Le sport, reflet de l’individualisme des Chinois

Pour un grand nombre d’expatriés, la Chine est un pays où l’on vient pren­dre un maxi­mum d’argent dans un laps de temps le plus court possi­ble avant d’en repar­tir pour retrou­ver un envi­ron­ne­ment moins agres­sif . Si ce compor­te­ment peut paraî­tre criti­qua­ble, il faut toute­fois savoir qu’il est égale­ment celui de beau­coup de Chinois pour peu qu’ils dispo­sent de moyens finan­ciers suffi­sants. Cette volon­té de leur part de fuir ce pays est-il lié à des éléments tels que le régi­me poli­ti­que ou la pollu­tion qui règne dans certai­nes agglo­mé­ra­tions ? Sans doute en peti­te partie, la raison majeu­re étant un des piliers majeurs de la socié­té chinoi­se qu’est un fort indi­vi­dua­lis­me frôlant l’égoïsme.

Ce compor­te­ment qui s’est géné­ra­li­sé au fil du temps a créé un systè­me où rien n’est impor­tant en dehors du cercle fami­lial et de celui de quel­ques rares vrais amis. S’il s’est agi durant des siècles d’une néces­si­té impo­sée par les condi­tions de vie, cet indi­vi­dua­lis­me force­né est deve­nu une base cultu­rel­le entre­te­nue par l’immense majo­ri­té des Chinois. Ce phéno­mè­ne est-il réel­le­ment spéci­fi­que à la Chine ? De moins en moins du fait que certains peuples ont eux aussi tendan­ce à s’isoler pour lutter contre les diffi­cul­tés écono­mi­ques ou socia­les.

individualisme chineUn des meilleurs ther­mo­mè­tres qui exis­te par le monde est le sport et parti­cu­liè­re­ment celui repo­sant sur un jeu d’équipe. Si la Chine n’obtient que de médio­cres résul­tats dans le domai­ne des sports collec­tifs, cela est gran­de­ment dû à l’absence de ce ciment faisant la diffé­ren­ce entre plusieurs indi­vi­dua­li­tés parfois talen­tueu­ses et un bloc soudé formant une véri­ta­ble équi­pe. Si en Fran­ce la derniè­re preu­ve en date est l’échec de l’équipe natio­na­le de rugby face à l’Italie, en Chine c’est le foot­ball qui illus­tre le mieux cette situa­tion. La venue à coups de dizai­nes de millions de merce­nai­res tels qu’Anelka et autres ne peut rempla­cer cet esprit d’équipe indis­so­cia­ble de tout sport collec­tif, celui-ci repo­sant sur un ensem­ble et non sur quel­ques indi­vi­dua­li­tés épar­pillées sur un terrain qui atten­dent un ballon que leurs coéqui­piers tien­nent à garder pour eux histoi­re là aussi de méri­ter leurs salai­res. En Chine, une des rares excep­tions est l’équipe de volley-ball fémi­nin qui obtient des résul­tats corrects malgré un fréquent turn-over. Si ce succès est d’abord dû au fait qu’il s’agisse de femmes, sexe où la soli­da­ri­té est cultu­rel­le, les entraî­neurs succes­sifs savent globa­le­ment entre­te­nir une dyna­mi­que de grou­pe absen­te dans d’autres domai­nes spor­tifs qui eux ne repo­sent que sur quel­ques éphé­mè­res vedet­tes. Une fois celles-ci parties pour diver­ses raisons ne subsis­te de l’équipe que le nom, l’esprit n’ayant jamais été consi­dé­ré comme un élément majeur.

Il est dès lors logi­que que la Chine obtien­ne quel­ques résul­tats dans les disci­pli­nes indi­vi­duel­les où le seul besoin est de déve­lop­per les quali­tés d’une seule person­ne. Bien que les médailles chinoi­ses aux Jeux olym­pi­ques fassent toujours grand bruit pour des raisons autres que spor­ti­ves, il faut toute­fois remar­quer que la Chine voit son palma­rès se rédui­re dès qu’il est ques­tion de sport collec­tif. Il en est ainsi pour le basket-ball où la vedet­te natio­na­le qu’est Yao Min n’est reve­nu au bercail que pour des raisons écono­mi­ques. Il y a en effet fort à parier que si son pays d’origine avait été écono­mi­que­ment celui des années 70, le basket­teur aurait consi­dé­ré les choses de maniè­re très diffé­ren­te.

Si le sport est un repè­re majeur de la menta­li­té d’une popu­la­tion, l’individualisme débor­de large­ment de ces limi­tes en deve­nant une constan­te de la vie en socié­té. Igno­rer l’autre ou s’en méfier ne peut méca­ni­que­ment que condui­re à fuir les respon­sa­bi­li­tés inhé­ren­tes à chaque être humain se voulant civi­li­sé. Qu’il s’agisse d’une fillet­te écra­sée par plusieurs véhi­cu­les sous les yeux de plusieurs témoins ou des innom­bra­bles délits de fuite après un acci­dent de la route, ces compor­te­ments sont la consé­quen­ce non pas d’un systè­me poli­ti­que, mais de celui d’une socié­té où ce qui n’a pas d’intérêt évident et immé­diat est négli­gea­ble.

Bien que les Chinois soient souvent cités dans le clas­se­ment des popu­la­tions à forte fibre patrio­ti­que, ce senti­ment se révè­le arti­fi­ciel pour une bonne partie d’entre eux. En dehors de ce qui est impo­sé, la notion de nation est une gran­de incon­nue du fait qu’elle est syno­ny­me d’union. Cette valeur étant quasi inexis­tan­te parce que ne rappor­tant rien, les drapeaux natio­naux bran­dis à la moin­dre occa­sion servent en réali­té bien plus à dissi­mu­ler le visa­ge des indi­vi­dus qu’à les unir derriè­re cette banniè­re.

Ce compor­te­ment est-il appe­lé à chan­ger ? Sans doute pas avant très long­temps, la socié­té de consom­ma­tion où évoluent les Chinois depuis des décen­nies n’étant guère propi­ce au déve­lop­pe­ment de cette valeur nommée soli­da­ri­té et qui n’est autre que l’esprit d’équipe. Ne pouvant s’acheter, ne valo­ri­sant pas un seul indi­vi­du, ce compor­te­ment pour­tant néces­sai­re ne trou­ve aujourd’hui que peu d’écho auprès de la popu­la­tion. Sans le souhai­ter à un peuple qui a déjà gran­de­ment souf­fert, c’est dans les diffi­cul­tés que ce mode de fonc­tion­ne­ment trou­ve sa sour­ce. Les Chinois ne peuvent donc que s’en éloi­gner au fur et à mesu­re de l’évolution actuel­le, ce d’autant plus que ce senti­ment n’a jamais réel­le­ment exis­té lors des pério­des les plus noires.