Les Chinois à Paris, version écono­mie

ChinoisSi le terme de mondia­li­sa­tion permet d’entretenir un certain flou autour des mouve­ments écono­miques qui rythment la planète, il n’en demeure pas moins que nous vivons une époque des plus bizarres. Alors que les entre­prises étran­gères tentent en effet de péné­trer le suppo­sé promet­teur marché chinois, de nombreuses socié­tés chinoises empruntent le chemin inverse.

C’est ainsi que fin 2010, 13 000 entre­prises chinoises avaient inves­ti à des niveaux divers dans 178 pays répar­tis sur tous les conti­nents. Ces socié­tés seraient-elles plus dubi­ta­tives sur les capa­ci­tés de leur propre marché que ne le sont leurs homo­logues étran­gers ?

Diffi­cile de répondre à cette ques­tion par un simple oui ou non tant les éléments tour­nant autour de l’économie chinoise sont complexes. Un des aspects est indu­bi­ta­ble­ment que mis à part de rares secteurs, le système chinois protège effi­ca­ce­ment son tissu écono­mique contre les « attaques » venues de l’extérieur. Légis­la­tion à géomé­trie plus que variable, tracas­se­ries admi­nis­tra­tives, impos­si­bi­li­té d’accéder aux secteurs les plus rentables pour cause d’appartenance à l’état, la Chine malgré son adhé­sion à l’OMC n’ouvre pour autant que les portes qu’elle désire, et ce quand elle le veut.

Tran­quilli­sées sur son propre terrain, les entre­prises chinoises peuvent donc pros­pec­ter chez ses anciens donneurs d’ordre, ceux-ci n’ayant plus toujours les moyens de respec­ter leurs rangs de clients privi­lé­giés. Vient ensuite la volon­té de donner de l’ogre chinois l’image d’une nation salva­trice en termes d’emplois locaux et qui inves­tit dans ces pays afin de préser­ver un certain nombre de ceux-ci. Si cette démarche est encore majo­ri­tai­re­ment mal perçue par une opinion publique plus ou moins enfu­mée par les campagnes média­tiques succes­sives, c’est le temps qui donne­ra aux entre­prises chinoises la même crédi­bi­li­té qu’une autre venue des USA ou d’Allemagne.

Oubliant que le droit du travail est parfai­te­ment enca­dré dans des pays comme la France, certains s’imaginent en effet rému­né­rés au même prix que les migrants du Guang­dong avec en supplé­ment les mêmes horaires élas­tiques. Si l’argent n’a pas d’odeur, la légis­la­tion touchant aux droits sociaux est elle en par contre parfai­te­ment défi­nie et ne supporte que peu d’interprétation. Lais­ser croire qu’un gouver­ne­ment va adap­ter les lois enca­drant les condi­tions de travail pour faire plai­sir à un inves­tis­seur chinois relève de la pure déma­go­gie, certaines mesures récentes prou­vant que même sans cet apport finan­cier certains diri­geants n’hésitent pas à remettre en ques­tion ce que certains nomment les acquis sociaux.

En tout état de cause l’avenir proche risque de deve­nir des plus para­doxal avec des produits en prove­nance de Chine, mais dont les inves­tis­seurs sont occi­den­taux, face à des fabri­ca­tions locales issues d’usines dont des Chinois sont proprié­taires. Le choix pour le consom­ma­teur risque de s’avérer diffi­cile en mettant sur un plateau de la balance les emplois géné­rés et sur l’autre les béné­fices rapa­triés dans ce même pays et qui contri­buent ainsi au budget natio­nal.

Si ce temps n’est pas encore venu, une telle situa­tion est pour­tant appe­lée à se produire à plus ou moins court terme. Les diffi­cul­tés finan­cières tant des USA que de l’Europe devraient en effet accé­lé­rer nota­ble­ment ce proces­sus du simple fait que la Chine ne manque­ra pas de deman­der des contre­par­ties à son aide dans les divers sauve­tages. Le chassé-croisé n’en est donc qu’à ses débuts, les indus­triels chinois ayant eux l’avantage de pouvoir récu­pé­rer sans mal leur terri­toire d’origine si la réali­té s’avérait trop éloi­gnée de leurs ambi­tions. Du côté entre­prises occi­den­tales la situa­tion est toute autre puisque elles sont accep­tées, mais pas toujours dési­rées, ce qui leur est pério­di­que­ment rappe­lé.

C’est dans ce sens d’une plus grande expa­tria­tion que poussent certains respon­sables de grandes entre­prises chinoises. Trou­vant que leurs clients réduisent de trop leurs commandes, beau­coup d’entre eux pensent qu’il est sans doute temps d’aller voir de près ce marché occi­den­tal qu’ils alimentent depuis trente ans. De quoi la deuxième puis­sance écono­mique sera-t-elle capable ? Diffi­cile à dire.

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Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La reproduction totale ou partielle des articles de ce site n'est en aucun cas permise sans autorisation.