Le progrès, un géno­cide cultu­rel plané­taire (2)

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Pour couper de suite l’herbe sous les pieds des geeks et autres adora­teurs de l’inutilité, il n’est pas ques­tion de remettre en cause les progrès béné­fiques à la race humaine, mais ceux nuisibles tant pour l’individu que pour la socié­té dans son ensemble. Il en est ainsi des moyens de commu­ni­ca­tion modernes qui occupent une place de choix dans la longue liste des géno­cides cultu­rels. Comme tant d’autres, ce qui est présen­té comme une évolu­tion ne profite en fait qu’à la mino­ri­té de ceux en tirant profit. Le prix à payer pour l’individu lamb­da est à la hauteur des béné­fices qu’il procure à cette mino­ri­té de dicta­teurs impo­sant par la force des objets et un mode de vie.

Parmi ces géno­cides cultu­rels, le télé­phone portable et ses décli­nai­sons que tout être humain norma­le­ment consti­tué se doit de possé­der. Si les Smart­phones et autres mobiles peuvent se révé­ler utiles en milieu profes­sion­nel, ils ont pour effet d’isoler les utili­sa­teurs dans une bulle les éloi­gnant des réali­tés. Pour s’en rendre compte, Il suffit de quit­ter quelques secondes des yeux son écran censé être une porte sur le monde et de regar­der le compor­te­ment des gens. Ils ne se regardent pas, ne se parlent pas, ce qui n’est pas sans les faire ressem­bler sous bien des aspects à des robots. Cette robo­ti­sa­tion atteint même les plus hautes sphères poli­tiques comme le démontre la récente demande émanant du président de la Répu­blique à desti­na­tion de ses ministres auxquels il a été deman­dé de couper les portables durant la réunion.

Alors qu’un repas dans un restau­rant a long­temps été l’occasion de discu­ter et de mieux se connaître, il se résume aujourd’hui à un échange de Tweets entre personnes inca­pables de sortir du monde virtuel où ils sont plon­gés. Même ceux ayant encore un sens du respect de l’autre doivent subir les agres­sions des inces­santes sonne­ries person­na­li­sées. Ces appels dont l’immense majo­ri­té n’a aucun carac­tère urgent contri­buent à l’isolement d’individus concen­trés sur leurs seuls appareils.

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Le siècle des Lumières version facebook

Ce géno­cide est ampli­fié par le massacre de deux compo­santes essen­tielles d’une culture que sont le langage parlé et celui écrit. Si les indi­vi­dus se parlent moins du fait de l’omniprésence de ces appa­reils, les contraintes qu’ils imposent sont à la source d’une perte d’identité cultu­relle au travers d’une écri­ture tout aussi robo­ti­sée. Inutile de préci­ser que les tradi­tions tant orales qu’écrites payent un lourd tribut à ce qui n’a d’évolution que le nom. Si « être moderne » signi­fie un état proche de l’analphabétisme, on peut raison­na­ble­ment s’interroger sur le sens de cette suppo­sée évolution.

Ce qui se veut un progrès proche d’une révo­lu­tion n’est en fait qu’une appli­ca­tion adap­tée du vieux dicton : « Divi­ser pour mieux régner ». Le pouvoir poli­tique ou finan­cier ayant par le passé fait les frais des mécon­ten­te­ments de masse, chaque portable est une forme de tiroir où est enfer­mé chaque indi­vi­du. Rien de surpre­nant dès lors que les « révo­lu­tions arabes » aient été initiées depuis Twit­ter en ouvrant les tiroirs conte­nant les outils adéquats, soit quelques personnes préa­la­ble­ment forma­tées. Dans un régime auto­ri­taire comme la Chine (on ne dit plus dicta­to­rial depuis que ce pays est entré dans la cour des grandes écono­mies), les commu­ni­ca­tions mobiles sont aussi contrô­lées que celles des Occi­den­taux par la NSA. Cet isole­ment dicté par la mode repré­sente un gage de stabi­li­té pour le pouvoir poli­tique qui de plus peut action­ner à tout moment l’interrupteur en posi­tion arrêt. Rien d’étonnant donc que les auto­ri­tés chinoises soutiennent le déve­lop­pe­ment d’un monde virtuel, celui-ci lui assu­rant la tran­quilli­té. Le résul­tat est que les mouve­ments sociaux initiés par un mécon­ten­te­ment de la majo­ri­té d’un peuple sont aujourd’hui cana­li­sés et téléguidés.

Dans une socié­té « moderne », un indi­vi­du est en prio­ri­té un consom­ma­teur. Qui dit consom­ma­tion dit chiffre d’affaires et donc béné­fices. Béné­fice cultu­rel pour l’individu ? Oui en ce qui concerne l’infime mino­ri­té sachant encore résis­ter à l’appel des lobbies de la consom­ma­tion. Non par contre pour l’immense majo­ri­té qui sombre dans la faci­li­té en se croyant plus évoluée que ses ancêtres plus ou moins proches. Un robot n’ayant pas de sexe défi­ni, il est logique que notre monde s’oriente vers des peuples consti­tués d’androgynes à la pensée et au mode de vie tout aussi unique. Ce nivel­le­ment ne fait qu’amplifier le géno­cide cultu­rel auquel se livrent quelques socié­tés commer­ciales dont les succès sont applau­dis par les diri­geants poli­tiques de la planète en tirant eux aussi de nombreux bénéfices.