Les régions pauvres : une riches­se long­temps cachée

pauvresL’audit sur l’état d’endettement public a révé­lé que la plupart des gouver­ne­ments des régions et districts suppo­sés riches vivaient au-dessus de leurs moyens. L’étude a égale­ment mis en lumiè­re des prati­ques aussi nuisi­bles concer­nant la gestion de certai­nes enti­tés admi­nis­tra­ti­ves histo­ri­que­ment pauvres.

Il s’avère en effet que si ces zones, majo­ri­tai­re­ment situées à l’intérieur du pays, abri­tent les popu­la­tions les plus pauvres, cet état est partiel­le­ment entre­te­nu par les respon­sa­bles locaux. Les recet­tes fisca­les prove­nant de l’activité commer­cia­le et indus­triel­le étant faibles, c’est l’État qui soutient finan­ciè­re­ment ces régions, ce tant au nom du néces­sai­re déve­lop­pe­ment visant à rédui­re les écarts de riches­se qu’à des fins de paix socia­le. Bien que repo­sant sur plusieurs éléments d’appréciation, le verse­ment des aides natio­na­les a long­temps été inver­se­ment propor­tion­nel au PIB régio­nal. Si ce mode de fonc­tion­ne­ment appa­rait logi­que, les résul­tats de l’audit mettent en avant un certain nombre d’anomalies concer­nant les fonds versés à ces régions avec des détour­ne­ments dépas­sant dans certains cas ceux consta­tés dans les zones plus riches.

Pour les popu­la­tions de ces régions déshé­ri­tées, l’amélioration du niveau de vie est bien réel, mais infé­rieur à ce que les aides d’État auraient dû permet­tre. Il en est de même pour l’ensemble de l’activité commer­cia­le et indus­triel­le qui s’est peu déve­lop­pée, ce qui impo­se le main­tien des aides de l’État. Pour justi­fier ce retard, les respon­sa­bles locaux égrè­nent dans leurs rapports les diffé­ren­tes raisons allant des diffi­cul­tés dues à l’environnement natu­rel à la mauvai­se volon­té d’une popu­la­tion enco­re souvent « arrié­rée ».

Les sommes répar­ties sur les districts les plus pauvres ont certes remplis leur rôle de calmant social, mais auraient été plus effi­ca­ces si elles avaient été inté­gra­le­ment utili­sées au déve­lop­pe­ment écono­mi­que. Ces aides bais­sant au fur et à mesu­re de la haus­se des recet­tes, de nombreux respon­sa­bles locaux ont sensi­ble­ment tron­qués les chif­fres, qu’il s’agisse de celui du PIB offi­ciel de leur terri­toi­re ou du montant réel des aides allouées par l’État. « Rester pauvre » étant signe d’enrichissement person­nel, ce sont les popu­la­tions qui dès lors assu­ment des résul­tats en progrès, mais en dessous des atten­tes natio­na­les. Loin d’être stupi­des, les souris loca­les ont su mani­pu­ler les chif­fres avec dexté­ri­té afin de conser­ver une place dans ce gruyè­re mis à dispo­si­tion par un État long­temps peu enclin à regar­der ce qui se passait dans ces « contrées sauva­ges ». Une région pauvre affi­chant une haus­se de son PIB de plus de 10 % est en effet un bon point pour ses gestion­nai­res, ce même si ce chif­fre aurait pu être nette­ment supé­rieur en employant les aides de maniè­re moins person­nel­le. Dans le cas où la haus­se est tout de même consé­quen­te, le chif­fre est alors arti­fi­ciel­le­ment réduit pour ne pas risquer de voir fondre cette manne venue de la capi­ta­le.

Ce systè­me long­temps en vigueur va être prochai­ne­ment réfor­mé avec des aides dont l’attribution sera mieux enca­drée. Fini les enve­lop­pes budgé­tai­res globa­les ensui­te répar­ties au bon gré des respon­sa­bles locaux, chaque deman­de devant être accom­pa­gnée d’une étude détaillée compre­nant l’utilisation des fonds et leur impact écono­mi­que et social. Des commis­sions de contrô­le seront ensui­te char­gées de véri­fier la réali­sa­tion effec­ti­ve du projet.

Rien d’extraordinaire dans ces mesu­res vues par des habi­tants de pays où chaque centi­me d’argent public doit être justi­fié. En Chine, il s’agit d’une véri­ta­ble révo­lu­tion appe­lée à chan­ger en profon­deur des fonc­tion­ne­ments vieux de plusieurs décen­nies, voire plus. Ce n’est toute­fois pas pour autant que les régions les plus pauvres vont rattra­per celles les plus riches, les raisons de cette pauvre­té allant bien au-delà du montant des aides finan­ciè­res allouées. Ces régions seront seule­ment moins appau­vries que par le passé, n’en déplai­se à ceux pour qui être pauvre était un gage de riches­se.