M’sieur, m’sieur, il copie !(1)

CopieLes Chinois ont la répu­ta­tion de copier tout ce qui leur passe sous la main ou sous les yeux, et fait de ce pays le phare de la contre­fa­çon. Au-delà de cette évidence, il y a deux manières de regar­der ce phéno­mène, la première consiste à dénon­cer en perma­nence cet état de fait tel des gamins d’une école primaire, et la deuxième tente de comprendre les raisons qui poussent ainsi ce peuple à repro­duire au plus près ce qui peut lui être utile.

Si la première corres­pond à une spéci­fi­ci­té fran­çaise large­ment culti­vée aux cours des siècles, et ayant envoyé des milliers de personnes vers les fours créma­toires, elle ne m’intéresse guère par tempé­ra­ment, et de plus, n’apporte aucune autre solu­tion que « finale ». Sans risquer de tomber, je me suis donc penché sur la deuxième qui est plus humaine et peut appor­ter, non pas une solu­tion, mais une expli­ca­tion.

A l’intérieur même de cette tenta­tive de compré­hen­sion, existent égale­ment deux visions du problème, la première consis­tant à voir les choses arrê­tées à un instant précis, et qui tente de faire un clas­se­ment de l’intelligence ou/et du savoir, alors qu’il s’agit d’une course où les divers concur­rents sont partis d’une ligne de départ virtuelle avec des écarts de temps aussi variables qu’importants.

Si certains peuples sont en effet partis plus tôt à la recherche du savoir, c’est bien moins par intel­li­gence innée que par un besoin vital souvent lié à l’exiguïté de leurs terri­toires qui impo­sait d’aller cher­cher ailleurs ce qu’ils ne trou­vaient pas chez eux. Étendre son champ d’action était donc indis­pen­sable, et c’est ce phéno­mène qui a donné nais­sance aux grands explo­ra­teurs, et par la suite aux empires colo­niaux et autres présences étran­gères. C’est ainsi qu’un certain nombre de plantes et de modes de culture ont été rappor­tées de ces pays loin­tain, sans oublier des tech­niques ou inven­tions, et ce, sans qu’une supé­rio­ri­té en termes de savoir puisse être mise en avant du côté occi­den­tal.

Si la Chine a été à une époque un petit pays, elle a pu agran­dir son terri­toire, et ainsi trou­ver les ressources néces­saires à sa survie, sans pour cela fran­chir les océans, ce qui a eu pour effet une moins impor­tante « média­ti­sa­tion », alors que la fina­li­té était iden­tique. Pour­quoi en effet aller cher­cher à des dizaines de milliers de km ce que l’on prati­que­ment sous la main, avec de plus des rencontres avec des peuples certes parfois hostiles, mais ayant de près ou de loin quelques liens cultu­rels, alors que nos ancêtres ont dû s’opposer tant à des peuples qu’à des climats hostiles, car mécon­nus.

La Chine en créant ainsi son empire s’est de fait isolée du reste du monde, ce phéno­mène ne s’estompant que depuis une tren­taine d’années, alors que depuis des siècles les Occi­den­taux parcou­raient le monde. C’est sans doute là que réside un des problèmes majeurs de la Chine, sa popu­la­tion décou­vrant tout à coup qu’il existe un monde diffé­rent du sien, et qui s’il était encore récem­ment criti­qué pour des raisons idéo­lo­giques, devient subi­te­ment la réfé­rence à suivre pour accé­der à la moder­ni­té de ces pays, soudain deve­nus signe d’égalité et de pros­pé­ri­té.

Un autre élément, et non des moindres, est le fait que si l’enseignement est obli­ga­toire depuis des siècles dans un pays comme la France, celui-ci n’a été instau­ré en Chine qu’avec l’arrivée de Mao, le pays comp­tant en 1950 80 % d’analphabètes, alors que ce chiffre est d’aujourd’hui 16 %.

Cette immense majo­ri­té de Chinois ne sachant ni lire, ni écrire a égale­ment contri­bué à un retard certain ne pouvant se rattra­per en quelques décen­nies, auquel il faut ajou­ter la super­fi­cie du pays et ses diffé­rentes ethnies dont un grand nombre ne parlaient que leurs langues.

Si la Chine est aujourd’hui troi­sième puis­sance écono­mique, elle se situe toujours dans le milieu du tableau de l’indicateur de déve­lop­pe­ment humain (IDH), qui prend juste­ment en compte le niveau d’enseignement parmi d’autres éléments.

Si l’enseignement n’avait pas été rendu obli­ga­toire en France dès 1881, il est plus que probable qu’un bon nombre de nos cher­cheurs et intel­lec­tuels n’auraient jamais atteint le niveau où ils en sont aujourd’hui. Il n’y a donc aucune préten­tion, ni senti­ment de supé­rio­ri­té à avoir, cette avan­cée étant avant tout due à un effet méca­nique. Quant à ceux qui mettent en paral­lèle le peuple chinois de Taiwan, qu’ils n’oublient pas que ce sont ces personnes, ou du moins leurs ancêtres qui sont gran­de­ment la cause du retard du conti­nent, les familles riches réser­vant l’enseignement et le savoir à leurs seules progé­ni­tures.

Le terrain histo­rique étant à présent débrous­saillé, j’aborderai le fond du sujet lors du prochain article.