Le jour de sa mort a été le dernier jour de sa vie

charabiaCette inscrip­tion orne le fron­ton de l’école de Jour­na­leux sur Mensonges. Créé à l’initiative du seigneur de La Palice, cet établis­se­ment est répu­té pour donner nais­sance à de zélés sala­riés des empires de presse. En atten­dant de trou­ver un travail à plein temps ou en CDD, l’un d’eux fait ses armes au Figa­ro, terrain de prédi­lec­tion pour un forma­tage en profondeur.

Le président chinois étant en voyage offi­ciel en France, le média ressort comme à chaque fois le carton rempli de clichés jaunis (normal pour ce qui concerne la Chine). Entre deux publi­ci­tés, notre futur jour­na­liste a réus­si à caser l’habituel commu­ni­qué d’Amnesty sortant lui aussi à point nommé. Le stagiaire aurait pu se conten­ter de l’habituel copié/collé émanant de l’AFP, mais il a voulu y appor­ter sa touche person­nelle. Voici ce que cela donne :

« La Chine a exécu­té des milliers de personnes en 2013, soit nette­ment davan­tage que le total de 778 condam­nés à qui a été appli­quée la peine de mort dans le reste du monde, dénonce l’ONG Amnes­ty International. »

La Palice sera donc heureux de consta­ter qu’il est à l’origine de cette voca­tion de jour­na­liste. Heureu­se­ment en effet que le déjà bien forma­té stagiaire souligne que des milliers sont supé­rieurs à 778, les abon­nés du Figa­ro ne sachant visi­ble­ment pas comp­ter. Vous remar­que­rez ensuite comme moi la préci­sion du « reste du monde » face au flou des milliers, le chiffre exact pouvant se situer entre 2000 et l’infini. Il est vrai que personne ne connaît le vrai chiffre, ce qui permet d’avancer n’importe quoi en fonc­tion du but recherché.

Tout aussi flou est un autre passage de ce mémo­rable test d’admission au métier de bafouilleur :

« Aux États-Unis, 2013 a été une année de net déclin, marquée par des exécu­tions et des condam­na­tions à la peine capi­tale à des niveaux parmi les plus bas depuis des décen­nies »

Les USA en déclin, cela n’a rien de nouveau. Plus inté­res­sant est qu’il semble possible que les exécu­tions ne soient pas systé­ma­ti­que­ment liées à des condam­na­tions, même le stagiaire diffé­ren­ciant les deux. En prin­cipe, une exécu­tion suit une condam­na­tion pronon­cée par un tribu­nal. Ici les deux aspects sont distincts et concernent sans doute Guan­ta­na­mo où les condam­nés à mort pour­ris­sant dans le couloir dédié.

Pour ma part, je regrette parfois la durée limi­tée de mes études ne me permet­tant pas de me lancer dans des textes seule­ment compré­hen­sibles par un cercle fermé d’intellectuels. Lorsque je lis des chara­bias comme les deux passages ci-dessus, je me dis que c’est autant de temps de gagné.

L’article nomi­né pour la bafouille d’or