Le popu­lis­me et l’art de se faire élire (I)

De Mari­ne Lepen à Donald Trump, ces person­nes sont régu­liè­re­ment trai­tées de popu­lis­tes. De quoi s’agit-il ? Ce mot très à la mode, aussi souvent employé par les médias que par certains préten­dants à un trône de respon­sa­ble poli­ti­que, sous-entend des promes­ses allant dans le sens qui répond aux aspi­ra­tions d’une partie de la popu­la­tion. Le mot de « popu­lis­te » ne doit surtout pas être confon­du avec celui de « démo­cra­te », les diffé­ren­ces étant ténues en se limi­tant à l’origine de la person­ne, un peu comme le Camem­bert de Norman­die ou autres spécia­li­tés loca­les.

On peut toute­fois se deman­der quel­le est la diffé­ren­ce entre une candi­da­te du Front natio­nal qui promet par exem­ple une maîtri­se de l’immigration et un Mitter­rand qui propo­se l’instauration et le main­tien dans le temps de la retrai­te à 60 ans, un Sarko­zy qui s’engage à assu­rer la sécu­ri­té de la popu­la­tion ou la bais­se de la dette publi­que, sans même évoquer l’action vigou­reu­se du prési­dent (pas le froma­ge) actuel. Dans tous les cas, ils savaient que ces promes­ses ne verraient jamais le jour en n’ayant pour objec­tif que de se faire élire.

Pour ce qui est de Mitter­rand ou de Sarko­zy, ils n’ont jamais (ou très rare­ment) été affu­blés du voca­ble de « popu­lis­te », ce mot étant visi­ble­ment réser­vé aux person­nes qui ne font pas partie de la famil­le poli­ti­que histo­ri­que ou du moins se présen­tant comme héri­tier de cette caste.

Concer­nant les sanc­tions suite à des promes­ses non tenues, elles se limi­tent au risque de ne pas être réélu lors du scru­tin suivant, mais en paral­lè­le d’intéressantes indem­ni­tés versées à vie. C’est ainsi que :

  • Valé­rie Giscard d’Estaing, viré en 1981, touche 2,5 millions d’euros par an
  • Jacques Chirac, retrai­té depuis 2007, reçoit une indem­ni­té annuel­le de 1,5 million
  • Nico­las Sarko­zy, licen­cié pour fautes graves en 2012, est sanc­tion­né par le verse­ment de 2,2 millions d’euros par an

Ce à quoi s’ajoutent de nombreux avan­ta­ges finan­cés par l’État et donc par le contribuable-électeur. Les anciens Premiers minis­tres béné­fi­cient pour leur part d’avantages en natu­re et autres.

Dans la « vie réel­le », les choses sont sensi­ble­ment diffé­ren­tes :

  • Un grand maga­sin qui promet un ordi­na­teur à 30 € au lieu de 300 suite à une faute de frap­pe se doit de four­nir le produit au prix promis
  • La loi Hamon sur la consom­ma­tion permet de rési­lier son contrat d’assurance automobile/moto ou habi­ta­tion à tout moment de l’année après 12 mois de sous­crip­tion
  • Un sala­rié qui se révè­le inca­pa­ble de remplir les tâches pour lesquel­les il a été recru­té sera licen­cié sans délai, et ce sans indem­ni­tés ou droit au chôma­ge en cas de faute grave
  • Raris­si­mes sont les sala­riés qui sont embau­chés et touchent des rému­né­ra­tions élevées alors qu’ils ne possè­dent aucun diplô­me pour cet emploi et n’en ont aucu­ne expé­rien­ce.

Mauvais avocat ou méde­cin, fils ou fille de parents riches, ancien mili­tant média­ti­que­ment en vue à un moment oppor­tun et autres person­nes sans réel­le quali­fi­ca­tion ou talent peuvent toute­fois trou­ver une plan­che de salut dorée grâce à la poli­ti­que. Le plus impor­tant se limi­te à choi­sir le bon parti poli­ti­que en fonc­tion du vent domi­nant ou d’attendre sage­ment son tour. Le lèche-bottes est égale­ment un argu­ment porteur en vue d’une embau­che en deman­dant parfois plusieurs années de patien­ce d’où l’effet langue de bois consta­té à force de devoir lécher et parfois sucer. À préci­ser la présen­ce d’une espè­ce de maison de retrai­te faisant offi­ce de centre de reclas­se­ment et autres usages : le parle­ment euro­péen.

Vue par les person­nes dont il est ques­tion plus haut, cette maniè­re de criti­quer une situa­tion pour­tant bien réel­le s’apparente à du « popu­lis­me » dont il est juste­ment ques­tion. Dans les faits, il ne s’agit que d’une expres­sion de la démo­cra­tie dont se préva­lent tous ces gens qui ne veulent que le bien de la popu­la­tion, fran­çai­se dans le cas de la Fran­ce, améri­cai­ne lorsqu’il s’agit des USA, etc.

Pour résu­mer, un candi­dat ou « respon­sa­ble » poli­ti­que qui promet « monts et merveilles » alors qu’il sait fort bien qu’il ne tien­dra qu’une infi­ni­té­si­ma­le partie de ses promes­ses se consi­dè­re comme un respec­ta­ble démo­cra­te s’il est issu de la famil­le des appa­rat­chiks. Sans cette filia­tion obli­ga­toi­re, la person­ne sortie du rang des anony­mes est habillée du nom de popu­lis­te tant par les concur­rents que par les médias ache­tés, vendus, donnés et parfois héri­tés comme dans le cas du Figa­ro.

Pour que ce systè­me venu en prin­ci­pe rempla­cer la monar­chie fonc­tion­ne, les ancê­tres des gran­des famil­les poli­ti­ques actuel­les ont inven­té l’électeur. Ce dernier maillon possè­de sa part de respon­sa­bi­li­té ou d’irresponsabilité en ayant dès le début mal inter­pré­té sa fonc­tion. Il faut toute­fois préci­ser que ce rôle théâ­tral n’a jamais été réel­le­ment compris, le mode d’emploi ayant été rédi­gé par les héri­tiers de la « Révo­lu­tion de 1789 » et jamais expli­quée en détail. C’est ce dont il sera ques­tion lors d’un arti­cle à venir et toujours dans le contex­te des réflexions popu­lis­tes.