Les armes du passé, la violence d’aujourd’hui

les arme du passeUne longue guerre civile, l’invasion japo­naise, tout cela laisse des traces dans les esprits, mais égale­ment dans les tiroirs ou recoins d’une ferme isolée, autre­fois lieu de réunion de résis­tants. Les traces dont il est ques­tion dans ce cas sont toutes sortes d’armes, allant de la simple baïon­nette au fusil de guerre accom­pa­gné de ses muni­tions. Égale­ment à prendre en compte, les « outils » utili­sés par les diffé­rents groupes mafieux, alimen­tés par les amis du moment, que ceux-ci soient commu­nistes, Japo­nais ou proches du Kuomin­tang. Si une grande partie de ces armes ont été détruites ou sont deve­nues inuti­li­sables avec le temps, la super­fi­cie du pays est telle qu’il en demeure un grand nombre, soigneu­se­ment dissi­mu­lé, et que la police découvre parfois lors d’arrestation de délin­quants.

Viennent ensuite, et comme dans beau­coup de pays, les armes prove­nant d’usines locales, détour­nées par des employés peu scru­pu­leux, et toutes celles impor­tées illé­ga­le­ment. Toute­fois, la plus grande quan­ti­té d’armes clan­des­tines est issue de fabri­ca­tions arti­sa­nales, parfois simplistes, mais égale­ment parfois assez sophis­ti­quées. Du révol­ver réali­sé avec quelques bouts d’acier, au fusil équi­pé de six canons tour­nants, un certain nombre de Chinois se révèlent assez inno­vants en la matière, et ce, malgré les risques encou­rus, les peines pouvant aller jusqu’à la peine de mort. Pour les Chinois, fabri­quer les muni­tions ne pose guère de problème, la poudre étant un produit facile à trou­ver dans le pays qui l’a inven­tée. Les anciennes douilles de mitrailleuses ou fusils, tirées lors des derniers conflits, vont trou­ver une deuxième jeunesse, quand ce ne sont pas des obus de mortier qui vont être modi­fiés afin de s’adapter à la fabri­ca­tion maison.

Dans la majo­ri­té des cas, ces armes sont fabri­quées par jeu ou pour chas­ser, mais aussi bien sûr parfois pour inti­mi­der un concur­rent ou encore faire un hold-up dans une banque ou tout autre lieu déte­nant quelques richesses. En raison de la fabri­ca­tion parfois douteuse de ces arme­ments, les acci­dents sont nombreux et se soldent bien souvent par la mort de son fabri­cant, ou du moins de graves bles­sures.

Si les armes à feu sont donc aussi nombreuses que variées, leur quan­ti­té n’est rien à côté des armes blanches, que ce soit couteaux, hachoirs, haches et tous autres objets coupants. Les Chinois sont en effet assez prompt à sortir toute sorte d’objets de ce style afin de se défendre, mais égale­ment pour régler quelques comptes avec un rival. Les morts et bles­sés par arme blanche se comptent en effet chaque année par centaines, et les saisies de ce genre d’armes ne cessent d’augmenter. D’après les textes de loi, toujours assez flous dans ce pays, avoir un couteau dans la poche n’est pas inter­dit, mais son utili­sa­tion en tant qu’arme est passible de la peine capi­tale, confir­mant ainsi la doctrine du « pas vu, pas pris », si usité en Chine. Là égale­ment, les origines de ces « usten­siles » varient, allant de la lame forgée arti­sa­na­le­ment, au couteau style « Rambo », que l’on met sous le nez d’une personne avec qui l’on a un diffé­rent.

Avec l’évolution du niveau de vie d’une certaine caté­go­rie sociale, la Chine se voit confron­tée dans le même temps à une recru­des­cence de la délin­quance, ampli­fiée par la consom­ma­tion d’alcool, mais aussi de drogue, ce qui a pour effet de multi­plier le nombre d’agressions physiques. Règle­ments de compte entre bandes rivales, mais encore affron­te­ments entre membres d’ethnies diffé­rentes dont les conflits sont héri­tés de siècles d’histoires, les raisons s’avèrent nombreuses. De plus, les Chinois ont la fâcheuse tendance à ne plus se contrô­ler lorsqu’ils sont sous l’emprise de la bois­son, et un simple repas de famille peut rapi­de­ment tour­ner au pugi­lat, faisant parfois des bles­sés graves, mais aussi parfois des morts.

Face à cette montée de la violence, souvent liée à ces déséqui­libres sociaux souvent cités, la police se trouve souvent en posi­tion de ne pouvoir que consta­ter les faits, les Chinois ayant pour habi­tude de régler seuls leurs diffé­rends, les poli­ciers n’étant souvent aver­tis que lorsqu’un drame est surve­nu. Le déve­lop­pe­ment rapide de zones urbaines, vitrine d’une Chine riche, est égale­ment une des causes de cette montée en puis­sance de la délin­quance, atti­rant tant les réseaux mafieux que les jeunes issus des campagnes défa­vo­ri­sées venant se servir dans cet immense super­mar­ché que sont deve­nues ces villes.

Dans un pays qui a sans doute gran­di trop vite, les dérives sont parfois bien plus impor­tantes que l’évolution du niveau de vie, mettant ainsi en exergue le besoin d’une vraie justice, apte à trai­ter les problèmes de façon impar­tiale et donnant ainsi à la popu­la­tion le senti­ment de n’avoir plus besoin de se défendre elle-même. La Chine se doit égale­ment de revoir son système poli­cier, servant bien plus aujourd’hui à enté­ri­ner des faits qu’à les préve­nir, cela sous le couvert d’une certaine liber­té qui dans les faits ne profite qu’aux plus forts, et non à ceux qui en ont le plus besoin. Pour tout cela, il faudra du temps et beau­coup de volon­té, et c’est sans doute ce qui manque le plus à l’heure actuelle.