le Tibet vu par un vrai journaliste

tibétainSur invi­ta­tion, Maxime Vivas est au Tibet avec un groupe de jour­na­listes (Le Figa­ro, Le Monde et deux jour­na­listes free-lance). Il nous livre ici une première approche de la ques­tion tibé­taine en la repla­çant dans le contexte qui la proje­ta sous les feux de l’actualité lors du passage de la flamme olym­pique à Paris en avril 2008.

Dans un autre article à venir, il dira ce qu’il a vu et qui rompt avec le discours ambiant.

Préam­bule : Sur le Tibet comme sur tant d’autres sujets, ce n’est pas parce que la presse a écrit à foison sur la perma­nence de la répres­sion du boud­dhisme que cela est vrai. Et ce n’est pas parce que nous avons cru et colpor­té ces infor­ma­tions que nous devons persis­ter, même si c’est plus facile. Pareille­ment, ce que les médias instal­lés ne disent pas et qui se lit ici n’en est pas pour autant faux.

Dans la jour­née (la nuit est plus poli­cée), on cher­che­ra vaine­ment à Llas­sa la présence de forces de l’ordre. Mais si j’écris sans aver­tis­se­ment : « Les grandes artères, les carre­fours de Llas­sa sont gardés par des mili­taires en armes qui jettent un regard inqui­si­to­rial sur les véhi­cules qui passent. Des chars d’assaut stationnent sur les places, quitte à écra­ser les massifs de fleurs, tandis que les rues sont arpen­tées par de petits groupes de poli­ciers, torse bombé et matraque à la cein­ture. Les moines rasent les murs et changent de trot­toir », chacun me croi­ra, n’est-ce pas ? Par contre, j’en sais qui auront plus de mal à admettre ce qui suit et qui est vrai.

Notre voyage est orga­ni­sé par les auto­ri­tés chinoises. On peut aussi écrire « enca­dré ». C’est un curieux mélange de séjour touris­tique club Med où les gentils orga­ni­sa­teurs prennent en compte tous vos dési­rs et de visite guidées vers ce qu’il faut savoir. Et ce qu’il ne faut pas savoir, alors ? Facile : nos biblio­thèques, nos jour­naux, nos docu­men­taires télé­vi­sés nous en ont parlé, nous en parlent, nous en parle­ront ad nauseam.

On peut discu­ter des voyages orga­ni­sés pour les jour­na­listes. Ce n’est pas une exclu­si­vi­té chinoise. On en mesure les dangers. Au cours d’un débat à la librai­rie Ombres Blanches de Toulouse, un vieil Espa­gnol était inter­ve­nu pour préve­nir : « Quiconque prend la parole le fait pour accro­cher les autres à ses wagons ». Et d’ajouter mali­cieu­se­ment : « Moi-même, en ce moment… ». L’invitation faite à des jour­na­listes est donc une invi­ta­tion à venir voir ce qu’il faut voir. Mais c’est les sous-estimer que de croire qu’ils ne savent rien du sujet et qu’ils sont mis dans l’incapacité de trier, de véri­fier des infor­ma­tions, de consta­ter que des choses ont été dites qui ne sont pas exactes. Aussi court qu’ait été leur périple, ils peuvent en dire autant que ceux qui n’y sont pas allés et mieux que ceux qui, ayant visi­té le Tibet avant eux, y puisent ce qui sert un discours et non la véri­té. J’en vois la preuve dans la diffi­cul­té que tant d’observateurs (et jusqu’à nos lecteurs) éprouvent à parler du Tibet sans y adjoindre un juge­ment global sur la Chine tout entière, comme pour contre­ba­lan­cer un constat qui se démarque de l’image commune.

« A beau mentir qui vient de loin ». Dans le cas présent, nous étions cinq, de diffé­rents médias (voir http://www.legrandsoir.info/Le-Gran…), grou­pés dans le même voyage, voyant et enten­dant les mêmes choses, écou­tant et ques­tion­nant les mêmes Chinois (Hans et Tibé­tains). Si cela était néces­saire (le condi­tion­nel évite le procès d’intention), cette conti­guï­té rendrait diffi­cile la produc­tion d’articles appuyés sur des mensonges purs, comme on en lit par ailleurs. Il reste­ra des diffé­rences inhé­rentes à l’analyse propre de chacun et à la ligne édito­riale du média dans lequel il s’exprime, ce qui peut induire des angles d’approches diver­si­fiés. Pour­quoi s’en offus­quer ? Je parle-là de l’acceptation légi­time des diffé­rences entre des jour­naux et non d’un désir de mani­pu­la­tion par des moyens que la déon­to­lo­gie réprouve.

Je renvoie le lecteur à tout ce qui a déjà été écrit sur l’ancienneté de l’appartenance du Tibet à la Chine. Certains d’entre vous sont inter­ve­nus ici même sur ce point et d’aucuns prétendent que la France devrait rendre plusieurs de ses provinces dont les dates de ratta­che­ment (annexion ? Inva­sion ?) sont plus récentes que celle du ratta­che­ment du Tibet à la Chine. En dehors de mouve­ments extré­mistes boud­dhistes et d’organisations anti­chi­noises, il n’existe personne pour remettre en cause l’appartenance du Tibet à la Chine. Aucune orga­ni­sa­tion inter­na­tio­nale, aucun pays (aucun !) ne le fait. Le dalaï lama lui-même manoeuvre en recul et se livre à présent à des circon­vo­lu­tions séman­tiques pour ne plus avoir à poser clai­re­ment ce qui reste sa vraie reven­di­ca­tion (j’y revien­drai) : l’indépendance, non seule­ment de la région auto­nome du Tibet (deux fois la super­fi­cie de la France), mais du « Grand Tibet » (5 fois la France), c’est-à-dire l’instauration d’un pouvoir théo­cra­tique couvrant un quart de la Chine.

Je vous propose de reve­nir au coeur de notre sujet : le Tibet.

Je le ferai en deux parties :

- la première sera un récit de voyage, les choses vues.

- la deuxième vien­dra plus tard. Elle porte­ra sur le dalaï lama et sur des éléments essen­tiels de son programme tel qu’il l’énonce et sur le point de vue des auto­ri­tés chinoises.

Au lecteur alors de se faire une opinion par ces apports s’inscrivant dans ce qu’il croit connaître et qui peut le confor­ter dans ses opinions ou l’inciter au contraire à les recon­si­dé­rer : je donne à voir, je n’écris pas un tract.

* * * *

Une floris­sante entre­prise tibétaine.

A 49 ans, Da Wa Dun Zhu est direc­teur de l’entreprise Tibet Dashi Group Co LTD, le 3ème groupe du Tibet. Il nous reçoit dans une tenue tibé­taine et chaus­sé de bottes noires. Il fut ensei­gnant puis camion­neur avant de se lancer dans les affaires et de béné­fi­cier d’aides du gouver­ne­ment central (Pékin). Parce qu’il est Tibé­tain ? Oui et non : parce qu’il fait partie d’une mino­ri­té ethnique. Le gouver­ne­ment accorde des avan­tages et peut même se substi­tuer aux banques si elles se montrent frileuses.

Un sondage (dont il convient qu’il est partiel) indique que sur 230 commer­çants de Llas­sa, 95 % sont des locaux.

Il est assez fier de sa fulgu­rante réus­site. Son capi­tal est de 1,5 milliard de yuans (1 yuan vaut 0,11 euro), son chiffre d’affaire de 100 millions de yuans, sa crois­sance annuelle de plus de 35%.

Chef d’entreprise tibétain

L’entreprise est divi­sée en quatre groupes : travaux publics, trans­for­ma­tion agroa­li­men­taire, eau miné­rale, produits de méde­cine tibétaine.

A ma ques­tion sur les droits sociaux de ses 2000 employés, horaires de travail, jours de repos, retraite, il répond magis­tra­le­ment à côté et je n’en saurai pas plus. Il sera plus prolixe pour répondre à la ques­tion : « D’où vient la colère des moines expri­mée le 14 mars 2008 ? ». Je cite en vrac : « 7000 personnes dans la rue sur 2 millions d’habitants, beau­coup de sans emplois, de voleurs déjà condam­nés, de gamins, de lycéens, de Hans. Le problème était social, pas ethnique. Il a été atti­sé par les nobles qui ont fui le Tibet en 1959 et qui ont perdu leurs privi­lèges ».

La coopé­ra­tive agricole.

Nous visi­tons la Coopé­ra­tive des paysans horti­cul­teurs du district Dui Long de Qin.

M. A Wang Ci Ren en est le président-gestionnaire admi­nis­tra­tif. Elle produit sous serre des fleurs et des légumes et réunit 300 foyers qui s’échinaient naguère à produire indi­vi­duel­le­ment de l’orge. Ils louent désor­mais leur terre à la coopé­ra­tive et reçoivent un salaire (1200 yuans) pour y travailler. Le prix seul de la loca­tion, nous dit le respon­sable, équi­vaut à ce qu’ils gagnaient auparavant.

La bras­se­rie auto­ma­ti­sée et les Allemands.

Nous visi­tons la bras­se­rie « Bière Barley et Lhasa Beer ».

Ultra-moderne. Du malt austra­lien et de l’orge tibé­taine entrent d’un côté dans 6 cuves (made in Germa­ny). Des chaînes auto­ma­ti­sées s’occupent du reste : 720 tonnes de bière par jour, 36 000 bouteilles remplies à l’heure. Des tech­ni­ciens alle­mands sont sur place pour instal­ler une nouvelle chaîne.

Bras­se­rie automatisée

Nous avons droit à une dégus­ta­tion : déli­cieux. Les salaires sont de 3000 yuans par mois, pour 7 heures de travail par jour et 5,5 jours par semaine.

Le musée de la région auto­nome du Tibet.

S’il est vrai (et non nié en Chine) que les gardes rouges de la révo­lu­tion cultu­relle se sont achar­nés sur tout ce qui pouvait symbo­li­ser le passé (boud­dhisme inclus), on peut se réjouir que bien des choses aient été préser­vées. Le musée de Llas­sa est un impres­sion­nant récep­tacle de l’Histoire et de la culture de cette région.

La méde­cine tradi­tion­nelle tibé­taine de Llas­sa.

Elle est à ce point brimée, paraît-il, que le 14 ème dalaï lama a dû créer pour la péren­ni­ser un Insti­tut de méde­cine et d’astrologie tibé­taine en 1961 à Dharam­sa­la, en Inde, où il réside.

Déci­sion super­fé­ta­toire puisque nous allons assis­ter à Llas­sa à une cause­rie du profes­seur Zhan Dui, direc­teur de l’Institut de Recherche sur la méde­cine tradi­tion­nelle tibé­taine, dans un complexe hospi­ta­lier qui compte égale­ment une usine de fabri­ca­tion de médicaments.

Avec un effec­tif de 600 personnes, 38 méde­cins dispensent 280 000 consul­ta­tions par an. 8 profes­seurs forment les futurs médecins.

L’art en vigueur ici est parve­nu au Tibet il y a 2300 ans par le Népal et l’Inde. A quatre grands prin­cipes clas­siques (tantras médi­caux) défi­nis au IVème siècle, des cher­cheurs tibé­tains ont ajou­té des décou­vertes qu’ils ont illus­trées en 80 thang­kas (tableaux). Un méde­cin tibé­tain en blouse blanche, M. Ci Wang Deng Ba, va nous en expli­quer quelques-uns. Chacun peut approu­ver quand il explique que le corps est un tout, que l’esprit n’en est pas décon­nec­té et que soigner un organe sans s’intéresser au reste n’est pas l’idéal. Quand il nous montre comment prendre le pouls pour mesu­rer d’un seul coup l’état du coeur, de l’estomac et des reins, on tousse in petto. Quand il nous dit que l’examen olfac­tif de l’urine permet des diag­nos­tics, il est permis de tiquer. A la fin, on se prend à douter de l’infaillibilité d’un appa­reillage mini­mal formé de trois doigts et de deux narines. Quand il nous révèle qu’un des gestes médi­caux fréquents est la saignée, on pense à Molière et à la morta­li­té précoce à la cour du roi à Versailles quand des Diafoi­rus purgeaient ainsi les patients de leurs humeurs, sources suppo­sées de leur tourment.

Mais le pire est à venir.

L’institut emploie 6 astro­logues (« Vous voulez dire « astro­nomes » ? », hasarde un de mes confrères incré­dule), dont deux, vêtus de blouses blanches, vont nous faire une démons­tra­tion de leur savoir. Sur des plateaux de bois à minces rebords dispo­sés devant eux, ils versent une fine couche de terre ocre qu’ils étalent ensuite du bout des doigts, dessi­nant des traî­nées, des sillons, apla­tis­sant ensuite le tout d’un air inspi­ré avant d’y cise­ler quelques arabesques avec une tige. Ils s’arrêtent : la terre (dont Pétain a dit qu’elle ne ment pas) a parlé comme parlaient chez les Romains les entrailles de poulets. On ne saura pas ce qu’elle a dit ce jour-là, mais ses discours donnent nais­sance à des livres qui sont vendus à qui veut savoir de quoi demain sera fait et le jour idéal pour semer le blé et récol­ter les concombres. Il paraît même que nos gratouilleurs de terre avaient prévu le trem­ble­ment de terre du Sichuan.

Méde­cins

Hélas, l’Institut, est subven­tion­né par le gouver­ne­ment central (Beijing), tandis que chez nous ferment les hôpi­taux de proxi­mi­té où les méde­cins n’appliquent ni n’enseignent des méthodes à ranger au rayon du char­la­ta­nisme et de l’obscurantisme. J’imagine bien qu’il existe une autre méde­cine tibé­taine basée sur d’autres savoirs ances­traux. Mais ce que j’ai vu là avec mes confrères prouve l’inexistence d’un Ordre des méde­cins capable d’agir au Tibet comme il le ferait chez nous.

Que chacun lise bien que je ne fais pas le procès global et rapide d’une autre école, mais celui des oracles, des vision­naires, des astro­logues, des devins, des reni­fleurs, des saigneurs. Il n’est pour cela nul besoin d’adhérer à quelque système poli­tique que ce soit : il s’agit seule­ment de ne pas sures­ti­mer l’empirisme ni de méses­ti­mer l’utilité du ratio­na­lisme, de ne pas jeter tout d’un bloc l’allopathie, de ne pas nier les savoirs scien­ti­fiques des méde­cins et des ingé­nieurs météorologistes.

Le glacier Kharo­la, sur la route de Shigatse (deuxième ville du Tibet).

On fait une halte sur un parking. Pas trop d’oxygène. Il faut mesu­rer ses efforts. Le bas du glacier est à quelques mètres de nous, à une alti­tude, dit un panneau, de 5560 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les guides touris­tiques le voient moins haut. Des tibé­tains abordent les touristes pour leur vendre leurs produc­tions arti­sanes, des souve­nirs et pour se faire photo­gra­phier moyen­nant quelques yuans.

Drapeaux de prière

On nous l’a dit et répé­té : le gouver­ne­ment central veut faire du Tibet la « barrière écolo­gique de la Chine ». Par suite logique, l’usage des sacs en plas­tique qui parsèment les paysages les plus magni­fiques dans tant de pays pauvres est inter­dit depuis vingt ans dans la Région auto­nome du Tibet.

Dès lors, on chan­te­rait volon­tiers avec Jean Ferrat : « Mon Dieu, que la montagne est belle » sans une débauche de « drapeaux de prière » qui la défi­gurent et affirment l’arrogante supré­ma­tie d’une reli­gion sur toutes les autres. Quelqu’un, quelque jour, dans quelque monas­tère ou dans un palais d’un dalaï lama, a fait croire aux moines et aux fidèles qu’en tendant des centaines de mètres de fil dans la montagne, en y accro­chant des carrés de tissu portant des « soutras » (textes reli­gieux), la caresse d’un vent core­li­gion­naire les diffu­se­rait vers Qui de droit.

En maints endroits, sur la route de montagne que nous avons emprun­tée, s’étirent des centaines et des centaines de mètres, des kilo­mètres de drapeaux de prière tendus là depuis des mois, voire des années, empous­sié­rés, déchi­que­tés, sans que personne, ni un autoch­tone, ni un respon­sable des lieux ou du gouver­ne­ment central n’ose le geste sacri­lège de les reti­rer et de rendre à la nature l’éclat de sa beau­té origi­nelle, vierge de toute pollu­tion visuelle et débar­ras­sée de l’expression d’une croyance sûre d’elle et domi­na­trice qui ne saurait tolé­rer qu’une autre s’affiche avec autant d’ostentation, qui semble nier à la face du ciel qu’il existe d’autres êtres vivants (y compris au Tibet), qui ne croient pas et qui, tout en se fichant des lambeaux de bannières sales, des boud­dhas géants maquillés à la feuille d’or, des tentures, des bougies, des moulins à prière, de l’odeur de la cire et de l’encens, parviennent à marcher droit, sans les béquilles d’une idéo­lo­gie qui recourt aux appeaux de la sorcel­le­rie et qui appelle le moyen-âge comme un para­dis perdu. Je sais, je blas­phème, c’est le privi­lège tran­quille des mécréants.

Mais ce n’est pas tout. Quelqu’un, quelque jour, dans quelque monas­tère ou dans un palais d’un dalaï lama, a fait croire aux moines et aux fidèles qu’en peignant sur la roche des échelles blanches, l’âme en userait illi­co pour grim­per au ciel sans se fati­guer. Cette grotesque fari­bole est respon­sable des tags les plus hauts du monde, les plus laids aussi, dépour­vus qu’ils sont de toute fantai­sie artis­tique qui pour­rait suppo­sé­ment rendre les barreaux bancals, et périlleuse la céleste ascen­sion. Nous sommes dans un pays où la reli­gion a des droits qu’elle n’a pas en France. Chez nous, qu’un fidèle, qu’un prêtre, s’avisent à peindre des croix blanches géantes sur les rochers de nos montagnes, et quelques lois leur seront rappe­lées par les auto­ri­tés. Et il ne vien­drait à l’idée de personne, hors du péri­mètre restreint de Saint-Nicolas du Char­don­net, de bramer que le catho­li­cisme est ainsi persécuté.

A Shigatse au monas­tère de Tashilhunpo.

Monas­tère ? En fait, c’est un village où vivent 600 moines autour d’un temple réno­vé au début des années 1990. Wang La, le moine érudit qui nous sert de guide est âgé de 26 ans et il a choi­si sa voie à 10 ans. Il nous fait visi­ter le village et nous péné­trons à sa suite dans le temple. Il est malheu­reu­se­ment inter­dit d’y prendre des photos. Vous auriez pu voir un boud­dha géant de 30 mètres dont chaque narine est assez grosse, là-haut, « pour y loger le corps d’un bébé ».

Jour­na­listes et guide tibétain

La réno­va­tion d’un autel géant a néces­si­té « 600 kilos d’or offerts par le gouver­ne­ment central ». Puis, Wang La nous entraîne vers un enclos entou­ré de murs d’où jaillissent des clameurs de cour de récréa­tion. Nous y péné­trons libre­ment, au milieu de dizaines de jeunes moines réunis là pour une sorte d’exercice intel­lec­tuel appa­ren­té à la maïeu­tique socra­tique. Un moine en choi­sit un autre en se plaçant devant lui, frappe dans ses mains dans un geste spec­ta­cu­laire accom­pa­gné d’un mouve­ment du corps et pose une ques­tion sur quelque matière qui leur a été ensei­gnée. Le tout ressemble à un jeu ponc­tué de sourires, mais il s’agit d’un exer­cice. Le tableau est assez agréable, les jeunes gens ne s’offusquent pas d’être photo­gra­phiés. Ils nous remarquent à peine et ne se laissent pas distraire, tout à leur acti­vi­té à laquelle ils se livrent avec un plai­sir évident.

L’espace natu­rel réservé.

M. Jiang Bai, direc­teur général-adjoint du bureau régio­nal pour la protec­tion de l’environnement, nous reçoit au bord d’un espace de plus de 6 km2 ( 12 km2 si on y ajoute les espaces envi­ron­nants) qui est deve­nu une réserve natu­relle en 2009. Marais, herbe, pâtu­rage. Objec­tif : préser­ver la nappe phréa­tique et fabri­quer de l’oxygène. Des habi­ta­tions et usines qui y étaient instal­lés ont été dépla­cées. Au fond, au pied d’une montagne elle-même proté­gée, on aper­çoit quelques immeubles bas. Ils seront égale­ment dépla­cés. Au milieu, un bosquet : c’est un lieu intou­ché de prières traditionnelles.

Réserve écolo­gique

Il existe 23 autres réserves analogues sur une super­fi­cie de 150 Km2 dans les 7 districts qui entourent Llassa.

L’Institut de recherches photovoltaïque.

C’est un lieu d’essai des produc­tions de maté­riels utili­sant l’énergie solaire. Dans la cour, des chauffe-eau à poser sur les toits, des panneaux solaires orien­tables, un lampa­daire solaire et un engin bizarre et sommaire. Il s’agit de plaques de tôle en forme de conque et recou­vertes d’aluminium. Au milieu, une tige monte qui se termine par un cercle de fer où l’on peut poser une bouilloire pour le thé. Par temps enso­leillé, l’eau est chaude en 20 minutes. Le prix de vente est de 400 yuans, mais, nous dit-on, il est distri­bué gratui­te­ment aux Tibé­tains. Je doute un peu de cette prodi­ga­li­té géné­ra­li­sée jusqu’à ce que, entre les 300 km de route qui séparent Llas­sa et Shigatse, je remarque cet appa­reil solaire devant bien des maisons modestes au bord de la route.

Danses et chants folkloriques.

Nous assis­tons à un spec­tacle folk­lo­rique où des artistes, en grandes tenues tibé­taines, dansent et chantent dans une salle de restau­rant, accom­pa­gnés par un orchestre aux instru­ments traditionnels.

L’université de Llassa.

Nous rencon­trons MM. Yun Dan Jia Cuo, directeur-adjoint et Profes­seur, Mi Ma Ci Ren (biblio­thé­caire) et le jeune profes­seur Ren Qing Nuo Bu (infor­ma­tique).

Ecran tibé­tain

Les étudiants disposent d’une biblio­thèque abri­tant 100 000 ouvrages clas­siques dont certains ont 8 siècles, écrits en tibé­tain. Avec leurs profes­seurs, ils ont mis au point un programme infor­ma­tique qui permet de travailler sur ordi­na­teur en usant de l’écriture tibé­taine. Ils cherchent à étendre cette possi­bi­li­té aux télé­phones portables.

Le monas­tère de Jokhiang à Llassa.

Au fond d’une place bordée par des marchands. Le temple, vue par un impie, ressemble aux autres. On s’y perd, on confond. Dans une semi obscu­ri­té qui est la règle et qui messied aux claus­tro­phobes, des moines assis sur des banquettes de tissu sale psal­mo­dient en se balan­çant un chant monotone.

Ici, comme dans les autres temples visi­tés, on voit les fidèles, des liasses à la main, poser ou jeter des billets de banque en offrande. Il y en a partout : dans des niches, des autels, devant des gravures, sur des cous­sins, par terre, dans de grands réci­pients que les moines viennent vider par bras­sées. Ce sont souvent (pas toujours) des petites coupures qui permettent de n’oublier aucun endroit.

Prière dans la rue

Dehors, sur le parvis, des pèle­rins se pros­ternent en se jetant à terre, pour une prière qui exige cinq points de contact avec la terre (les pieds, les mains, la tête). Les plus avisés disposent d’un petit mate­las qui amor­tit la rudesse du contact et, pour les mains, de cous­sins dont la partie infé­rieure lisse permet le glis­se­ment jusqu’à allon­ge­ment complet du corps. Ils vont répé­ter ce geste des dizaines et des dizaines de fois, comme dans une inlas­sable transe spec­ta­cu­laire (qui me désole, mais vous avez devi­né mon aller­gie à tous les mysticismes).

L’Institut de tibé­to­lo­gie de Beijing.

Nous rentrons épui­sés de Llas­sa par avion, via Cheng­du où nous avons raté la corres­pon­dance. Le voyage a duré une jour­née et nous filons direc­te­ment, moites et frois­sés, au pres­ti­gieux Beijing Inter­na­tio­nal Hotel pour une réunion et dîner avec M. Dong Yunhu, Vice-ministre, Profes­seur et cher­cheur à l’Université du P.C. Chinois (j’y revien­drai dans le prochain article).

Après quoi, les orga­ni­sa­teurs nous rappellent que le lende­main, dernier jour en Chine, l’avion décolle à 13H35, mais que le lever est prévu à 6 H pour une visite à l’Institut de tibé­to­lo­gie. S’inspirant de l’exemple fameux des Bleus refu­sant de s’entraîner en Afrique du Sud, les Fran­çais solli­citent et obtiennent l’annulation de cette ultime visite qui devait proba­ble­ment être une conclu­sion utile à ce que nous avions appris.

Parfois, « Les héros sont fati­gués » et assez douillets pour préfé­rer une nuit de sommeil à une possible saignée revigorante.

Maxime Vivas

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