Manuel Valls : le retour du j’ai dit

Contrai­re­ment aux appa­ren­ces, Manuel Valls fait bien partie du Parti socia­lis­te. Il y est même inscrit depuis 1980, ce qui ne lais­se planer aucun doute sur ses convic­tions. Malgré cette ancien­ne­té dans la maison, le nouveau Premier minis­tre est très loin de faire l’unanimité dans ses propres rangs. Sans même parler des rats écolos qui quit­tent le navi­re pour sauver leur petit commer­ce de la failli­te, l’intérieur même de l’immeuble PS gron­de après cette nomi­na­tion. Les raisons en sont majo­ri­tai­re­ment oppor­tu­nis­tes pour ne pas dire arri­vis­tes ou pour résu­mer poli­ti­ques.

Gauche ou droi­te, le sort des fran­çais n’intéresse que peu ces boni­men­teurs avec pour seul objec­tif de conser­ver leur place au soleil. Pour cela, ils ont besoin des élec­teurs qui en appor­tant leurs voix leur donnent la possi­bi­li­té d’accéder au gâteau qu’ils se parta­gent depuis des décen­nies. Cette gran­de famil­le bien plus unie par inté­rêt person­nel que par celui de guider les Fran­çais voit par consé­quent d’un mauvais œil l’arrivée de celui n’affichant pas toujours les mêmes idées que ses congé­nè­res (en 1 mot) du PS. Je préci­se « affi­chant », car en tant que diri­geant poli­ti­que Manuel Valls est avant tout un spécia­lis­te du marke­ting.

Pour les VRP du PS, le nouveau capi­tai­ne prend un cap à droi­te incom­pa­ti­ble avec la vague feuille de route rédi­gée en 2012. Erreur de l’affréteur du navi­re ? Peut-être, mais il n’avait rien d’autre à mettre à la barre. Les préten­dants aux postes de rameurs étant rares, Manuel Valls a dû conser­ver une partie de l’ancien équi­pa­ge, pour­tant à bout de souf­fle, et a raclé les fonds de tiroirs du PS pour en extrai­re de quoi complé­ter son équi­pe. C’est ainsi que Ségo­lè­ne fait sa réap­pa­ri­tion, ce qui lui vaudra de temps à autre de séjour­ner dans cet Élysée dont elle a tant rêvé. Ce dont il est ques­tion ici concer­ne les entre­vues profes­sion­nel­les avec le prési­dent de la Répu­bli­que et non avec Fran­çois Hollan­de, père des quatre enfants de Ségo­lè­ne Royal. Au PS, on ne mélan­ge pas les genres, ni les fonc­tions, mais tout en restant en famil­le.

Puisqu’il est ques­tion de famil­le, revenons-en au premier minis­tre qui n’en fait d’ailleurs pas tota­le­ment partie. Manuel Valls est en effet au socia­lis­me fran­çais ce que son collè­gue Jérô­me Cahu­zac est à la justi­ce fisca­le : ils en parlent beau­coup, mais ne l’appliquent que lorsqu’ils ne sont pas concer­nés. De plus, Manuel Valls est un Rocar­dien, ce courant ayant toujours été mal accep­té par les dino­sau­res du PS. Rappe­lons que Michel Rocard avait été à l’origine d’une vague de mécon­ten­te­ment venant là enco­re de son parti lorsqu’il avait pronon­cé cette phra­se restée célè­bre : « La Fran­ce ne peut pas accueillir toute la misè­re du monde » auquel il est honnê­te d’ajouter sa suite souvent tron­quée « mais elle doit pren­dre sa part ».

Certains disent avoir retrou­vé un sens proche dans les propos de Manuel Valls au sujet des Roms, ce qui a provo­qué la même colè­re de la part de ceux déjà bien sage­ment assis sur les sièges du PS en 1989. Pour­quoi cette défian­ce vis-à-vis du nouveau Premier minis­tre ? Pour des raisons simple­ment élec­to­ra­lis­tes. Nombreux étant les dépu­tés PS qui sont élus par la partie la plus forma­tée de leur élec­to­rat, des propos pas vrai­ment de gauche risquent de leur coûter cher lors des premiers scru­tins. Il devient dès lors urgent de s’éloigner de cette ligne poli­ti­que, quit­te à y reve­nir si la mayon­nai­se prend et que les voix des bobos de gauche peuvent être rempla­cées par celles venant du centre gauche, voire de droi­te. Le risque d’un détour­ne­ment d’une partie de l’électorat de droi­te est égale­ment loin de faire souri­re ceux qui se voyaient aux affai­res en 2017. Un travail effi­ca­ce de Manuels Valls durant les années à venir donne­rait la situa­tion suivan­te lors des élec­tions prési­den­tiel­les :

  • Fran­çois Hollan­de posant ses vali­ses dans le sens départ sur les marches de l’Élysée dès le premier tour.
  • Sarko­zy ou Juppé faisant de même, mais dans le sens arri­vée après avoir réser­vé les hôtels pour leur séjour de 5 ans tant ils sont certains de leur succès.
  • Manuel Valls faisant le plein des voix centris­tes, c’est-à-dire à gauche et à droi­te de cette ligne de démar­ca­tion aussi histo­ri­que qu’artificielle.

Il est dès lors logi­que que cette nomi­na­tion soit aussi mal perçue à gauche qu’à droi­te, tant ces deux piliers de la vie poli­ti­que fran­çai­se sont profon­dé­ment ancrés dans le sol. Ce qui est certain est que les prochains mois risquent d’être enfin drôles pour les Fran­çais obser­vant cette situa­tion où gauche et droi­te s’unissent pour préser­ver leurs seuls inté­rêts. Pour ceux qui s’inquièteraient de la Fran­ce, qu’ils soient rassu­rés, la clas­se poli­ti­que n’a qu’un effet très limi­té sur le fonc­tion­ne­ment écono­mi­que du pays et la Fran­ce ne se porte­ra que mieux durant cette absen­ce dictée par l’instinct de survie d’une race hélas loin d’être en voie d’extinction.