Le monde des démo­cra­ties ramol­lies

aieSalva­tor Dali avait en son temps fait sensa­tion avec divers tableaux ayant pour thème des montres molles. Moins artis­tique est l’état de la plupart des démo­cra­ties se révé­lant tout aussi molles et pour certaines visqueuses en deve­nant insai­sis­sable. Alors que ce système a été initia­le­ment pensé pour donner au peuple la gestion des affaires de son pays, cet outil a été progres­si­ve­ment détour­né de son but premier au béné­fice d’une mino­ri­té de carrié­ristes plus ou moins talen­tueux. Cette confis­ca­tion n’est pas comme dans les dicta­tures offi­cielles du fait d’une junte mili­taire ou des repré­sen­tants d’une idéo­lo­gie poli­tique, mais du peuple lui-même qui a voulu ainsi se débar­ras­ser d’un costume qu’il a jugé trop grand pour lui.

Si les scru­tins élec­to­raux se résument de nos jours à un combat de coqs dont sort vain­queur le parti dispo­sant de la plus impo­sante logis­tique, les années sépa­rant ces périodes de vote sont d’une extrême mollesse. Se conten­tant de vendre son bulle­tin en échange de quelques promesses souvent déma­go­giques, le peuple patiente le reste du temps dans l’arrière-boutique. Concer­nant la liber­té d’expression dont certains sont si fiers, celle-ci a égale­ment été volée par quelques médias deve­nus au fil du temps de serviles cour­roies de propa­gande du pouvoir et des lobbies finan­ciers qui tirent les ficelles. En dehors des grands titres tradi­tion­nels dispo­sant là encore de toute la logis­tique néces­saire à un parfait abru­tis­se­ment, il n’existe rien de réel­le­ment ouvert au peuple. Si le journalisme-citoyen a lais­sé quelque temps espé­rer une ouver­ture à desti­na­tion des diverses classes sociales, il a rapi­de­ment été enva­hi par de pseudo-intellectuels et quelques ronces prove­nant des partis poli­tiques qui y prolongent leurs campagnes de propa­gande.

Devant cette situa­tion la majo­ri­té silen­cieuse l’est deve­nue encore plus, ce qui a pour effet de lais­ser croire aux boni­men­teurs de foire qu’ils sont convain­cants, peu de voix s’élevant pour les contrer. Idem pour les syndi­cats profes­sion­nels qui ne sont depuis long­temps que des outils de parti poli­tique atti­rant à eux les coti­sa­tions par quelques coups d’éclat à voca­tion unique­ment corpo­ra­tistes et donc très limi­tées. Pour­quoi d’ailleurs iraient-ils perdre leur temps pour des employés ne le dési­rant pas puisque se satis­fai­sant très bien des condi­tions actuelles ? Aller voter tous les 5 ans étant déjà un effort au-dessus de leurs forces pour près d’un quart de la popu­la­tion en âge d’accomplir cette démarche, il ne faut rien attendre d’un peuple ramol­li par des décen­nies de consom­ma­tion à outrance. Fier du passé de leur pays, ils ne trouvent toute­fois aucune raison d’apporter une pierre supplé­men­taire à la construc­tion de cet édifice commen­cé par d’autres, mais qui est loin d’être termi­né.

Il est souvent évoqué un accord tacite passé entre les Chinois et leurs diri­geants autre­fois commu­nistes. Ce « deal », dont beau­coup d’Occidentaux se moquent, se résume à un pouvoir aux mains de quelques-uns en échange d’une évolu­tion constante du niveau de vie. À y regar­der de plus près, et même de très loin, la diffé­rence est très loin d’être flagrante avec nos démo­cra­ties deve­nues l’antre des mollas­sons régnant sur un trou­peau de moutons bêlant lorsqu’approche l’heure du repas ou celle des départs en vacances, si ce n’est que d’un côté les promesses sont pour une partie respec­tées. Pour une bonne part aussi molle que leurs guides très indi­rec­te­ment élus, mais par contre bel et bien impo­sés, les opinions publiques se contentent de peu et pour ne pas dire de rien, si ce n’est la protec­tion des avan­tages acquis par des congé­nères qui étaient eux prêts à se battre pour les obte­nir.

Si une publi­ci­té évoquait un monde de douceur, il est en réali­té celui d’une mollesse certaine ressem­blant à s’y méprendre à cette pâte à mode­ler à qui l’on donne la forme dési­rée sans trop d’efforts.