Les scien­ces en Chine au XVIIIe siècle : entre utili­ta­ris­me et absen­ce de recon­nais­san­ce poli­ti­que par J.C Martin

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EuroLe débat sur les scien­ces en Chine est l’un des sujets nour­ris de polé­mi­ques depuis des siècles de rela­tions sino-occidentales. La vision de supé­rio­ri­té occi­den­ta­le est la plus couran­te, y compris de nos jours, quels que soient les milieux de pensée poli­ti­que. En effet, les scien­ces ont tenu une place très impor­tan­te dans la stra­té­gie des Jésui­tes pour évan­gé­li­ser la Chine car c’était le moyen le plus sûr pour attein­dre l’élite et surtout l’Empereur, très souvent curieux dans ce domai­ne. Pour­tant, très vite, les Jésui­tes mani­fes­tent en retour une gran­de sensi­bi­li­té pour étudier le monde chinois, avec à la fois ratio­na­li­té et empa­thie. Ils s’interrogent sur la ques­tion de l’écart en matiè­re de connais­san­ces scien­ti­fi­ques entre la Chine et l’Europe, alors en plei­ne expan­sion dans ces disci­pli­nes, ques­tion qui alimen­te depuis les méfian­ces à l’égard de la Chine. Dans une lettre adres­sée au Direc­teur de l’Académie fran­çai­se des Scien­ces, le 11 août 1730 depuis Pékin, le Père jésui­te Paren­nin déve­lop­pe un argu­men­tai­re éloi­gné de l’ethnocentrisme habi­tuel.

Ce rapport, inti­tu­lé ‘Sur le gouver­ne­ment, les mœurs et l’état des connais­san­ces chez les Chinois’, contient des éléments de répon­se au savant fran­çais, Mr. de Fonte­nel­le, de l’Académie fran­çai­se et secré­tai­re perpé­tuel de l’Académie des scien­ces. pour qui les multi­ples inven­tions chinoi­ses n’ont pas eu les déve­lop­pe­ments scien­ti­fi­ques et tech­ni­ques logi­que­ment atten­dus pour un Occi­den­tal, tel l’usage festif de la poudre et non à des fins guer­riè­res avec les canons. Il illus­tre aussi l’ouverture d’esprit, fécon­de sour­ce intel­lec­tuel­le pour ceux qui sont sensi­bles aux autres où qu’ils vivent.

Le para­doxe chinois pour un homme de scien­ce euro­péen.

La Chine est à l’origine de nombreu­ses décou­ver­tes tech­ni­ques qui ont permis l’établissement de rela­tions commer­cia­les avec l’Occident sur la célè­bre Route de la Soie. C’est donc un pays où savoirs et savoir-faire sont parti­cu­liè­re­ment riches et d’intérêt mondial. Pour­tant, au XVIIe siècle, aux yeux des Euro­péens, surgit la ques­tion du retard de la Chine dans les disci­pli­nes scien­ti­fi­ques. Le père Paren­nin écar­te immé­dia­te­ment une inca­pa­ci­té d’origine racia­le pour expli­quer ce para­doxe :

« Cela me paraît comme à vous pres­que incroya­ble ; cepen­dant je n’en accu­se pas le fond d’esprit des Chinois, comme s’ils manquaient de lumiè­res et de cette viva­ci­té qui appro­fon­dit les matiè­res, puisqu’on les voit réus­sir en d’autres choses qui ne deman­dent pas moins de génie et de péné­tra­tion que l’astronomie et la géomé­trie. Plusieurs causes qui concou­rent ensem­ble ont arrê­té jusqu’ici le progrès qu’ils pouvaient faire dans ces scien­ces, et l’arrêteront toujours tant qu’elles subsis­te­ront. »

Dès lors, il en recher­che des causes dans le systè­me social et poli­ti­que, comme le fera Need­ham dans son ouvra­ge sur la scien­ce en Chine, en 1958, et d’autres enco­re actuel­le­ment.

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