Les auto­bus du progrès arrivent dans les campagnes

PotentielUne des évolu­tions les plus impor­tantes de cette année est sans conteste la mise en place d’une ligne régu­lière d’autobus faisant la navette entre la campagne envi­ron­nante et le bourg. Je mesure tout à fait le côté très rela­tif de cette nouvelle si on la place au niveau mondial, mais d’une part cela se révèle bien plus utile pour la popu­la­tion que certaines réunions du G8 ou G20, et d’autre part est préfé­rable à l’annonce de la ferme­ture d’une énième entre­prise.

Si la popu­la­tion rurale repré­sente en effet un énorme poten­tiel de clien­tèle, encore faut-il que lui soient propo­sés les produits que l’on désire lui vendre. L’élévation du niveau de vie même dans les campagnes permet aujourd’hui à ces familles quelques dépenses inen­vi­sa­geables il y a seule­ment trois à quatre ans, mais ces personnes sont souvent limi­tées en moyens de loco­mo­tion. Les super­mar­chés étant au cœur de la ville, et non à des kilo­mètres celle-ci comme dans nos pays d’origine, la venue de cette popu­la­tion rurale profite donc à l’ensemble du commerce.

L’installation de lignes régu­lières de bus ayant même en Chine un coût élevé et les acteurs commer­ciaux étant nombreux à pouvoir béné­fi­cier de cet apport de clien­tèle, diverses aides finan­cières sont venues complé­ter les inves­tis­se­ments réali­sés par la socié­té de trans­port. Celle-ci appor­tant 75 % des fonds néces­saires à la mise en place de ces 4 navettes, la commune a appor­té son concours à hauteur de 15 % en supplé­ment des aména­ge­ments urbains que sont les arrêts de ces auto­bus. Les 10 % restants sont répar­tis sur les divers commer­çants, et ce, au prora­ta de leurs surfaces commer­ciales. Il est en effet logique que les grands maga­sinss soient davan­tage mises à contri­bu­tion, étant les prin­ci­pales béné­fi­ciaires de ce flux de clien­tèle.

Le prix du ticket a quant à lui été fixé à 1 yuan quelque soit la distance parcou­rue sur un même parcours, ce qui met ce moyen de trans­port à la portée de tout le monde. Après 6 mois de fonc­tion­ne­ment, le succès est visi­ble­ment au rendez-vous, les bus circu­lant de 6h30 à 22h30 étant souvent pleins, du moins aux heures de pointe. Avec une navette toutes les dix minutes, les familles rurales sont de plus en plus nombreuses à venir faire leurs courses dans le bourg et même si les achats restent majo­ri­tai­re­ment limi­tés aux besoins quoti­diens, ils concourent à l’essor de l’économie locale.

En supplé­ment de l’aspect pure­ment commer­cial, ce service a un impact égale­ment social en ouvrant le monde urbain à des personnes qui autre­fois se limi­taient par force à leur envi­ron­ne­ment proche. De nombreux ruraux s’inscrivent en effet eux-mêmes ou leurs enfants aux diverses anima­tions orga­ni­sées dans le bourg, que celles-ci soient spor­tives ou cultu­relles, ce qui consti­tue un apport impor­tant pour une meilleure inté­gra­tion dans un pays qui se moder­nise.

Sans être une révo­lu­tion, ces navettes consti­tuent une nette évolu­tion à la portée plus visible que bien des discours poli­tiques. Si ce progrès peut sembler une norma­li­té pour certains, ce sont pour­tant ces petits plus qui en se succé­dant font ce que l’on nommait autre­fois dans nos pays la joie de vivre, senti­ment prati­que­ment dispa­ru depuis bien long­temps.