Médias : tout, son contrai­re et n’importe quoi

Il y a long­temps que je n’ai pas tapé sur les médias. En fait il n’y a pas si long­temps que cela tant les occa­sions sont nombreu­ses. Il aurait pu être ques­tion du silen­ce des grands médias fran­çais sur la réunion tenue à Genè­ve concer­nant la situa­tion de l’Ukraine. Après nous avoir abreu­vé d’articles sur le poids de l’Europe en géné­ral et de la Fran­ce en parti­cu­lier dans cette histoi­re, c’est la queue entre les jambes que médias et poli­ti­ques rejoi­gnent la niche ornée du célè­bre « In USA we trust ».

Cette fin de bataille peu glorieu­se n’étant pas à l’avantage des guérille­ros euro­péens, les médias préfè­rent se taire, ce qui est au moins un point posi­tif. Ce qui justi­fie cet arti­cle est l’action d’un grou­pe de mili­tants anti-capitalistes de Paris qui ont crevé les pneus de quel­ques centai­nes de Velib’ appar­te­nant à la socié­té JCDe­caux. Pour­quoi s’en pren­dre à des vélos ? D’abord parce que pour ce style de révo­lu­tion­nai­res en salon cette action est moins risquée que d’envahir l’Élysée ou Mati­gnon. La raison invo­quée est l’accord passé entre le minis­tè­re de la Justi­ce et JCDe­caux visant à faire travailler sans rému­né­ra­tion des mineurs délin­quants. Cette dispo­si­tion n’est acces­si­ble qu’aux mineurs inter­pel­lés pour des faits de vol ou dégra­da­tion sur des Vélib’ et dont le casier judi­ciai­re était aupa­ra­vant vier­ge, le tout au titre de la réin­ser­tion socia­le.

Ce qui est à mourir de rire dans cette affai­re impo­sant au Figa­ro de jouer son rôle de défen­seur du capi­tal est que ce même média avait large­ment repris en sont temps la publi­ca­tion d’un arti­cle faisant état de l’emploi de stagiai­res mineurs dans les usines de Foxconn en Chine. Dans ce cas, il ne s’agissait pas d’exploiter une main-d’œuvre gratui­te puis­que les stagiai­res étaient rému­né­rés en échan­ge de leur travail. Il est vrai qu’il ne s’agissait pas de délin­quants, mais de jeunes diplô­més venus goûter aux plai­sirs des chaî­nes d’assemblage. Loin d’être parfait, ce systè­me a toute­fois pour avan­ta­ge de faire toucher du doigt le monde du travail de base à des diplô­més, ce qui contras­te avec la majeu­re partie des poli­ti­ques fran­çais qui n’ont jamais mis les pieds dans un atelier.

Aujourd’hui, Le Figa­ro prend fait et cause pour un membre de la famil­le des grands annon­ceurs publi­ci­tai­res et finan­cier direct ou non des campa­gnes élec­to­ra­les. Les droits de l’homme et autres grands senti­ments huma­nis­tes appa­rais­sent ainsi aussi diffi­ci­les à expor­ter qu’à appli­quer à soi-même. Concer­nant le fond de ce fait divers, les anti-capitalistes semblent avoir un certain retard à l’allumage, le travail carcé­ral étant prati­qué depuis long­temps en Fran­ce avec à une époque des conces­sion­nai­res tels que L’Oréal, Bic et autres gran­des entre­pri­ses (plus de préci­sions ici).

Il faut toute­fois préci­ser qu’en supplé­ment d’être la cour­roie de trans­mis­sion de la droi­te, Le Figa­ro est égale­ment un spécia­lis­te des silen­ces embar­ras­sés. Rien par exem­ple sur la mise en examen de son patron, mais les gros titres pour la récen­te démis­sion du conseiller de Fran­çois Hollan­des. Bien que vivant dans le même panier, il semble que les crabes ne se mélan­gent pas, du moins en appa­ren­ce et en public.