Miracle chinois : mode d’emploi d’une résur­rec­tion

résurrectionEn ce jour de résur­rec­tion du Christ il est logique de s’intéresser à quelque chose de surna­tu­rel, du moins pour ceux trou­vant mira­cu­leux quelque chose que l’être humain ne peut expli­quer. Celui-ci pensant parfois tout savoir il peut donc tout expli­quer, ce qu’il ne comprend pas deve­nant dès lors extra­or­di­naire. Si certains phéno­mènes décrits comme miracles ont été acca­pa­rés par les reli­gions pour en faire leur fonds de commerce, celui décri­vant l’actuel essor écono­mique de la Chine n’a pas davan­tage d’aspects surna­tu­rels.

N’importe quelle nation est en effet capable d’appliquer la même méthode sous la condi­tion expresse de partir d’une base vierge ou nettoyée de son passé histo­rique, social et poli­tique. De la même manière que l’on cultive un champ, il est impor­tant de veiller à ce que de « mauvaises herbes » ne viennent asphyxier cette écono­mie nais­sante, ce qui impose une gestion auto­ri­taire. S’il a été possible par la suite de préle­ver une certaine quan­ti­té de graines sur la précé­dente récolte pour donner nais­sance à la prochaine, en Chine ce sont les inves­tis­se­ments étran­gers qui ont appor­té les premières semences.

La raison de cette volon­té de faire pous­ser ailleurs que chez soi ce qui y sera consom­mé est simple. En deman­dant à ce que les récoltes des pays riches soient plus équi­ta­ble­ment répar­ties en termes de reve­nus, les produc­teurs en ont fait consi­dé­ra­ble­ment augmen­ter le prix, ce en supplé­ment d’un rythme de travail revu à la baisse. Comme pour les agri­cul­teurs qui veulent assu­rer leurs produc­tions contre les dégâts causés par la grêle ou la séche­resse, les contrats sociaux sont venus s’ajouter à un coût de revient déjà en hausse.

En Chine, rien de tout cela et même la reli­gion, source d’opposition idéo­lo­gique, est réduite à sa plus simple expres­sion au béné­fice de la produc­tion à tout prix et non de la produc­ti­vi­té comme dans bien d’autres pays. Une des forces prin­ci­pales de la Chine est en effet sa démo­gra­phie et sa dispa­ri­té de reve­nus. Si pour un Fran­çais gagner 50 € de plus est négli­geable si cette hausse de salaire s’accompagne de l’obligation d’un éloi­gne­ment de son domi­cile, gagner deux ou trois fois ce que l’on peut espé­rer chez soi fait en Chine se dépla­cer des millions de Chinois. C’est en fait ce trans­fert de main d’œuvre qui a donné à la Chine son essor écono­mique, un quel­conque miracle y étant tota­le­ment étran­ger. Inter­vient ensuite un système ultra décen­tra­li­sé où chaque région et même district jouit d’une indé­pen­dance s’apposant au carcan impo­sé par les déci­sions gouver­ne­men­tales des nations occi­den­tales et surtout démo­cra­tiques. Cette décen­tra­li­sa­tion à outrance présente certes de nombreux incon­vé­nients, mais à un énorme avan­tage qui est la possi­bi­li­té d’appliquer à des zones très réduites des fonc­tion­ne­ments macro-économiques spéci­fiques aux besoins locaux. Cette adap­ta­bi­li­té à un péri­mètre déli­mi­té permet en effet de dessi­ner autant de contours utiles au déve­lop­pe­ment écono­mique, alors que pour bien d’autres pays les déci­sions se font à l’échelon natio­nal et se révèlent par endroits trop rigides.

L’absence de démo­cra­tie est égale­ment pour une part impor­tante dans cette évolu­tion de l’économie chinoise, qui tout en restant très rela­tive n’en est pas pour le moins réelle, ce d’autant plus qu’elle est partie de très bas. Débar­ras­sée d’une possible alter­nance poli­tique, la Chine peut en effet s’axer sur son seul objec­tif d’enrichissement sans avoir à parta­ger plus qu’il n’est indis­pen­sable le gâteau de la crois­sance. Un des prin­cipes de base de ce système étant que rien n’est donné, mais doit se prendre, seuls les plus ambi­tieux montent l’échelle sociale, rien n’empêchant offi­ciel­le­ment aux autres de faire de même. Dans la réali­té les choses sont sensi­ble­ment diffé­rentes puisque pour fonc­tion­ner le système a besoin d’une masse impor­tante de personnes aux reve­nus modestes pour l’alimenter.

Si des riches qui le sont de plus en plus grâce à ce mode de fonc­tion­ne­ment n’ont aucune raison de le remettre en ques­tion, il en est de même pour la « nouvelle classe moyenne » qui en trente ans a vu son niveau de vie être nette­ment amélio­ré par rapport à la période précé­dente. Quelques dizaines de millions d’habitants se conten­tant de peu alors qu’ils n’avaient rien sont une garan­tie de survie d’un système ayant rayé de ses tablettes tous les repères ayant un lien avec une vie en socié­té au vrai sens du terme. Si la Chine existe encore, elle ne le doit pas en effet à sa socié­té, mais à l’individualisme de plus d’1 milliard 300 millions d’habitants agis­sant chacun en fonc­tion de ses propres inté­rêts.

La ques­tion à se poser est celle concer­nant la viabi­li­té d’un tel système. Penser qu’un jour tous les Chinois vivront de manière décente relève là d’un miracle qui n’est pas près de se produire. En dehors même de la volon­té du sommet de garder un réser­voir de main d’œuvre à qui l’on donne quelques miettes, il sera toujours plus diffi­cile aux Tibé­tains de seule­ment envi­sa­ger un niveau de vie proche des habi­tants des zones côtières pour de simples raisons géogra­phiques. Malgré ces dispa­ri­tés, la Chine n’est pas appe­lée à subir un profond chan­ge­ment à court et moyen terme, et ce comme pour les premiers inves­tis­se­ments étran­gers, grâce à l’occident. Certains pays dits riches restant les réfé­rences à égaler, leur déclin progres­sif les rapproche du niveau moyen chinois, ce qui s’avère être une excel­lente chose pour le système chinois. Tout en restant d’incontournables clients utiles pour faire fonc­tion­ner la machine, ce rappro­che­ment en fait égale­ment des four­nis­seurs, ce qui est cette fois utile pour démon­trer l’efficacité du système puisque grâce à lui des Chinois ont accès aux mêmes produits que leurs réfé­rences.

Voilà ce qu’est le miracle chinois qui n’a en fait d’aspect surna­tu­rel que l’absence d’un visage humain qui pour­rait donner un semblant d’utilité à ce que certains trouvent être une réus­site. Si être proprié­taire d’un ordi­na­teur pour plan­ter des choux virtuels, ache­ter à trois fois sont prix un loge­ment que l’on ne peut pas toujours occu­per faute qu’il soit termi­né ou délais­ser les trans­ports en commun bondés pour son propre véhi­cule ache­té à crédit, sont une marque de réus­site sociale, alors on peut dire qu’une partie des Chinois ont réus­si à se rendre encore plus malheu­reux qu’ils ne l’étaient aupa­ra­vant. Un vrai miracle en effet …

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.