Les Chinois détes­tent l’inconnue et igno­rent l’inconnu

 

En Chine le terme d’étranger n’est pas lié au fait de ne pas être d’origine chinoi­se, mais de se situer en dehors du cercle réduit compo­sé de la famil­le et du réseau de rela­tions proches. Cette défi­ni­tion aux contours très marqués est majo­ri­tai­re­ment la cause de l’indifférence vis-à-vis des problè­mes rencon­trés par ces « étran­gers ».

Une enquê­te initiée par le jour­nal China Youth Daily et menée dans la capi­ta­le auprès d’un peu plus de 3000 person­nes a ainsi révé­lé que 91 % des inter­ro­gées pensent que ce compor­te­ment est commun. Si 37 % des person­nes ques­tion­nées se disent prêtes à aider un incon­nu, c’est un nombre iden­ti­que qui dit hési­ter à inter­ve­nir alors que les 26 % restants affi­chent un refus systé­ma­ti­que. Concer­nant l’aspect émotion­nel, 52 % des péki­nois audi­tés se disent touchés par la détres­se des étran­gers, 28 % en sont conscients, mais sans plus , 10 % y étant tota­le­ment indif­fé­rents.

Pour 87 % des sondés, la peur de se voir mis en cause après avoir aidé un étran­ger est un frein majeur à la soli­da­ri­té. Parmi les plus enclins à « aider leur prochain » même si celui-ci est un incon­nu, on trou­ve une immen­se majo­ri­té de jeunes. Ayant vécu plusieurs décen­nies dans le monde fermé d’un villa­ge ou d’un quar­tier, les plus anciens sont méca­ni­que­ment les plus réfrac­tai­res à appor­ter une aide, ce même s’ils savent être parfois les premiers concer­nés par les malai­ses et les chutes dans la rue. Plus de la moitié des person­nes inter­ro­gées pensent que le milieu scolai­re doit être égale­ment une école de l’entraide, les médias se voyant attri­bués cette mission par 40 % des ques­tion­nés.

Partant du raison­ne­ment main­tes fois véri­fié qu’en vieillis­sant une partie des bonnes conscien­ces sombrent dans le gouf­fre de l’indifférence, il faudra enco­re atten­dre pas mal de temps avant de voir la majo­ri­té des Chinois porter secours à ceux qui ne sont que des étran­gers. Le systè­me actuel de socié­té ne favo­ri­sant guère le déve­lop­pe­ment de la soli­da­ri­té, seul un minis­tè­re promul­guant de nombreu­ses lois peut créer un cadre juri­di­que avec les limi­tes que l’on sait. Une jour­née de la soli­da­ri­té en Chine ? Oui, mais comme en Fran­ce pas le diman­che ni les jours fériés.