Les KTVs : la grande distri­bu­tion des faux alcools

La Prostitution

Les KTVs sont en Chine un des lieux où les Chinois aiment à se réunir pour chan­ter, faire la fête et plus si affi­ni­tés. Si ces établis­se­ments sont des cibles privi­lé­giés pour les réseaux de pros­ti­tu­tion, ils sont égale­ment d’excellents inter­mé­diaires ou four­nis­seurs directs de stupé­fiants en tous genres. Si les médias relatent quelques affaires géné­reu­se­ment filmées afin de donner une vue effi­cace des contrôles, ceux-ci sont comme dans d’autres domaines bien plus dictés par des besoins statis­tiques que par un réel désir de lutter contre ces pratiques qui sont dans bien des cas le fait de mafias locales.

De belles filles, un peu de drogue, il ne manque plus que la troi­sième compo­sante indis­pen­sable qui fera passer une bonne soirée aux noctam­bules et qui est l’alcool. C’est pour répondre à cette demande que les établis­se­ments proposent une vaste gamme de bois­sons allant de la bière aux whis­kies en passant par les alcools de riz locaux et le vin. L’ambiance aidant, les clients se révèlent peu regar­dants sur le conte­nu, seule la marque ou la formé élégante de la bouteille déci­dant les consom­ma­teurs. Les volumes géné­rés sont tels qu’ils incitent presque natu­rel­le­ment les gérants à rempla­cer les produits origi­naux par des copies de la bouteille ou de l’étiquette, le conte­nu étant lui tota­le­ment diffé­rent.

L’état des consom­ma­teurs aidant et le désir premier étant d’épater son entou­rage, les Cognacs répu­tés vont lais­ser leur place à des alcools de riz tein­tés, et le vin millé­si­mé sera en fait une vulgaire piquette locale lorsque celle-ci sera à base de raisin. Il en est de même pour les grands alcools de riz parmi lesquels le Moutai dont une enquête récente démon­trait que 45 % des ventes faites dans les KTVs n’avait que le nom d’authentique. Sans parler des bois­sons alcoo­li­sées impor­tées par un réseau paral­lèle afin de se sous­traire aux taxes, ces détour­ne­ments repré­sentent une partie impor­tante des béné­fices réali­sés par ces établis­se­ments où les clients deviennent de moins en moins exigeants au fur et à mesure que les heures passent.

Face à ces pratiques connues, les auto­ri­tés chinoises n’opposent que peu de choses, les services du Minis­tère du Commerce étant fermés à ces heures de grande consom­ma­tion. Seule l’assurance d’une saisie impor­tante et média­ti­sée fait sortir des fonc­tion­naires qui ont de toute manière l’impression de lutter contre des moulins à vent tant les inté­rêts sont parfois énormes, ce qui impose obli­ga­toi­re­ment un certain nombre de passe-droits. Quand à la police, qui a elle des horaires bien plus élas­tiques, elle a assez de travail a tenter de lutter contre la pros­ti­tu­tion et les trafics de stupé­fiants qui sont monnaie courante dans ces établis­se­ments sans aller voir de près ce que consomment des clients qui dési­rent avant tout la discré­tion et le calme.

C’est donc comme dans beau­coup d’autres situa­tions au client à se prendre en charge et à refu­ser une bouteille douteuse, ce qu’il fait rare­ment tant par conve­nance que par mécon­nais­sance du produit propo­sé. C’est sans doute aussi parce que chacun y trouve son compte que les véri­fi­ca­tions sont si peu nombreuses et prati­que­ment inef­fi­caces. Des clients heureux, gage de paix sociale, des commer­çants s’enrichissant ce qui induit des taxes entrant dans les caisses des gouver­ne­ments locaux, tout est réuni pour que les KTVs et autres lieux de fête demeurent encore pour long­temps un des plus grands réseaux de la distri­bu­tion des faux alcools et bois­sons en tous genres.