Les mondes numé­riques, l’opium des jeunes Chinois

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mv1Du fait de sa rapide crois­sance, la Chine doit faire face à de violentes douleurs. Si l’environnement est souvent cité comme victime de ce brutal chan­ge­ment de mode de vie, la popu­la­tion est très loin d’être épar­gnée et en parti­cu­lier les enfants. Issus de couples ne possé­dant aucune expé­rience dans ce système basé sur la consom­ma­tion parfois outran­cière, les jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes ou près à céder au moindre chant des sirènes. Consi­dé­rés en prio­ri­té comme un poten­tiel de consom­ma­teurs, personne ou pas grand monde ne s’intéresse aux problèmes psycho­lo­giques rencon­trés par ces jeunes géné­ra­tions. Pour certains d’entre eux, la nouvelle « richesse » de leur parent leur permet d’acquérir ce dont ils ont envie sans toujours en comprendre la fina­li­té. Pour d’autres moins « bien nés », la tenta­tion est si forte qu’ils deviennent progres­si­ve­ment inca­pables de trou­ver les limites entre rêve et réalité.

Si l’informatique person­nelle permet d’accéder à un immense portail ouvert sur le monde quel que soit le domaine, il peut égale­ment deve­nir un piège pour peu que l’utilisateur ne sache pas poser quelques barrières déli­mi­tant le réel du virtuel. Cette forme parti­cu­lière d’opiomanie au Net se décline sous plusieurs formes allant de nombreuses heures de présence sur les réseaux sociaux aux jeux où les jeunes tentent d’exister en se battant contre des enne­mis pixe­li­sés. Comme toute mala­die, celle touchant les accros du Net doit être soignée avant de deve­nir un danger pour la personne et son entou­rage. Devant cette épidé­mie direc­te­ment liée au modèle de socié­té impo­sé, les auto­ri­tés ont long­temps employé de vieux remèdes univer­sels faute de dispo­ser d’une phar­ma­co­pée plus moderne et adap­tée. C’est ainsi qu’ont vu le jour des dizaines de centres de désin­toxi­ca­tion dont la plupart sont plus proches des camps de travail que propices à une guéri­son. Après l’affaire surve­nue dans un de ces centres où un « inter­né » a été battu à mort par des personnes de l’encadrement, les auto­ri­tés se sont rendu compte de l’inadaptation de ce système conçu en prio­ri­té pour souti­rer un maxi­mum d’argent à des parents impuis­sants devant la situation.

En Chine, l’accès aux salles inter­net est inter­dit aux mineurs de moins de 16 ans. Dans les faits, ces lieux sont ouverts à tous les âges dans la mesure où cette clien­tèle est signe de profit. Pour les enfants ne dispo­sant pas chez eux d’un ordi­na­teur, ces salles consti­tuent un pallia­tif en supplé­ment de l’ambiance qui y règne. Dans bien des cas, les quelques dizaines de minutes passées dans ces salles après les heures de cours laissent leur place à des jour­nées entières en « oubliant » de prendre le chemin de l’école.

Il y a quelques mois, un jeune fils de paysan, dont les parents ont été « démé­na­gés » vers la ville, livrait un dur combat contre l’envahisseur. Alors que son score grim­pait, le jeu s’est arrê­té faute de crédits. Ne dispo­sant pas des quelques yuans néces­saires à la pour­suite du jeu, il s’est rendu dans un salon de coif­fure proche pour y voler de quoi pour­suivre la partie. Devant faire face à l’opposition cette fois physique de la proprié­taire des lieux, le jeune âgé de 16 ans s’est saisi d’une paire de ciseaux et en a donné plusieurs coups à la gérante du salon qui est décé­dée sur le coup. Après avoir volé les seuls 20 yuans présents dans le tiroir-caisse, l’adolescent est allé finir sa partie. Il a été arrê­té quelques heures plus tard et devrait passer en juge­ment prochainement.

C’est à deux rues d’ici qu’un autre aspect de la vie virtuelle a pris corps voici seule­ment trois jours. Il ne s’agit pas cette fois de l’enfant d’un paysan expro­prié, mais d’un couple de cita­dins ayant profi­té de l’urbanisation galo­pante. Ayant héri­té du vieil immeuble où vivait sa mère, cette femme de quarante ans l’a rapi­de­ment reven­du à un promo­teur avec un béné­fice consé­quent. Malgré cet apport finan­cier, le couple conti­nue à gérer la petite épice­rie comme par le passé. Ils ont certes refait l’intérieur de leur loge­ment, ache­té l’incontournable voiture et se privent nette­ment moins qu’auparavant, mais pas ques­tion de folies. Il y a quinze ans est né leur fils à qui ils refusent moins de choses qu’avant. Son ordi­na­teur est récent, son iPhone est le dernier modèle, soit une bonne partie de la pano­plie du jeune chinois moderne.

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