guir­landes multi­co­lores d’une pseudo-modernité érigée pour cacher non pas la misère, mais la simple réali­té.

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