Loge­ment : moins de spécu­la­tion, plus de spec­ta­cle

L’évolution réel­le d’un pays ou d’une région ne peut être consi­dé­rée comme acqui­se que lors­que ces progrès concer­nent des zones géogra­phi­ques ou écono­mi­ques aupa­ra­vant défa­vo­ri­sées. Il est en effet faci­le de créer des sortes de labo­ra­toi­res sur des espa­ces limi­tés que l’on fait visi­ter ou que l’on met en avant en fonc­tion des besoins publi­ci­tai­res. Un autre aspect essen­tiel est de pouvoir compa­rer deux situa­tions sur une échel­le de temps suffi­sam­ment impor­tan­te. Cette évolu­tion doit égale­ment concer­ner un grand nombre d’individus et pas seule­ment une élite présen­tée comme une « popu­la­tion témoin ».

Parce qu’il touche au quoti­dien des habi­tants, le domai­ne du loge­ment consti­tue un reflet assez précis de l’évolution d’une socié­té. En Chine, comme dans de nombreux autres pays, la construc­tion de loge­ments a long­temps été un instru­ment d’important profit tant pour les promo­teurs que pour les spécu­la­teurs de tous niveaux. Pour les seconds, ce sont des lois qui sont venues tempé­rer les ardeurs au travers d’une taxe :

  • 0 % de la valeur du bien pour la rési­den­ce prin­ci­pa­le.
  • 20 % de la valeur du bien pour la rési­den­ce secon­dai­re
  • 50 % pour les acqui­si­tions suivan­tes

Pour limi­ter les risques de détour­ne­ments, ces niveaux de taxes s’appliquent aux membres d’une même famil­le. Cela signi­fie que le conjoint ou l’enfant à char­ge qui acquiert un loge­ment le fait entrer dans le patri­moi­ne fami­lial. Le cousin éloi­gné peut être égale­ment assi­mi­lé au cercle des proches s’il s’avère que le finan­ce­ment du bien immo­bi­lier a été monté de maniè­re à contour­ner les taxes, une amen­de élevée venant alors s’ajouter. En ce qui concer­ne les promo­teurs, le frein aux abus est tout simple­ment asso­cié à la notion de concur­ren­ce. Pour que celle-ci joue au mieux, le préa­la­ble néces­sai­re a été la « réédu­ca­tion » et au besoin les sanc­tions péna­les et finan­ciè­res des respon­sa­bles locaux. Les procé­du­res d’appel d’offres sur les terrains à construi­re ont été revues et souvent déve­lop­pées de maniè­re à être plus effi­ca­ces et moins opaques.

Un autre élément de poids favo­ri­sant des construc­tions de meilleu­re quali­té et l’augmentation du nombre de voitu­res. Bien plus d’habitants possé­dant leur voitu­re, ce même dans les zones rura­les, il devient envi­sa­gea­ble de construi­re des loge­ments à quel­ques kilo­mè­tres du centre-ville. Les super­fi­cies dispo­ni­bles étant dès lors plus impor­tan­tes, les promo­teurs se doivent de respec­ter la loi impo­sant la présen­ce d’au moins 30 % d’espaces verts.

Si la concur­ren­ce ainsi intro­dui­te a eu pour effet de stabi­li­ser les prix, elle impo­se égale­ment une quali­té de construc­tion nette­ment supé­rieu­re tant en ce qui concer­ne les maté­riaux que la fini­tion. La créa­ti­vi­té archi­tec­tu­ra­le fait à présent partie des atouts commer­ciaux d’un projet, tout en restant limi­tée par le coût des terrains et leur rela­ti­ve rare­té, ce qui était rare­ment le cas il y a quel­ques années.

Que les jour­na­leux fran­çais se rassu­rent, il reste enco­re de très nombreu­ses famil­les chinoi­ses mal logées. La quan­ti­té de chan­tiers en cours lais­se toute­fois entre­voir une pour­sui­te rapi­de de l’amélioration de condi­tions de loge­ment, toutes clas­ses socia­les confon­dues. Rien de gênant pour ces sala­riés de la pres­se dont beau­coup n’ont pas enco­re assi­mi­lé que Mao était décé­dé en 1976 et que la « Révo­lu­tion cultu­rel­le » était rangée sur les étagè­res du rayon histoi­re.

Le prochain arti­cle sur ce même sujet (le loge­ment, pas Mao) sera plus imagé avec pour titre : « Jardin d’Eden ? Non des daims ».