Les Chinois découvrent les « joies » du capi­ta­lisme débri­dé

contentSi l’effigie de Mao trône­ra encore sans doute pas mal d’années dans bien des demeures chinoises, et ce, malgré les erreurs commises par ce person­nage, celle de son succes­seur a bien peu de chances de recueillir le même succès. Si Deng Xiao­ping a en effet bien libé­ré l’économie de son carcan collec­ti­viste, le prix à payer est trou­vé de plus en plus élevé par de très nombreux Chinois. Si le niveau de vie a certes consi­dé­ra­ble­ment augmen­té pour bon nombre d’entre eux, la facture s’avère lourde en termes de quali­té de vie, et ce à bien des niveaux.

Même pour les Chinois ayant accé­dé à la classe moyenne, de nombreux reproches sont faits à l’encontre de ceux qui appliquent la poli­tique d’enrichissement person­nel initiée par Deng Xiao­ping. Si la pollu­tion indus­trielle est le sujet de mécon­ten­te­ment le plus souvent rele­vé par les médias occi­den­taux, celui-ci ne s’avère que secon­daire, car ne touchant qu’une partie de la popu­la­tion qui vit souvent mieux indi­rec­te­ment grâce à ses indus­tries polluantes. Ce qui agace bien plus les Chinois, ce sont des détails de la vie quoti­dienne comme la dange­ro­si­té ou la mauvaise quali­té de certains produits. Même les plus tradi­tion­nels d’entre eux semblent avoir été atteints par le « virus capi­ta­liste » comme les cham­pi­gnons secs dont il suffi­sait autre­fois de quelques grammes pour embau­mer une maison, et qui aujourd’hui ne sentent plus rien, car culti­vés de manière indus­trielle ou du moins large­ment aidée par des engrais chimiques.

Ce sont ainsi des centaines de produits alimen­taires de base qui perdent progres­si­ve­ment leur valeur au béné­fice de l’enrichissement d’un petit nombre. Parmi ceux-ci l’huile de cuisine, qui en plus d’avoir perdu une bonne partie de ses quali­tés et de sa pure­té, connaît une augmen­ta­tion de prix constante depuis des années. Si aucune pénu­rie, ni mauvaise récolte due à des intem­pé­ries n’en est la cause, il faut cher­cher cette augmen­ta­tion du côté des agri­cul­teurs eux-mêmes qui en expor­tant une bonne partie de leur produc­tion préfèrent stocker les graines de soja et d’arachides en atten­dant une hypo­thé­tique montée des prix. Ce sont ainsi des hangars remplis de plusieurs centaines de tonnes de graine qui essaiment le pays, leurs proprié­taires atten­dant la hausse tant espé­rée qui leur permet­tra d’acheter une Xème habi­ta­tion ou de chan­ger le 4X4 pour­tant âgé de seule­ment deux ans.

Afin de main­te­nir dans le temps l’état appa­rent de leurs récoltes, les paysans se voient obli­gés de recou­rir à de multiples produits chimiques, ce qui a pour effet d’altérer les valeurs nutri­tives et quali­ta­tives de celles-ci. Si la hausse espé­rée n’intervient pas, ces marchan­dises sont alors cédées à perte, et vont alimen­ter les super­mar­chés en produits vendus à des prix certes promo­tion­nels, mais de quali­té médiocre.

Dans cette « écono­mie de marché » où les règle­ments sont encore embryon­naires, la surpro­duc­tion est égale­ment une cause de certaines dérives, les marges béné­fi­ciaires extrê­me­ment faibles ne permet­tant pas l’application même des rares obli­ga­tions exis­tantes. Si les auto­ri­tés chinoises ont mis en place un système de licence d’exportation assez contrai­gnant, quoique souvent contour­né, il n’existe rien ou pas grand-chose en ce qui concerne les contrôles. C’est ce vide qui explique tant les affaires tour­nant autour du lait à la méla­mine que celle ayant dévoi­lé la présence d’agents cancé­ri­gènes dans de l’huile de camé­lia fabri­quée par deux socié­tés du Guangxi.

Tous ces éléments à charge ne font que renfor­cer une méfiance déjà bien présente chez les consom­ma­teurs chinois qui se rendent de plus en plus compte que ce capi­ta­lisme sans limites a un prix élevé. Ce coût, c’est celui de leur propre santé et celle de leurs enfants qui se voit mise en danger par le seul désir de profit rapide. Ce mépris de règles basiques au seul béné­fice d’un enri­chis­se­ment rapide énerve de plus en plus une popu­la­tion qui si elle veut bien se moder­ni­ser, n’en est pas pour autant prête à se suici­der sur l’autel du capi­ta­lisme.

Publi­ci­té

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.