Les cadres dépen­sent moins, le peuple trin­que !

spectacleFerme­tu­re de restau­rants accueillant en prio­ri­té les « repré­sen­tants du peuple » et chute des ventes d’alcool ou autres coûteux cadeaux sont deux effets des restric­tions impo­sées à ceux pour qui l’argent public était surtout le leur. Ce résul­tat étant celui depuis long­temps souhai­té par la partie de la popu­la­tion ne béné­fi­ciant pas des larges­ses de l’État, il devrait partiel­le­ment la satis­fai­re.

Le problè­me est que si les joyeux lurons du PCC ont parfai­te­ment reçu le messa­ge, ils l’appliquent d’une maniè­re quel­que peu criti­qua­ble et d’ailleurs criti­quée. La mesu­re sujet­te à repro­ches est celle prise par le gouver­ne­ment central qui inter­dit aux respon­sa­bles locaux ou natio­naux et aux fonc­tion­nai­res d’utiliser l’argent public à des fins person­nel­les. À l’occasion des fêtes du Nouvel An, nombreux étaient ceux puisant dans les budgets publics pour offrir quel­ques cadeaux à la famil­le, aux amis ainsi qu’à quel­ques rela­tions utiles. Soirées au restau­rant ou dans un KTV, feux d’artifice lancés depuis le luxueux « loge­ment de fonc­tion », spec­ta­cles publics, mais avec pour fina­li­té de se faire plai­sir, telles étaient les réjouis­san­ces orga­ni­sées au frais du contri­bua­ble lors des derniers jours de l’année.

Si en Chine tout ce qui n’est pas expli­ci­te­ment inter­dit est auto­ri­sé, cette restric­tion permet d’entrevoir un autre aspect de la logi­que chinoi­se. « Si cela m’est inter­dit, il en est de même pour tout le monde », telle semble être l’interprétation faite par de nombreux respon­sa­bles locaux pour qui le plai­sir du peuple se limi­te visi­ble­ment au leur. C’est ainsi que le feu d’artifice qui illu­mi­nait le ciel de ce villa­ge lors du Nouvel An est suppri­mé, ce en même temps que le spec­ta­cle tradi­tion­nel­le­ment donné à cette occa­sion.

Venant après l’annulation pure et simple en août du spec­ta­cle asso­cié au festi­val du jasmin, ces déci­sions mettent en lumiè­re la percep­tion très limi­tée des inté­rêts de la popu­la­tion lors­que ses diri­geants n’en tirent plus de béné­fi­ces. Concer­nant le feu d’artifice, il était finan­cé par une des cimen­te­ries présen­tes sur le district. Sans doute son prix réel a-t-il été consi­dé­ré comme dange­reux une fois débar­ras­sé des supplé­ments incon­tour­na­bles avec le risque d’être compa­ré aux factu­res des années précé­den­tes. Idem pour le spec­ta­cle qui malgré des acteurs locaux peu ou pas rétri­bués indui­sait des dépen­ses pour la plupart diffi­ci­le­ment expli­ca­bles.

Long­temps habi­tués à mélan­ger fonds publics et privés, certains cadres locaux ont ainsi le plus grand mal à diffé­ren­cier leur propre plai­sir de celui de la popu­la­tion. Déjà perdan­te aupa­ra­vant, c’est elle qui fait les frais du nouveau mode de fonc­tion­ne­ment. Cette situa­tion quel­que peu ubues­que n’est pas sans agacer ceux qui privés du gâteau, se voient aujourd’hui inter­dits de manger les miet­tes. Heureu­se­ment pour les cadres et fonc­tion­nai­res, le Nouvel An chinois n’est pas l’occasion de présen­ter le calen­drier, ce qui leur aurait valu un accueil des plus froids.