Les admi­nis­tra­tions chefs d’entreprises

écartsEntre ces deux photos, il n’y a ni des siècles, ni même des kilo­mètres puisqu’elles ont été prises dans le même péri­mètre et au même instant. Si les appa­rences sont trom­peuses, elles le sont bien moins que des faits qui eux sont bien réels et qui illus­trent assez bien les diffi­cul­tés que rencontre ce pays à sortir de certaines dérives.

Il faut savoir par exemple que les admi­nis­tra­tions qui sont char­gées d’un certain nombre de contrôles ou de véri­fi­ca­tions ont égale­ment le droit d’intervenir direc­te­ment dans la vie quoti­dienne, et ce, sous diverses formes. Il en est ainsi de ce marché couvert dont la tota­li­té était admi­nis­trée par les fonc­tion­naires du Minis­tère du Commerce qui en attri­buaient les places autant qu’ils en prélèvent les diverses taxes. Si j’utilise l’imparfait, c’est pour la simple raison qu’il y a quelques mois un des deux bâti­ments a été vendu par la ville à une entre­prise privée. Après avoir effec­tué d’importants aména­ge­ments, le vieux marché couvert est deve­nu une splen­dide gale­rie marchande et a réins­tal­lé au sous-sol un espace à desti­na­tion du secteur alimen­taire. Ce sont donc des bouchers, marchands de tofus ou d’épices qui se sont acca­pa­ré cet espace, et ce bien évidem­ment en échange d’un loyer. Quelques dizaines de mètres plus loin, la deuxième partie de l’ancien hall est restée intacte avec ces murs noir­cis et son hygiène parfois douteuse contras­tant ainsi face à la partie neuve carre­lée de blanc du sol au plafond.

Là où les choses deviennent bizarres pour une personne ne connais­sant pas tous les éléments, c’est que la majo­ri­té des clients viennent toujours se servir dans la partie la plus vétuste du marché. Si dans un premier temps on peut penser que cela est dû à de vieilles habi­tudes, il suffit d’arpenter les diffé­rentes allées pour se rendre compte de la raison profonde du désin­té­rêt de la part de la clien­tèle pour les nouveaux aména­ge­ments et qui sont les prix.

Un même morceau de porc vaut entre 20 et 30 % de plus dans la partie réno­vée et il en est de même pour les fruits et légumes ainsi que pour tous les autres produits mis à la vente. C’est cette diffé­rence de coût qui a pour effet de rebu­ter les clients qui trouvent cher payé le simple fait d’être servi au milieu d’un cadre propre et agréable et conti­nuent par consé­quent de rester fidèles à la partie gérée par les fonc­tion­naires du Minis­tère du Commerce. Contrai­re­ment à ce que l’on pour­rait penser de prime abord, ce ne sont pas les commer­çants qui sont en cause et veulent s’enrichir rapi­de­ment, mais le coût des empla­ce­ments de ce nouveau marché qui est à la base de ces écarts de prix. La loca­tion d’un étal revient en effet à plus 12 000 yuan dans la nouvelle partie, alors qu’il n’est même de la moitié dans la partie la plus ancienne.

Un des commer­çants travaillant dans la partie « Minis­té­rielle » du bâti­ment m’a expli­qué qu’il avait pensé il y quelques mois postu­ler pour un empla­ce­ment réno­vé, mais qu’une fois tout calcu­lé, il n’y avait pas trou­vé son inté­rêt. Si je dis « tout calcu­lé », c’est parce que dans cette partie gérée par les fonc­tion­naires locaux, le loyer n’est qu’une partie des frais fixes. Il faut ensuite ajou­ter les « cadeaux » en espèces ou en nature tels qu’un poulet de temps à autre qui viennent en supplé­ment des « taxes » qui n’ont d’occultes que le nom. Malgré ces diverses dépenses « hors comp­ta­bi­li­té », l’avantage reste pour les commer­çants de l’ancien marché, ce qui n’est pas sans poser de problèmes à ceux ayant loué un empla­ce­ment dans la nouvelle partie.

Outre l’aspect commer­cial et écono­mique de cette manière de fonc­tion­ner, il est aisé de s’imaginer la propor­tion de petite corrup­tion liée avec ce système, d’autant plus lorsque l’on sait que ces mêmes fonc­tion­naires gèrent ainsi plusieurs domaines d’activité d’une même ville. C’est par exemple le cas ici où une centaine de nouveaux maga­sins desti­nés à accueillir des marchands ou produc­teurs de thés ont été placés sous la gestion des fonc­tion­naires du Commerce.

Si ce genre de distri­bu­tion des rôles a pour effet de contri­buer large­ment à ce qui exas­père le plus les Chinois, c’est-à-dire cette corrup­tion quoti­dienne, qui n’est elle que très rare­ment média­ti­sée, elle est égale­ment la cause d’une concur­rence déloyale qui fausse le marché inté­rieur. Si ce pays a le désir de s’assainir dans ces deux domaines, il lui faut donc remettre à sa place chacun et redé­fi­nir les fonc­tions et pouvoirs attri­bués à des admi­nis­tra­tions qui ne peuvent être juges et parties. S’il est souvent fait état d’un sommet criti­quable et large­ment criti­qué, il ne faut pas perdre de vue que celui-ci n’est que le reflet de ce qui se passe à la base, c’est-à-dire là où les jour­na­listes inter­na­tio­naux ne vont que très rare­ment alors que c’est pour­tant dans ces endroits que tout prend nais­sance.

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