Mafieux de père en fille : la belle Maonan

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Lors de la deuxième partie de la guerre civile, les troupes commu­nistes se voient confron­tées à deux enne­mies que sont l’armée natio­na­liste et celle moins homo­gène formée de centaines de bandes mafieuses. Majo­ri­tai­re­ment dissé­mi­nées dans les campagnes de l’intérieur du pays, ces tribus se composent de centaines de membres. Régnant la plupart du temps par la terreur sur un terri­toire trans­mis de géné­ra­tion en géné­ra­tion, elles n’ont jamais été aussi riches et puis­santes que lors de la période de la guerre civile. Finan­cées tant par les Japo­nais que par les natio­na­listes, ces « armées de l’ombre » s’allient contre les forces commu­nistes non par idéo­lo­gie poli­tique, mais par inté­rêt personnel.

Après la fin du conflit entre les deux camps offi­ciels, l’armée chinoise devra livrer d’âpres combats contre ces bandes deve­nues d’autant plus puis­santes qu’en partant les natio­na­listes leur ont lais­sé une partie de l’armement four­ni par les Améri­cains. Si les chefs de ces armées auto­nomes héri­taient de ce titre de leur père, c’est parfois la fille unique qui prenait la suite. Afin d’assurer sa sécu­ri­té et sa longé­vi­té, il était courant que celle se trou­vant à la tête d’une troupe de plusieurs centaines de soldats surar­més s’entoure d’une garde rappro­chée compo­sée unique­ment de femmes. Parmi ces mafias, qui bien que fémi­ni­sées était loin d’être spécia­li­sées dans la dentelle, a sévi celle instal­lée dans les collines toutes proches d’ici. C’est durant deux ans que cette femme de quarante ans va résis­ter à l’armée régu­lière avant de dispa­raître en compa­gnie de ses conseillères et gardes du corps.

Crainte par les habi­tants, cette femme origi­naire de l’ethnie Maonan sait égale­ment se faire respec­ter des membres de sa tribu en n’hésitant pas à utili­ser les argu­ments les plus persua­sifs comme le couteau ou le mythique C96. Fin stra­tège et connais­sant parfai­te­ment cet envi­ron­ne­ment où elle est née, elle inflige de lourdes pertes humaines à l’armée venue la délo­ger. C’est ainsi qu’après avoir atti­ré une cinquan­taine de soldats dans une grotte où elle est censée se trou­ver, une charge d’explosifs trans­forme la colline en cime­tière. En supplé­ment d’être rusée, cette femme est belle, ce dont elle a plei­ne­ment conscience en sachant utili­ser ses charmes lorsque le besoin s’en fait sentir. Alors que son père ne lui avait légué qu’un étroit terri­toire, elle l’agrandit après s’être débar­ras­sée de ses concur­rents directs en les sédui­sant pour ensuite les élimi­ner de manière défi­ni­tive et violente.

En annexant ainsi « paci­fi­que­ment » de nombreux terri­toires voisins, la belle Maonan en récu­père les richesses consti­tuées majo­ri­tai­re­ment d’or, mais aussi les troupes armées ce qui ne fait qu’augmenter son pouvoir. Début des années 1950, elle se retrouve ainsi à la tête d’une véri­table armée compo­sée de 3000 soldats dont un tiers de femmes. Équi­pée de mortiers et de mitrailleuses lourdes venant en supplé­ment de l’armement clas­sique, cette bande ressemble à un contre-pouvoir local et finit par inquié­ter la capi­tale qui ordonne l’envoi de renforts. Lorsqu’ils arrivent sur place les combats ont cessé depuis 24 heures faute de combat­tants, « la belle » et son armée s’étant évaporées.

Plusieurs années plus tard, certains anciens membres de cette tribu ont révé­lé qu’après avoir distri­bué une part de l’or, la « marraine » leur avait donné l’ordre de se disper­ser en toute discré­tion et de ne plus faire parler d’eux. Accom­pa­gnée d’une dizaine de femmes formant sa garde rappro­chée, elle a ensuite vécu dans un village viet­na­mien proche de la fron­tière. Décé­dée en 1985, son dernier vœu a été exau­cé cinq ans plus tard. Ce souhait était de repo­ser aux côtés de son père, enter­ré sur le flanc d’une colline surplom­bant le village. Si ces deux tombes sont anonymes pour des raisons de « paix sociale », nombreux sont les habi­tants qui viennent saluer ce person­nage lors de la tradi­tion­nelle fête des Morts. S’agit-il pour autant de respect ? Sans doute pas vu que la « belle Maonan » n’a jamais brillé par son huma­nisme. Il faut davan­tage y voir une forme de fier­té locale en ajou­tant que l’immense majo­ri­té des personnes lui rendant visite sont des femmes.