Les ling mao dang

Internet En FranceEn Chine, nous avons les « wu mao dang » qui sont des personnes rétri­buées 5 (wu) mao, soit un demi-yuan, pour propa­ger les idées du PCC sur Inter­net. En France bien enten­du, cela n’existe pas du moins à ce tarif, car nous avons chez nous des « ling mao dang » où ling est la valeur 0.
Ils sévissent sur tous les médias en ligne et il est à croire que pour certains, il s’agit d’une acti­vi­té profes­sion­nelle tant ils sont achar­nés et omni­pré­sents. L’ouverture de nombreux médias aux commen­taires des lecteurs a permit cet état de fait et se révèle être tout béné­fice pour ces mêmes médias. Je ne parle pas des personnes qui s’expriment par ce canal sur un sujet précis et de façon ponc­tuelle, mais de ceux qui sont de véri­tables abon­nés et qui inter­viennent sur tous les articles avec des commen­taires parfois très éloi­gnés du sujet initial. Pour se justi­fier, certains ont donné le titre de « Site parti­ci­pa­tif » à ce nouveau « style rédac­tion­nel » faisant croire aux inter­ve­nants qu’ils parti­cipent réel­le­ment ; c’est parfois vrai dans la mesure où les sujets doivent être assez polé­miques pour atti­rer le maxi­mum de « ling mao dang ».

Pour­quoi cela est-il donc tout béné­fice ? Pour une raison très simple, là où autre­fois les médias devaient enga­ger de vrais jour­na­listes qui rédi­geaient de vrais articles, ce qui coutait rela­ti­ve­ment cher, il suffit aujourd’hui d’un stagiaire quel­conque qui va faire un copié/collé d’une agence de presse et ce sont ensuite les « ling mao dang » qui vont faire le reste. Pour que vous compre­niez mieux, je vous donne un exemple ci-dessous :
Le sujet :
Il pleut en Bretagne depuis 3 jours
1er commen­taire :
C’est faux, j’habite en Bretagne et il ne pleut pas en ce moment.
2e commen­taire :
De toute façon, en Bretagne, il pleut toujour.
3e commen­taire :
Au lieu de dire n’importe quoi, apprends à écrire et met un s à toujours.
4e commen­taire :
Je n’ai pas de leçons à rece­voir de toi et je te dis M….
5e commen­taire :
Allons, calmez-vous ; c’est vrai qu’il pleut souvent en Bretagne.
6e commen­taire :
De quoi tu te mêles, occupe-toi de tes affaires.
Etc., etc..
Comme vous le consta­tez, cela n’a rien ni d’instructif ni de passion­nant, mais a permis de remplir une page avec au départ une ligne qui de plus n’a rien coûté.
Alors, pour­quoi les appe­ler « ling mao dang » ? Et bien parce que cela ne leur rapporte rien, mais permet au média concer­né de vivre au travers d’annonces publi­ci­taires dissé­mi­nées un peu partout sur le site ; génial non ?
Avec les blogs et autres systèmes prêts à l’emploi, il faut envi­ron cinq minutes pour mettre en place un lieu virtuel où il est possible de s’exprimer, encore faut-il que l’on ait quelque chose à dire et du moins plus ouver­te­ment que derrière un pseu­do anonyme par essence, que l’on peut chan­ger au gré des visites et ainsi rallier des avis concor­dants sur ses propres commen­taires.
Vous me direz que cela relève de la psychia­trie ! Non, mais sans aucun doute de la psycha­na­lyse d’une socié­té malade, car plus nous avons les moyens de commu­ni­quer et plus cela devient virtuel et ce progrès ne sert souvent que de paravent à un malaise bien plus profond.
En atten­dant, cela permet à certains d’en tirer un béné­fice et à d’autres de pouvoir faire croire à une réali­té diffuse de liber­té d’expression.

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.