Les démarches admi­nis­tra­tives : un flou pas toujours artis­tique

l'administration chinoiseLes Fran­çais se plaignent souvent de leur admi­nis­tra­tion en géné­ral, la trou­vant trop tatillonne dans son inter­pré­ta­tion de certains textes de lois ou direc­tives. Jugées souvent sans visage humain, ces services dont en fait souvent les frais de légis­la­tions complexes, ce qui laisse peu de place à de quel­conques fantai­sies. À l’opposé se situe le système chinois qui lui est bien moins soumis à un cadre strict et ce malgré un régime poli­tique dicta­to­rial.

De là à penser que ce dernier soit un para­dis pour les admi­nis­trés est un pas qu’il faut toute­fois se garder de fran­chir trop allè­gre­ment tant certaines démarches s’avèrent aussi complexes. Le fait que chaque fonc­tion­naire puisse adap­ter un aspect de son travail à sa conve­nance ou à l’humeur du moment a dans bien de cas pour effet de lais­ser dans le flou les personnes ayant à faire avec l’administration chinoise.

Pour vous donner une idée de cette réali­té de terrain, un exemple vécu récem­ment par mon épouse lors d’une démarche admi­nis­tra­tive, qui au départ devait être fort simple.

Mise en situa­tion

Ayant par le passé travaillé dans un maga­sin d’état, elle pour­ra perce­voir sa pension de retraite à 50 ans, soit l’an prochain. Si lors de la période d’activité les coti­sa­tions étaient versées par l’entreprise, celles-ci ont été d’abord à la charge de la commune durant les 3 premières années qui ont suivi sa ferme­ture en 2008. Les respon­sables du district décla­rant ne plus avoir les moyens de pour­suivre cette prise en charge, ce sont les assu­rés qui ont dû payer de leur poche le montant des coti­sa­tions jusqu’au mois d’octobre de cette année. En début de ce même mois le district a annon­cé qu’il était en mesure de régler la moitié des montants à verser. Il fallait donc que les personnes concer­nées s’enregistrent de la même manière qu’elles l’avaient fait en 2008.

Échauf­fe­ment préa­lable

Le premier point est qu’il ne faut pas s’attendre à rece­voir un cour­rier ni un appel télé­pho­nique aver­tis­sant de cette mesure. C’est unique­ment le bouche-à-oreille qui fonc­tionne et tant pis pour les sourds et malen­ten­dants qui de fait n’iront pas s’inscrire. Il n’existe pas, davan­tage de marche à suivre précise et c’est donc au hasard qu’il faut tenter sa chance. L’objectif de la démarche est lui fort simple puisque se résume à deux coups de tampon. Le premier est donné par les services muni­ci­paux qui confirment ainsi l’appartenance passée de la personne au service public et le deuxième par la caisse d’assurance qui valide la demande et l’autorise à rece­voir la moitié des coti­sa­tions de la part des services finan­ciers du district. Rien de compli­qué donc, du moins en appa­rence.

C’est parti pour un tour

Mon épouse se rend donc au bureau du district, munie de son carnet de travail. Là on lui annonce qu’elle doit tout d’abord four­nir le formu­laire que doit lui remettre la caisse de retraite. Elle reprend sa moto est parcours les 3 kilo­mètres sépa­rant les deux bureaux. Là une employée lui annonce que la collègue qui s’occupe de la remise du docu­ment est absente et qu’il faut reve­nir demain.

Deuxième tour

Le lende­main donc mon épouse se présente au bureau de la caisse de retraite. La secré­taire est bien là et donc tout devrait aller vite. En fait non parce qu’elle lui demande les photo­co­pies de sa carte d’identité ainsi que des pages 1, 6, 8 et 10 de son livret de travail. Si une photo­co­pieuse est bien présente dans le bureau, les employés ne font pas de photo­co­pies pour leurs clients et c’est donc plusieurs centaines de mètres plus loin que celles-ci seront faites. Retour au bureau en posses­sion des photo­co­pies, mais elles ne conviennent pas à la demoi­selle. Celle-ci veut en effet que chaque page soit copiée sur une seule feuille et non regrou­pée comme l’a jugé bon mon épouse : retour donc au maga­sin et ensuite au bureau. Là la secré­taire accepte enfin de lui remettre le formu­laire que doivent remplir les auto­ri­tés du district. Pour être valable, ce docu­ment doit être aupa­ra­vant tampon­né par le respon­sable local de la caisse de retraite, mais celui-ci est parti déjeu­ner.

« Je revien­drai cet après-midi »

« Pas la peine, il ne tamponne que le matin »

Troi­sième tour

Le lende­main et après deux heures d’attente au bureau de la caisse de retraite, ma femme repart avec le formu­laire dûment tampon­né. Elle arrive au bureau du district, mais le respon­sable est en réunion et ne sera dispo­nible que l’après-midi. Quinze heures, mon épouse entre dans le bureau et remet le formu­laire « Il faut photo­co­pier ta carte d’identité et les pages 1,5,8 de ton livret de travail ». Là encore une photo­co­pieuse est bien présente, mais visi­ble­ment pas à dispo­si­tion « du peuple ». Quelques minutes plus tard, elle revient au bureau et remet les photo­co­pies :

- Ça ne va pas, il faut regrou­per les docu­ments sur un mini­mum de feuilles, c’est pour écono­mi­ser le papier et préser­ver l’environnement.

-D’accord, mais si je les fais refaire ça gaspille­ra du papier

- Oui, mais j’aurai respec­té les mesures en vigueur

Ma femme part faire une deuxième série de photo­co­pies et revient au bureau. La porte est fermée, le fonc­tion­naire en ques­tion ayant été appe­lé pour assis­ter à une réunion.

Quatrième tour

Dès le matin, mon épouse se rend au bureau et en repart quelques minutes plus tard avec le formu­laire tampon­né qu’elle doit remettre à la caisse de retraite.

  • Le tampon n’est pas le bon. Il faut celui des services finan­ciers, pas du travail
  • Pour­quoi il a tampon­né le formu­laire alors ?
  • Parce que tu lui as deman­dé !

Coup de télé­phone au service concer­né pour s’assurer que le respon­sable est là. Une fois arri­vée au bureau avec un formu­laire tout neuf et les photo­co­pies faites la veille, la fonc­tion­naire lui annonce que les copies ne conviennent pas, celles-ci devant être sur des feuilles sépa­rées. Tout en esquis­sant un très léger sourire forte­ment tein­té de ce qui devient de l’énervement, elle repart faire les photo­co­pies.

Cinquième et dernier tour

Arri­vée une fois de plus au bureau de la caisse de retraite, la secré­taire inspecte le formu­laire et lui annonce « coura­geu­se­ment » :

-Je ne comprends pas pour­quoi ils vous font remplir cela puisque nous avons déjà tous les dossiers, mais bon ! »

Ça y est, c’est fait. Ma femme referme son sac et conserve son calme appa­rent, ce qui ne l’empêche pas de marmon­ner deux ou trois « aima­ble­ries » que je ne vous tradui­rai pas pour des raisons évidentes de respect de l’être humain.

Il s’agit là d’un exemple rela­tant une situa­tion des plus simples, mais aussi des plus courantes. Je vous laisse ce qu’il en est lorsqu’un étran­ger désire s’implanter dans ce pays et ne dispose pas d’un soutien local quel­conque. Je peux vous dire que lors de ces divers épisodes, je n’ai pu m’empêcher de penser à la bande dessi­née d’Astérix et des 12 travaux.

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