Le Varyag devient le Liao­ning, mais la Chine reste la Chine

Après des années de travaux desti­nés à donner à cet ancien navire sovié­tique une allure plus présen­table aux yeux du monde, la Chine dispose aujourd’hui de son premier porte-avions. Le plan incli­né de la piste d’envol est à lui seul un symbole, ce pays ayant encore besoin d’artifices pour réel­le­ment décol­ler. Si certaines « mauvaises langues » ne manque­ront pas d’expliquer l’acquisition de celui qui était bapti­sé Varyag par le fait qu’il est diffi­cile de récu­pé­rer les plans précis d’un bâti­ment plus moderne, la raison est égale­ment que la Chine n’a jamais éprou­vé le besoin jusqu’à présent d’afficher sa puis­sance mili­taire. Ce senti­ment est d’ailleurs confir­mé par une phrase a prio­ri anodine de l’agence Xinhua qui résume assez bien la pensée des diri­geants chinois : « La Chine est ainsi deve­nue le dixième pays du monde et le dernier parmi les cinq membres perma­nents du Conseil de sécu­ri­té de l’ONU à possé­der un porte-avions en service actif ».

Alors que le « super-flic » du monde que sont les USA base une bonne partie de sa stra­té­gie écono­mique sur les conflits mondiaux, la Chine s’est réso­lu­ment enga­gée dès les années 80 dans un combat unique­ment fondé sur l’industrie et le commerce. Partant du prin­cipe qu’il devien­dra de plus en plus en diffi­cile de trou­ver des enne­mis, ce contrai­re­ment au poten­tiel de clients se renou­ve­lant de manière auto­ma­tique, la Chine n’en est pas moins présente sur la scène inter­na­tio­nale grâce juste­ment au nerf de la guerre : l’argent. Bien que loin d’être riche, ce pays distille en effet depuis des années ses aides finan­cières aux pays pour­tant riches ainsi que depuis peu à certaines nations plus pauvres d’Afrique. S’appuyant sur une armée de plus d’un milliard d’individus, la Chine n’a pas comme d’autres choi­si de deve­nir popu­laire en résol­vant les conflits qu’ils ont eux-mêmes créés, mais a pris le risque d’être impo­pu­laire tout en deve­nant incon­tour­nable.

Qu’il s’agisse des diri­geants des USA, de l’Europe ou de son voisin japo­nais récem­ment obli­gés de revoir ses ambi­tions à la baisse sous la pres­sion de ses propres entre­prises, la Chine a beau être présen­tée comme l’ennemi numé­ro un, personne ne semble plus en mesure de s’y oppo­ser. Malgré les campagnes de déni­gre­ment quoti­dien d’une presse ayant pour mission d’influencer les opinions publiques, les produits chinois conti­nuent de se vendre bien mieux que les livres décri­vant les entorses rela­tives aux liber­tés indi­vi­duelles de la part du pouvoir chinois. Il faut dire que face aux grands discours de nos poli­tiques et aux paroles hypo­cri­te­ment huma­nistes de nos faux intel­lec­tuels, les popu­la­tions préfèrent ache­ter le dernier iPhone, même si celui-ci est répu­té pour être assem­blé dans les pires condi­tions sociales.

Croyant ainsi de moins en moins aux promesses élec­to­ra­listes promet­tant des lende­mains qui chantent, les clients poten­tiels sont par contre de plus en plus conscients que sans ces produits fabri­qués à bas coût, leur vie serait nette­ment moins confor­table. Derrière quelques agita­tions de circons­tance desti­nées à amuser la gale­rie, les diri­geants poli­tiques sont eux aussi très conscients de cette réali­té écono­mique, leur acti­vi­té autre­fois désin­té­res­sée n’étant plus qu’un trem­plin pour faire carrière.

La Chine va-t-elle pour autant gagner la guerre avec ou sans porte-avions ? Peut-être, mais le plus dur reste à faire. Orga­ni­sant les choses à l’envers comme c’est souvent le cas dans ce pays, la Chine a pris un avan­tage déter­mi­nant sur la scène inter­na­tio­nale avant de résoudre ses problèmes inté­rieurs. Si la Chine semble en effet forte à l’extérieur, elle demeure extrê­me­ment faible sur le plan inté­rieur. La pauvre­té d’une partie encore impor­tante de la popu­la­tion, une classe moyenne ayant de plus en plus de mal à se conten­ter de ce qu’elle n’espérait même pas il y a seule­ment quelques années, est autant d’explosifs placés sous les sièges des diri­geants chinois. Si le pouvoir compte sur le soutien incon­di­tion­nel de l’armée en cas de conflit social majeur, il sait égale­ment qu’une inter­ven­tion trop dure donne­rait les allu­mettes à certaines puis­sances étran­gères trop heureuses de déclen­cher le feu d’artifice. Si la Chine est encore ce qu’elle est depuis des siècles, son enri­chis­se­ment deve­nu trop voyant à l’intérieur pour­rait être la cause de sa perte si elle conti­nue à vouloir vivre de seule posi­tion deve­nue incon­tour­nable sur la scène inter­na­tio­nale.