Le luxe oui, mais surtout pas chinois

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behaiIdéa­le­ment située au bord de la mer, Beihai a été la première ville du Guangxi à s’ouvrir aux inves­tis­se­ments étran­gers. Fin des années 1990, un groupe d’investisseurs améri­cains a commen­cé la construc­tion de plusieurs centaines de villas. La clien­tèle ciblée était celle des Chinois nouvel­le­ment riches et des étran­gers à la recherche d’une rési­dence pas chère en bord de mer. 

Épisode 1

Alors que les travaux touchaient à leur fin, le groupe d’investisseurs a stop­pé net le finan­ce­ment du chan­tier sans donner la moindre expli­ca­tion. Corrom­pus deve­nus trop gour­mands, promesses d’achats en dessous des espé­rances, rede­vances aux mafias locales jugées hors de prix ? Peu de personnes connaissent la véri­té en dehors de celles ayant pris la déci­sion de mettre un terme au projet. Après deux années sans aucune nouvelle, les auto­ri­tés du Guangxi ont joint les inves­tis­seurs améri­cains pour leur deman­der quand ils pensaient reprendre les travaux. Réponse « On ne revient pas et l’on vous aban­donne la proprié­té des construc­tions ». Ce n’est que quelques années plus tard qu’un promo­teur a rache­té le lot à un prix très bas. Cette opéra­tion lui a permis d’engranger un confor­table béné­fice malgré un prix de vente large­ment infé­rieur à celui initia­le­ment prévu par les inves­tis­seurs améri­cains et les inévi­tables pots-de-vin.

Épisode 2

En 2006, un promo­teur venu du Zhejiang fait l’acquisition de plusieurs centaines d’hectares en bord de mer. Là encore, la clien­tèle visée est celle des classes aisées venant prendre quelques vacances dans des villas de luxe. Des canaux sont aména­gés à proxi­mi­té de cet ensemble rési­den­tiel ou chaque villa possède son jardin inté­rieur. Le coût de ces villas est de 30 millions de yuans, ce qui reste raison­nable en rapport de l’aspect esthé­tique de ces construc­tions et de l’environnement 

Épisode 3

En 2008, les travaux sont termi­nés en dehors des derniers aména­ge­ments exté­rieurs. Le promo­teur orga­nise alors à grands frais plusieurs opéra­tions de marke­ting au travers de banquets où se produisent de nombreuses vedettes natio­nales du show-biz. Si les « nouveaux riches » répondent aux invi­ta­tions du fait de la gratui­té des anima­tions, les carnets de commandes restent déses­pé­ré­ment vides. Six ans plus tard, les seuls rési­dents de cet ensemble de luxe sont les personnes char­gées de l’entretien des espaces verts. Le bureau de vente a fermé ses portes il y a quelques mois et le promo­teur a pris la fuite en lais­sant une superbe ardoise aux action­naires et aux banques.

Mêmes causes, mêmes effets

Pour­quoi ce nouvel échec ? Certains penchent pour un problème d’odeurs. À marée basse des tonnes d’algues sont expo­sées en pleine chaleur. Cette odeur serait gênante pour des cita­dins plus habi­tués aux rejets de Co² et autres PM 2,5 qu’aux parfums natu­rels de la mer. D’autres évoquent la proxi­mi­té rela­tive de la future centrale nucléaire de Fang­cheng­gang dont la première unité sera mise en service en 2018. Une autre raison plus réaliste est étayée par des situa­tions iden­tiques sans que les mêmes nuisances en soient à l’origine. Les construc­tions de luxe deve­nues des quar­tiers fantômes se comptent en effet par dizaines à travers tout le pays.

Luxe oui, mais pas chinois

Pour­quoi ces produits de luxe ont-ils tant de mal à trou­ver preneur ? Tout simple­ment parce qu’ils se situent en Chine. Pour 3,5 millions d’euros, un Chinois aisé peut faire l’acquisition d’une villa sur la Côte d’Azur, ce qui repré­sente un autre stan­ding qu’une construc­tion majo­ri­tai­re­ment béton­née dans le Guangxi ou ailleurs en Chine. Pour des fonds dont l’origine est douteuse, cet éloi­gne­ment est égale­ment un gage de tran­quilli­té comme l’a prou­vé la villa ache­tée sur la Cote d’Azur par la famille Bo Xilai. Rien de plus facile que de créer une SCI en France à partir d’une autre socié­té basée à Hong Kong ou dans un autre para­dis fiscal. S’ajoute à cet aspect le fait qu’en Chine, un Chinois même riche demeure un Chinois alors qu’ailleurs il devient un « riche inves­tis­seur étran­ger ». Même si les appa­rences sont parfois trom­peuses, cet élément est déter­mi­nant pour une classe sociale nouvel­le­ment riche et qui désire en prio­ri­té étaler sa richesse par satis­fac­tion person­nelle. C’est à ce titre que de nombreux Chinois préfèrent ache­ter un Vuit­ton à Paris plutôt que le même produit dans un maga­sin chinois de la marque. Parce que le luxe et la quali­té sont encore consi­dé­rés comme ne pouvant être chinois, le vendre loca­le­ment est parfois diffi­cile quel que soit le secteur.

D’importants rabais étant prévi­sibles en ce qui concerne la rési­dence de Beihai, voici quelques photos donnant un aper­çu des lieux. Condi­tion requise pour ce qui peut deve­nir une bonne affaire : ne pas être Chinois.