Le lait chinois tourne de plus en plus mal

Frap­pée de plein fouet par le scan­dale du lait à la méla­mine, l’industrie laitière chinoise tente de se sortir de l’impasse dans laquelle elle s’est elle-même enga­gée. Alors qu’il s’agissait de dérives impu­tables aux indus­triels et non aux produc­teurs, ce sont pour­tant ces derniers qui payent le plus lourd tribut. Si de nombreuses petites struc­tures indus­trielles ont dispa­ru ces dernières années restent les plus impor­tantes qui ont en partie recons­truit leur image de marque sur la base de poudre de lait impor­tée.

Côté produc­teurs, la situa­tion est catas­tro­phique tant en raison de la hausse des coûts de l’alimentation du bétail que du prix auquel est ache­té le kg de lait. Reve­nant en effet à 2,8 yuans auxquels il faut ajou­ter les coûts de main-d’œuvre et d’entretien des maté­riels, le kg de lait est ache­té 2,9 yuans/kg par les indus­triels. Deve­nus bien moins nombreuses que par le passé, les usines de trans­for­ma­tion s’appuient désor­mais sur un quasi-monopole leur permet­tant de fixer les prix au plus bas. Pour les indus­triels, le problème rencon­tré par les produc­teurs n’est pas du fait d’un coût d’achat trop faible, mais lié au manque de produc­ti­vi­té. Pour appuyer cette argu­men­ta­tion, un respon­sable de la Dairy Co. Ltd met ainsi en avant qu’une vache chinoise produit annuel­le­ment 5 tonnes de lait alors qu’un même animal en donne plus de 10 tonnes en Israël.

Livrée à quai en Chine, une tonne de poudre de lait impor­té coûte 24 000 yuans alors que la même quan­ti­té produite loca­le­ment revient à 30 000 yuans. Ces 6000 yuans de diffé­rence proviennent pour une grande part de tech­niques de trans­for­ma­tion plus élabo­rées côté expor­ta­teurs ainsi que d’aides finan­cières plus ou moins dissi­mu­lées prove­nant des gouver­ne­ments de ces pays. Face à cette situa­tion désas­treuse, les auto­ri­tés centrales et régio­nales tentent de venir en aide aux produc­teurs qui dans l’immédiat n’ont d’autres solu­tions que de vendre tout ou partie des vaches laitières. Devant cet afflux de viande, le marché se trouve par endroits inca­pable d’écouler ce supplé­ment ce qui induit inévi­ta­ble­ment une baisse des prix de gros et cause le mécon­ten­te­ment des éleveurs de bétail.

Un des effets colla­té­raux de la dispa­ri­tion d’une partie des vaches laitières est que la produc­tion est méca­ni­que­ment en baisse ce qui a conduit de nombreux collec­teurs à espa­cer les tour­nées. Dès lors les produc­teurs de lait doivent s’équiper de maté­riel de stockage dont le coût vient aggra­ver une situa­tion finan­cière déjà précaire. Alors que la demande de lait ne cesse d’augmenter tant dans le domaine alimen­taire que celui des cosmé­tiques, la Chine se révèle avoir le plus grand mal à répondre loca­le­ment à ces besoins, ce qui lui impose d’importer des quan­ti­tés de poudre de lait de plus en plus impor­tantes. S’il a été pensé à un moment que le scan­dale de la méla­mine avait au moins permis de nettoyer ce secteur de ses mauvais sujets, ce sont en fait les produc­teurs qui pâtissent le plus des retom­bées néga­tives, les indus­triels voyant eux leurs béné­fices monter en flèche.