Les guignols de l’info ou comment écrire dans le Figa­ro

InterventionLes Occi­den­taux ont de tout temps été des spécia­listes dans l’art de lais­ser un certain nombre de problèmes en suspens tout en inter­ve­nant promp­te­ment dans d’autres situa­tions où leurs inté­rêts étaient en jeu. Volon­té de garder en réserve un certain nombre de foyers poten­tiel­le­ment conflic­tuels ou peur d’un affron­te­ment d’où il ne sorti­rait pas gagnant, la ques­tion reste entière tant il est éton­nant qu’un certain nombre de ces situa­tions n’aient pas trou­vé de nos jours une solu­tion.
C’est le cas de Taiwan, lais­sé avec son statut bâtard de recon­nais­sance « de facto », mais égale­ment de la Pales­tine dont le peuple est lais­sé à l’abandon sous le regard étran­ge­ment distant tant des diri­geants poli­tiques que de la majo­ri­té de l’opinion publique. Lobbies poli­tiques et pres­sions écono­miques diverses relèguent en effet au second plan toutes les réso­lu­tions onusiennes qui permettent toute­fois de se donner bonne conscience tout en se gardant d’une inter­ven­tion réelle.
Par le passé, le blocus écono­mique de l’Afrique du Sud n’a été qu’un paravent et il a fallu qu’un homme seul ait le courage de libé­rer son pays de cet apar­theid immonde pendant que de nombreux pays contour­naient cet embar­go pour leur seul profit.
On inter­vient en Irak, mais après s’être acoqui­né pendant des années avec ce même dicta­teur que l’on va mettre au banc des accu­sés, dans les deux cas par inté­rêt natio­nal.
Il en est de même pour le Tibet où, tout en recon­nais­sant que cette région est une partie inté­grante de la Chine, certains alimentent régu­liè­re­ment des campagnes forte­ment média­ti­sées visant à tenter de désta­bi­li­ser ce pays, tout en se gardant bien de monter en première ligne afin là aussi de préser­ver leurs inté­rêts.
On condamne, on regrette, on menace, mais dans le même temps on commerce, car cela est bien plus impor­tant que toutes les idéo­lo­gies huma­nistes que ces mêmes diri­geants disent repré­sen­ter, lais­sant à l’opinion publique le soin de s’exprimer sur ces situa­tions en sachant fort bien que cela n’a aucun effet concret. Dans tous ces pays « haute­ment démo­cra­tiques » les popu­la­tions sont utili­sées en tant que boucliers humains, savam­ment télé­gui­dés par des médias au service des pouvoirs en place, qui en dégui­sant les faits et en étant les seules sources d’information finissent par faire croire qu’elles détiennent la véri­té.
Marion­nettes au service des inté­rêts privés d’un petit nombre, l’opinion publique est deve­nue au fil du temps non pas la voix de la majo­ri­té, mais celle d’une mino­ri­té utili­sant le plus grand nombre à des fins mercan­tiles. Le système puant des médias parti­ci­pa­tifs en est un des exemples les plus marquants où ce ne sont même plus les jour­na­listes qui s’expriment, mais des pseu­do­nymes virtuels et qui à longueur de lignes alimentent les colonnes de ces « pseu­do­mé­dias ». Quoi de mieux en effet que de lais­ser noir­cir une page par des commen­taires faus­se­ment popu­laires sous le couvert de l’anonymat tout en la ratta­chant au titre éminent d’un quoti­dien recon­nu ; quoi de plus exal­tant égale­ment pour ces mêmes rédac­teurs « béné­voles » que de figu­rer dans les colonnes du Monde, du Figa­ro ou des autres médias à grand tirage.
Ce système « gagnant-gagnant » est du pain béni pour les direc­teurs de presse qui n’ont plus à rému­né­rer de vrais jour­na­listes ou édito­ria­listes, mais égale­ment pour les personnes au pouvoir qui elles, sont triple­ment gagnantes en détour­nant l’opinion publique des vrais problèmes, en rédui­sant les commen­taires critiques de réels jour­na­listes d’investigation et en se dissi­mu­lant derrière une voix faus­se­ment popu­laire qui s’exprime sur les sujets d’actualité.

Les états, au sens diri­geant du terme, ne sont deve­nus que des socié­tés commer­ciales avec au sommet une poignée de porte-drapeaux offi­ciels, qui délèguent à une mino­ri­té le soin de faire passer dans l’opinion publique des messages subli­mi­naux, qui en retour servi­ront les inté­rêts des vrais diri­geants de la planète et qui à leur tour, utili­se­ront cette même opinion publique pour faire préva­loir une fausse voix popu­laire.

Ce système a toute­fois ses limites, qui si elles ne sont pas encore atteintes aujourd’hui, pour­raient bien se retour­ner contre leurs initia­teurs tant à force de fausses actua­li­tés et de mensonges en tous genres, relayés par une classe inculte d’intellectuels dilués et englués dans ce système de fausse commu­ni­ca­tion, pour­rait donner nais­sance à une réac­tion bien plus violente de la part d’une majo­ri­té silen­cieuse mais consciente de ces dérives.

À trop vouloir faire croire à la liber­té d’expression, il se pour­rait en effet qu’un jour prochain ce soit les popu­la­tions qui décident de leur avenir et non plus les diri­geants à la botte de quelques lobbies qui se partagent le monde depuis des siècles. C’est en tout cas ce que semblent démon­trer les inces­sants mécon­ten­te­ments s’exprimant dans la rue et dont les acteurs ne trouvent plus au travers des urnes le moyen de faire comprendre qu’ils sont las d’être pris pour des pantins.

Royau­té, démo­cra­tie, dicta­ture ne sont que des mots qui ne peuvent encore long­temps tenir en respect les aspi­ra­tions légi­times des popu­la­tions qui attendent depuis bien trop long­temps le moment de profi­ter enfin de leur part de bonheur, confis­quée par un petit nombre qui eux s’engraissent tout en promet­tant pour toujours plus tard un monde meilleur.

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.