L’Océan bleu, unique porte de sortie pour la Chine

La Chine ne pour­ra jamais atteindre le niveau de déve­lop­pe­ment des pays riches du fait de l’insuffisance des ressources pétro­lières et minières mondiales. Elle ne pour­ra pas davan­tage conti­nuer à polluer son atmo­sphère et ses sols comme le font les nations grandes donneuses de leçons. La Chine a pour­tant besoin de progres­ser pour assu­rer sa stabi­li­té sociale.

Avant de penser à de possibles solu­tions, il est indis­pen­sable d’observer les causes des problèmes actuels. Un temps fiers d’être deve­nus l’atelier du monde, les Chinois constatent avec horreur les effets désas­treux de la poli­tique initiée par Deng Xiao­ping. Ceux-ci concernent tous les aspects de la socié­té chinoise qu’ils soient écono­miques, envi­ron­ne­men­taux ou sociaux. En produi­sant massi­ve­ment et à bas coût pour les pays occi­den­taux en échange d’une faible part de la plus-value, la Chine est aujourd’hui submer­gée par un Océan rouge du sang des victimes de cette poli­tique sans issue dès sa mise en place. Cette notion d’Océan rouge vient en oppo­si­tion avec l’Océan bleu, ces deux méta­phores étant déve­lop­pées par W. Chan Kim et Renée Mauborgne dans la vision d’un nouveau concept du marke­ting commer­cial et indus­triel.

Le tissu écono­mique actuel de la Chine entre parfai­te­ment dans la défi­ni­tion de l’Océan rouge avec une stra­té­gie visant à reco­pier des acti­vi­tés peu rentables parce que trop concur­ren­tielles. La plus-value prove­nant de l’innovation étant nulle, les indus­triels chinois ne peuvent que se livrer à une guerre des prix. Le résul­tat est une surex­ploi­ta­tion des ressources humaines à laquelle s’ajoute la dégra­da­tion notable de l’environnement. La situa­tion est iden­tique pour le secteur du commerce où fran­chises et autres maga­sins de proxi­mi­té se révèlent peu rentables du fait de la multi­pli­ca­tion des surfaces commer­ciales propo­sant des produits iden­tiques. À partir du moment où seul le prix diffé­ren­cie ces fabri­ca­tions, elles ne peuvent géné­rer de plus-value, ce qui ne fait qu’accentuer la pres­sion sur les employés des usines et des maga­sins de détail.

Pour partie, les pays occi­den­taux appliquent la théo­rie de l’Océan bleu en faisant fabri­quer en Chine des produits à l’origine d’une forte pollu­tion et à des coûts très bas. Ce sont en effet eux qui encaissent l’essentiel de la plus-value en confiant aux usines chinoises la fabri­ca­tion de produits conçus dans leurs très propres labo­ra­toires et centres de recherche et déve­lop­pe­ment. Si cette appli­ca­tion dans les pays occi­den­taux n’est que partielle, c’est d’une part parce que la main-d’œuvre y est aussi exploi­tée qu’en Chine et d’autre part pour entre­te­nir l’image de marque des lobbies indus­triels se présen­tant comme des sauveurs en matière d’emploi. Les poli­tiques pour leur part ne peuvent que caution­ner ce système, garant de leur main­tien au pouvoir en jouant eux aussi sur les emplois géné­rés et de plus en plus seule­ment provi­soi­re­ment sauvés.

La stra­té­gie de l’Océan bleu est-elle appli­cable en Chine ? Oui sous deux condi­tions. La première consiste à se débar­ras­ser de manière plus ou moins progres­sive des géné­ra­teurs de ces vagues de sang qui noient actuel­le­ment le pays. Sont autant concer­nées les entre­prises chinoises qu’étrangères à l’origine de cet Océan rouge. Mesures visant à mieux proté­ger l’environnement et hausses des salaires peuvent lais­ser croire à une certaine volon­té d’aller dans le bon sens, mais en réali­té ne sont que des déri­va­tifs pensés pour assu­rer la paix sociale et donc pour proté­ger le mode de fonc­tion­ne­ment actuel. La deuxième est une base essen­tielle de la théo­rie de l’Océan bleu repo­sant sur l’innovation et donc une impor­tante plus-value. Cette facul­té à inno­ver est condi­tion­née par un système éduca­tif perfor­mant, ce qui est très loin d’être le cas à l’heure actuelle avec une majo­ri­té de jeunes Chinois formés en prio­ri­té dans l’esprit de la compé­ti­tion. Les meilleurs font de bons employés sous-payés et le niveau infé­rieur alimente en main-d’œuvre les chaînes d’assemblage, leur cursus scolaire étant jugé suffi­sant pour leur permettre de lire les consignes rela­tives à leur emploi. Une bonne part de ces élèves médiocres et moyens devient de nouveaux commer­çants mettant en œuvre le concept chère­ment payé à un fran­chi­seur multi­pliant à l’infini une idée le plus souvent déjà large­ment exploi­tée.

De l’industrie à l’agriculture en passant par le commerce, les secteurs inex­ploi­tés sont nombreux alors que dans le même temps d’autres sont le théâtre d’une guerre sans merci où tous les coups sont permis. Produits biolo­giques pour l’agriculture, déve­lop­pe­ment des services aux personnes, indus­trie à forte valeur ajou­tée ciblant des produits nova­teurs consti­tuent l’essentiel de l’Océan bleu. La Chine a les moyens humains et sous peu tech­no­lo­giques de mettre en œuvre ce nouveau mode de fonc­tion­ne­ment. Cette solu­tion est la seule porte de sortie dispo­nible pouvant assu­rer l’avenir tant écono­mique que social de ce pays. La Chine en prend-elle la direc­tion ? Pas encore en voulant copier ce qui s’est fait de pire ailleurs, mais présen­té comme un modèle à suivre par ceux qui aspirent à le délais­ser.

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