L’informatique au servi­ce de la colo­ni­sa­tion

En 1976, Michel Sardou chantait « le temps des colonies », espèce d'ode à l'époque révolue de l'Empire colonial et à laquelle américains et russes ont succédé, la France conservant également une place en Afrique. Cette présence, loin d'être toujours désirée par les populations, s'est accompagnée de l'installation de bases militaires et souvent d'infrastructures destinées à héberger les expatriés. Si ce mode de fonctionnement existe toujours au travers d'occupations plus ou moins déguisées, un concurrent refait son apparition après des décennies de relative discrétion : la Chine.

À l'image des Occidentaux, c'est l'Afrique qui constitue la cible privilégiée en raison de la quantité de ressources naturelles et humaines à exploiter. Une promenade dans certains quartiers de Guangzhou met en lumière que les commerçants et importateurs plus ou moins officiels originaires d'Afrique ont pris le train de la mondialisation. Leurs concurrents majeurs ne sont autres que des entreprises chinoises de taille généralement très supérieure et bénéficiant du soutien des responsables nationaux et locaux.

Parmi les derniers exemples en date, on peut citer la récente convention conclue entre le gouvernement camerounais, la banque chinoise China Eximbank et la Société Sichuan Telecom Construction Engineering Co.Ltd. Cette convention porte sur la fourniture de 500 000 ordinateurs portables dont la présidence camerounaise fera ensuite don à autant d'étudiants en université.

Le coût de l'opération est de 75 milliards de francs CFA, soit un peu plus de 114 millions d'euros. Bien que le chiffre en CFA paraisse important, ce qui explique son exploitation par certains médias européens et autres, un de ces « notebook » revient à 228 €, un prix en apparence concurrentiel.

Cette opération a suscité de nombreux commentaires hostiles dont certains émanent de l'opposition et portent davantage sur la personnalité souvent controversée de Paul Biya, le président camerounais. D'autres interrogations sont bien plus intéressantes puisque ces critiques proviennent de différents acteurs de la vie sociale et économique. Parmi les commentaires récurrents, on trouve ainsi :

• Ce prêt de 75 milliards de francs CFA aurait été plus utile pour la construction ou la rénovation de certaines infrastructures.

• Au lieu d’acheter des ordinateurs « finis » aux Chinois, il aurait été préférable de créer une usine d’assemblage localement, ce qui aurait créé des emplois.

• Qu’en sera-t-il de la garantie en cas de panne ?

• Cette opération va notablement concurrencer le marché local et les magasins proposant ce type de matériel.

• Les portables fournis répondront-ils aux besoins des étudiants ?

 

Accessoirement, la question sur l'intégrité du président sur cette convention est régulièrement posée.

Ces questions ont beau être fondées, elles reflètent comme ailleurs la désinformation de la population pour partie entretenue par les médias, ce qui induit une méconnaissance de la réalité.

Ce « don » de la part du gouvernement camerounais n'est en effet qu'une opération colonisatrice chinoise. Il ne s'agit pas d'un prêt bancaire accordé par le FMI et la Banque Mondiale, mais d'une convention signée entre la Société Sichuan Telecom Construction Engineering Co.Ltd, une société chinoise, et le gouvernement camerounais, les fonds étant versés au fournisseur par China Eximbank, une banque institutionnelle chinoise. La finalité est donc clairement de fournir du travail à des employés chinois tout en accentuant le poids de la Chine sur le Cameroun.

Concernant le coût que devra supporter le contribuable camerounais pour ce qui est du remboursement du prêt, il sera sans doute très faible, voire nul du moins en matière d'impôts. Ces 114 millions d'euros ont effet de fortes chances d'être financés d'une manière ou d'une autre par le gouvernement chinois. Ce coup d'éponge sur cette dette pourrait faire l'objet d'un remboursement sous d'autres formes, le Cameroun étant riche en or, diamants ou bauxite. Dans cette hypothèse, des emplois locaux seraient alors créés, non pas pour assembler des ordinateurs, mais pour extraire les richesses du sous-sol.

Si les occidentaux ont depuis longtemps mis les pieds en Afrique, les Chinois y ajoutent les mains et en particulier celles dirigées vers les poches où se trouve l'argent. L'objectif est le même, mais les Chinois n'utilisent pas cette hypocrisie justifiant une invasion au nom de l'avancée de la civilisation, parole de dieu et autres foutaises. Cette politique du « donnant-donnant » peut certes choquer les populations habituées aux beaux discours prometteurs, mais souvent sans lendemains.