Lente­ment mais sûre­ment, l’agriculture se mécanise

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AgricultureUn des grands retards que doit encore combler l’agriculture chinoise concerne sa méca­ni­sa­tion. Si les paysages de magni­fiques cultures en terrasses ou le paysan labou­rant avec l’aide d’un buffle sont agréables à contem­pler, il en est tout autre­ment la renta­bi­li­té de ces terres, qui demeure l’objectif premier de tout agri­cul­teur. Si les bataillons de mois­son­neuses des plaines du Hubei mettent en avant les progrès dans ce domaine de la méca­ni­sa­tion, il en est tout autre­ment dans les régions où ces avan­cées sont encore minimes.

Menta­li­tés, idéo­lo­gie et réformes

Ce retard est dû à divers facteurs tant cultu­rels qu’économiques, mais aussi à la confor­ma­tion des terres culti­vées. En s’appuyant sur une main d’œuvre paysanne en quan­ti­té, cette masse de popu­la­tion a été long­temps un frein à la moder­ni­sa­tion de l’agriculture. Pour­quoi en effet inves­tir dans une coûteuse machine alors qu’un person­nel souvent gratuit peut effec­tuer le même travail ? La vision d’une Chine rurale au travail a été en effet durant des décen­nies une image liée à la propa­gande du parti qui s’appuyait poli­ti­que­ment sur cette classe sociale. Majo­ri­tai­re­ment pauvres, les paysans ne pouvaient de plus se payer des engins qui de toute manière n’existaient pas faute de demande.

La redis­tri­bu­tion des terres a été a prio­ri un progrès social pour les paysans, mais cette mesure a égale­ment eu pour effet de forte­ment morce­ler les parcelles. Si quelques hectares en pente sont déjà diffi­ciles à culti­ver par un seul proprié­taire, il est aisé d’imaginer les problèmes rencon­trés lorsque cette même surface est divi­sée par 100 avec des voisins pas toujours en très bons termes. Aux obstacles créés par la nature sont donc venus s’ajouter ceux causés par les êtres humains, ce qui n’a fait qu’amplifier une situa­tion délicate.

La main d’oeuvre se raréfie

AgricultureLa culture du riz ayant besoin d’une grande quan­ti­té d’eau et celle-ci devant natu­rel­le­ment être conte­nue sur un terrain le plus plat possible, les champs en terrasses accen­tuent ce morcel­le­ment nuisible à la méca­ni­sa­tion de l’agriculture chinoise. Si ce problème a été long­temps contour­né en employant les nombreux enfants dont dispo­sait chaque famille, l’obligation de la scola­ri­té et l’évolution des mœurs posent depuis quelques années de sérieux problèmes lors des plan­ta­tions ou des récoltes qui suivent. Ajou­tés à la limi­ta­tion du nombre de nais­sance, ces éléments ont fait que la main d’œuvre qui semblait autre­fois inépui­sable s’est forte­ment réduite.

Si la loi de 2007 a permis aux paysans de céder leurs droits de loca­tion et a augmen­té sensi­ble­ment la surface des terres pour un même exploi­tant, elle a égale­ment fait bais­ser le nombre de familles vivant sur ces terres. Les habi­tants y étant moins nombreux, il est donc deve­nu plus diffi­cile de trou­ver du person­nel apte à effec­tuer au bon moment tant les plan­ta­tions que les récoltes. C’est face à cette nouvelle situa­tion que de nombreux indus­triels chinois et étran­gers ont déve­lop­pé divers engins agri­coles adap­tés à la confor­ma­tion parti­cu­lière des terrains.

Une demande en forte hausse

AgricultureLa demande étant de plus en plus forte, toute une série de micros engins agri­coles sortent des usines tant pour pallier à ce manque de main d’œuvre que pour augmen­ter la renta­bi­li­té des cultures. Avec leurs petites tailles, ces maté­riels peuvent sans trop de diffi­cul­té opérer sur les petites parcelles, ce qui repré­sente gain de temps et donc d’argent. Là où il fallait plusieurs jours pour récol­ter de deux ou trois hectares, ce sont aujourd’hui seule­ment quelques heures qui sont néces­saires. Cette méca­ni­sa­tion a un autre avan­tage qui est de pouvoir récol­ter au bon moment en étant moins tribu­taire des caprices de la météo, les périodes de récolte étant gran­de­ment raccourcies.

Contrai­re­ment à nos pays « riches » où la coûteuse mois­son­neuse batteuse clima­ti­sée va dormir dix mois de l’année dans un hangar de la ferme, les paysans chinois louent encore majo­ri­tai­re­ment ces engins. Les entre­prises propo­sant ce genre de services se sont par consé­quent multi­pliées et se concur­rencent tant par les prix que par la quali­té des pres­ta­tions proposées.

Le cas parti­cu­lier de la canne à sucre

Si le riz et autre céréale est de plus en plus récol­té par des machines, il reste ici une culture qui résiste à cette méca­ni­sa­tion. Il s’agit de la canne à sucre qui par sa struc­ture même pose bien des soucis aux fabri­cants de maté­riel agri­cole. La dure­té de la tige qui désaf­fute rapi­de­ment les lames, le sucre qui crée une forme de colle nuisant au fonc­tion­ne­ment de l’ensemble sont des obstacles qui imposent encore aujourd’hui que cette culture soit récol­tée manuel­le­ment. On peut toute­fois penser que vu l’évolution des tech­niques, les ingé­nieurs chinois ou étran­gers trou­ve­ront sous peu une solution.

Dans le bon sens, si …

La Chine est sans doute appe­lée à être moins « folk­lo­rique » dans son agri­cul­ture, mais cette perte sera rempla­cée par une meilleure renta­bi­li­té ce qui ne peut que profi­ter aux agri­cul­teurs. Sans atteindre avant des décen­nies le degré de méca­ni­sa­tion de certains pays occi­den­taux, la Chine devrait parve­nir à un équi­libre alimen­taire indis­pen­sable à son déve­lop­pe­ment, pour peu bien sûr qu’il reste encore quelques hectares à culti­ver.