Les Scien­ces au cœur des rela­tions sino-européennes aux XVIIe et XVIIIe siècles – 2 (par JC Martin)

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La coopé­ra­tion scien­ti­fi­que des Jésui­tes en Chine : un conflit inevi­ta­ble avec la Papau­té au XVIIe siècle

astronomie

En 2012, l’ouvrage collec­tif In the Light and Shadow of an Empe­ror, Tomas Perei­ra, SJ (1645–1708), the Kangx’i Empe­ror and the Jesuit Mission in China vient d’être publié par Artur K. Warde­ga, SJ, et Anto­nio Vascon­ce­los de Saldan­ha, aux Editions Cambrid­ge Scho­lars Publi­shing. Des histo­riens chinois s’y expri­ment à côté de cher­cheurs euro­péens et améri­cains. La quatriè­me partie appor­te un éclai­ra­ge sur la diffu­sion de la scien­ce et des savoirs euro­péens en Chine, aux XVIIe XVIIIe siècles.

Dans son étude, Defen­ding Euro­pean Astro­no­my in China …. Against Euro­pe, Tomas Perei­ra and the Direc­to­ra­te of Astro­no­my in 1688, Anto­nel­la Roma­no expli­que la genè­se de rapports conflic­tuels entre l’Église catho­li­que romai­ne et les Jésui­tes en Chine, à propos des rela­tions entre scien­ce et théo­lo­gie. En effet, les Jésui­tes, qui ont opté pour une stra­té­gie d’évangélisation origi­na­le, sont conduits à s’impliquer direc­te­ment dans les insti­tu­tions impé­ria­les scien­ti­fi­ques déve­lop­pant les mathé­ma­ti­ques, l’astronomie et l’astrologie. Cette voie, fort oppor­tu­ne en Chine, renfer­me les germes de tensions avec Rome et les ordres reli­gieux qui perçoi­vent les liens faits par les Chinois entre une scien­ce, l’astronomie, et une prati­que poli­ti­que, l’astrologie. En effet, à la diffé­ren­ce de l’Europe à cette époque, le but final de l’astronomie chinoi­se perçu par l’Église n’est pas de natu­re scien­ti­fi­que mais une ratio­na­li­sa­tion justi­fi­ca­tri­ce d’actions concrè­tes sur la vie quoti­dien­ne ou excep­tion­nel­le de la Cour impé­ria­le et du peuple chinois. Au fur et à mesu­re que les Jésui­tes progres­sent dans la diffu­sion des savoirs mathé­ma­ti­ques et astro­no­mi­ques en Chine, l’inquiétude de Rome gran­dit jusqu’à provo­quer une nette oppo­si­tion : les Jésui­tes sont alors accu­sés de parti­ci­per au renfor­ce­ment de l’usage de l’astronomie à des fins entiè­re­ment oppo­sées à la doctri­ne chré­tien­ne, à la théo­lo­gie chré­tien­ne.

Roma­no décrit cette dyna­mi­que conflic­tuel­le en s’appuyant sur l’engagement du jésui­te portu­gais Toma Perei­ra, sous l’empereur Kangxi, puis sur ceux du Domi­ni­cain espa­gnol Domi­ni­que Ferdi­nand Navar­re­te. Certes, pendant des décen­nies, les Jésui­tes ont béné­fi­cié d’une certai­ne séré­ni­té pour mener leurs actions scien­ti­fi­ques, loin des criti­ques de Rome. Matteo Ricci, Adam Schall et Fernand Verbiest repré­sen­tent l’élite intel­lec­tuel­le euro­péen­ne que Chateau­briand célè­bre dans Le Génie du Chris­tia­nis­me. Tous trois sont modé­ré­ment affec­tés par les criti­ques doctri­na­les.

Mais une inflexion se produit en 1688, suite à la paru­tion de violen­tes criti­ques dont les Jésui­tes ne peuvent en percer l’origine. En réac­tion, le 18 décem­bre 1688, Tomas Perei­ra et Antoi­ne Thomas, jésui­te belge (1644–1709) envoient une lettre, aux Vicai­res apos­to­li­ques de Chine, les évêques d’Argolis et Basi­lea, pour se défen­dre contre les atta­ques envers la « préfec­tu­re d’astronomie ». Ce compor­te­ment se justi­fie par l’immense consi­dé­ra­tion des Jésui­tes à la Cour Impé­ria­le expri­mée lors les funé­railles offi­ciel­les de Verbiest, le 11 mars 1688. En 1688 égale­ment, les Jésui­tes fran­çais ‘mathé­ma­ti­ciens du roi’ Louis XIV arri­vent en Chine et ils y intro­dui­sent un équi­pe­ment astro­no­mi­que nova­teur prou­vant la supé­rio­ri­té scien­ti­fi­que et tech­no­lo­gi­que de l’Occident. À cette occa­sion, Féne­lon lui-même appor­te un soutien total aux Jésui­tes dans un sermon aux Missions Étran­gè­res de Paris.

Kangxi rencon­tre rapi­de­ment les Jésui­tes fran­çais. Quel­ques mois plus tard, Gerbillon (1654–1707) et Perei­ra quit­tent Pékin ; l’Empereur leur confie une mission déli­ca­te diplo­ma­ti­que pour élabo­rer un compro­mis sur la déli­mi­ta­tion des fron­tiè­res avec la Russie. Les rela­tions avec l’Empereur sont des plus étroi­tes !

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