Le lait : un secteur porteur, mais lami­né

AmiSi nos veaux aux hormones et poulets tout aussi arti­fi­ciels n’ont jamais trop inspi­ré notre presse, le lait chinois conta­mi­né à la méla­mine est lui encore dans bien des mémoires tant cette histoire a été surex­ploi­tée. Dérive alimen­taire réelle deve­nue argu­ment poli­tique et écono­mique, cette histoire a ruiné dura­ble­ment la filière laitière locale en dehors de quelques rares resca­pés plus ou moins proches du pouvoir comme Waha­ha. L’image de ce secteur écono­mique est par consé­quent deve­nu un désert qui n’est plus occu­pé que par quelques oasis majo­ri­tai­re­ment d’origine étran­gère.

Qu’il s’agisse d’Abott, de Dumex, de Mead Jhon­son, Nest­lé et quelques autres, ces socié­tés ne sont sans doute pour rien dans ce scan­dale et ne font qu’exploiter une place lais­sée libre par des irres­pon­sables. Après pas mal de diffi­cul­tés, les stocks de lait conta­mi­né ont dispa­ru en étant majo­ri­tai­re­ment détruits, ce qui n’exclut pas d’épisodiques remon­tées à la surface en fonc­tion de besoins parti­cu­liers. Sans réel contrôle de ces destruc­tions, une partie de ces produits frela­tés ont en effet été dépla­cés vers des régions éloi­gnées des centres de produc­tion, ce de manière aussi étrange qu’a été signa­lé ce problème. Alors que la sonnette d’alarme aurait dû être tirée par les services sani­taires chinois, c’est le gouver­ne­ment de Nouvelle-Zélande qui a donné l’information, soit le même pays qui détient aujourd’hui un quasi-monopole du lait impor­té en Chine. Sur les 450 millions de tonnes impor­tés annuel­le­ment, 370 proviennent en effet de Nouvelle-Zélande, le reste venant d’Australie et des États-Unis.

La loco­mo­tive de cette acti­vi­té est repré­sen­tée par les produits pour nour­ris­sons dont près de 90 % sont assu­rés d’une manière ou d’une autre par des marques étran­gères, ce qui a pour effet que l’an dernier plus de 60 % du lait consom­mé en Chine avait une origine autre que locale. Si une solu­tion d’urgence se devait d’être trou­vée par les auto­ri­tés après le scan­dale des produits méla­mi­nés, il peut paraître étrange que les respon­sables de ce secteur n’aient pas mis à profit les quatre années écou­lées pour refondre ce secteur écono­mique. Lais­ser en effet sur la paille des milliers de produc­teurs et de petits indus­triels n’est guère habi­tuel et pousse à cher­cher ailleurs une contre­par­tie.

Celle-ci se trouve dans deux raisons majeures dont une est sociale, l’autre étant écono­mique. Redon­ner confiance au consom­ma­teur même en devant faire appel à des acteurs exté­rieurs est pour les diri­geants une marque de sagesse ainsi qu’un gage de tran­quilli­té. Les étran­gers étant répu­tés pour la quali­té de leurs produits, rien de plus de rassu­rant pour des parents inquiets à juste titre de la santé de leurs enfants. « Nos produc­teurs et indus­triels locaux sont indignes de confiance et nous faisons donc appel à des gens sérieux », est le raison­ne­ment qui a été plus ou moins tenu, ce qui n’est pas sans donner un bon coup de pein­ture à des diri­geants et services sani­taires présen­tant une surface écaillée suite à cette affaire. Prou­vant ainsi qu’ils pouvaient sacri­fier quelques entre­prises douteuses sur l’autel de la sécu­ri­té alimen­taire, les diri­geants ont ainsi redo­ré leur blason aux yeux des consom­ma­teurs en ne faisant retom­ber la faute que sur les seules épaules des indus­triels véreux.

La deuxième raison, qui est elle écono­mique, va dans le sens qu’il vaut mieux privi­lé­gier des impor­ta­tions taxées ou des inves­tis­se­ments directs opérés par des indus­triels étran­gers que se conten­ter des maigres reve­nus prove­nant d’industries en forte concur­rence. C’est ainsi que face à un secteur local sans grande renta­bi­li­té et de plus à risque, les auto­ri­tés ont privi­lé­gié tant les impor­ta­tions venues de l’étranger que des implan­ta­tions d’usines. Un autre avan­tage touchant aux inves­tis­se­ments directs est qu’ils sont sources garan­ties d’emplois et offrent aux poten­tats locaux bien plus d’avantages que ceux amenés par des indus­triels chinois. Il faut pour finir égale­ment prendre en compte qu’ouvrir ses portes à un marché aussi porteur se révèle être une excel­lente opéra­tion de poli­tique étran­gère, ce dont la Chine a le plus grand besoin.

Si le très sérieux site Holstein Farmer envi­sage un retour de la confiance sur les produits laitiers chinois au plus tôt d’ici trois ans, ce sont avant tout les diri­geants qui déci­de­ront si oui ou non une deuxième chance est donnée aux indus­triels et produc­teurs de ce secteur. Cette déci­sion n’interviendra sans doute pas en fonc­tion des seuls critères de quali­té, mais de ceux d’une renta­bi­li­té sur le plan écono­mique et surtout poli­tique.