L’écologie au service de la contre­fa­çon

KtvLa Chine est un pays où le recy­clage est une pratique courante. Cartons, papiers, plas­tiques, tissus et verres trouvent ainsi une deuxième vie, ce qui évite de polluer davan­tage un envi­ron­ne­ment parfois dégra­dé par l’industrialisation à outrance. En plus de l’aspect pure­ment écolo­gique, cette récu­pé­ra­tion permet à de nombreux Chinois aux reve­nus des plus modestes de tirer parti de la nouvelle socié­té de consom­ma­tion. Récu­pé­ré dans les maga­sins, chez les parti­cu­liers ou dans les poubelles, ce qui était deve­nu des déchets est reven­du, ce qui permet à ces « collec­teurs » de gagner quelques yuans.

Moins visible est le détour­ne­ment de cette acti­vi­té qui est alors mise au service d’une des plaies de la Chine : la contre­fa­çon. Partant du prin­cipe que tout ce qui a servi peut resser­vir, une partie de ce qui aurait dû être des déchets rede­vient comme par miracle un produit origi­nal, su moins en appa­rence. C’est ainsi que les bouteilles d’alcool de riz ou de vin vont être de nouveau remplies de ce qu’elles conte­naient au départ avec toute­fois une matière première très éloi­gnée. Parmi les alcools, le célèbre Moutai fait souvent les frais de cette récu­pé­ra­tion, sa bouteille blanche typique reve­nant chère à fabri­quer pour des faus­saires aux budgets limi­tés. Dans ce cas la source d’approvisionnement est le réseau des gros­sistes, eux-mêmes alimen­tés par les milliers de KTV’s et boîtes de nuit du pays. La démarche est iden­tique pour les whis­kies dont les bouteilles et les embal­lages sont récu­pé­rés avant d’être vendus, ce qui explique la quan­ti­té de faux de cette bois­son, et ce parti­cu­liè­re­ment pour certaines marques répu­tées.

Les gros­sistes connaissent bien évidem­ment le but de ces achats et en rachètent même une bonne partie qu’ils vendent à leur tour à des clients qui ne sont autres que ceux ayant four­ni le conte­nant. Si eux aussi sont souvent au courant de ce cercle des plus vicieux, les marges béné­fi­ciaires ainsi déga­gées viennent payer les frais de fonc­tion­ne­ment, dont les nombreux prélè­ve­ments plus ou moins occultes. Pour le client final, la diffé­rence de quali­té n’est souvent que diffi­ci­le­ment percep­tible du fait de l’ivresse parfois avan­cée, ce qui favo­rise gran­de­ment ce genre de trafic.

En dehors des alcools, ce sont les ciga­rettes qui font les frais de ce recy­clage où la fina­li­té n’a rien d’écologique. Les paquets vides sont récu­pé­rés en suivant les mêmes réseaux que pour les bouteilles, soit par l’intermédiaire des KTV’s, mais aussi auprès des débi­tants de tabac. Payant quelques dixièmes de yuan le paquet vide à des clients sûrs et gros consom­ma­teurs, les paquets vides sont ensuite utili­sés par des manu­fac­tures clan­des­tines qui les remplissent de leurs propres produc­tions. Une fois appo­sé le film plas­tique protec­teur censé prou­ver l’authenticité du produit, les fausses ciga­rettes empruntent le chemin inverse pour se retrou­ver sur les rayons des bureaux de tabac de certains quar­tiers ou de zones rurales.

Si la récu­pé­ra­tion de certains déchets permet de réduire la consom­ma­tion de certaines matières premières, elle est égale­ment une des origines impor­tantes de la contre­fa­çon. Du fait qu’il est diffi­cile de « trier » les récu­pé­ra­teurs exer­çant cette acti­vi­té pour simple­ment survivre et ceux en faisant une source de reve­nus parfois impor­tants, les auto­ri­tés font le mini­mum en ce qui concerne les contrôles. Mis à part quelques saisies toujours très média­ti­sées, la lutte contre ces trafics est d’autant plus faible que écarts de reve­nus se creusent entre une popu­la­tion consom­ma­trice et une autre n’en récu­pé­rant que les déchets pour vivre.