Le feu d’artifice se termine

soieDans les années 80, la Chine faisait sourire avec sa popu­la­tion payée par un bol de riz quoti­dien pour fabri­quer une bonne partie de nos objets usuels. Cette image créée de toutes pièces par les médias prenant ici ou là quelques situa­tions parti­cu­lières avaient pour objet d’expliquer pour­quoi un produit fabri­qué à 10 000 km reve­nait moins cher que le même fabri­qué loca­le­ment. 1989 et les évène­ments de Tien Anmen sont tombés à pic pour renfor­cer le senti­ment entre­te­nu que la popu­la­tion était sous le joug d’un gouver­ne­ment tota­li­taire, ne lais­sant à son peuple la moindre liber­té. Aujourd’hui encore, cet évène­ment est annuel­le­ment remis au premier plan tel un épou­van­tail que l’on agite, et qui a pour seul objec­tif de main­te­nir une partie de l’opinion publique dans l’ignorance.

Dans les années 90, la Chine a pour­sui­vi son lent chemin d’évolution et de réformes, visant à moder­ni­ser ce pays, tout en conser­vant la même ligne poli­tique, ou du moins la même appel­la­tion de pays commu­niste alors qu’il n’en a plus depuis long­temps que le nom, conser­vé bien plus pour des raisons d’image dans le pays, que de vitrine idéo­lo­gique, derrière ce paravent se cachant un système mélan­geant allè­gre­ment doctrine socia­liste et hyper-capitalisme. Pour de nombreux Occi­den­taux, ce pays restait un pays soumis et sous-développé faci­le­ment exploi­table, comme l’étaient certains pays d’Afrique. Aucun danger ne pouvait venir d’un tel système, et les quelques Occi­den­taux qui exploi­taient déjà cette mine de main d’œuvre se gardaient bien, pour peu qu’ils s’en soient rendu compte, de signa­ler que la Chine évoluait à grande vitesse.

Les années 2000, ont vu l’entrée de la Chine dans l’O.M .C, faisant là aussi sourire certains experts qui ne voyaient là qu’une manière supplé­men­taire de mettre ce pays sous la coupe des grandes puis­sances, et de lui placer le cathé­ter des subven­tions et autres aides desti­nées à le conser­ver en survie arti­fi­cielle et ainsi à en souti­rer le maxi­mum. C’est à cette époque que l’échafaudage occi­den­tal a commen­cé à vaciller, miné par des certi­tudes qui lais­saient croire que l’équilibre de l’époque ne pouvait être remis en ques­tion, et encore moins par un pays géré par un système poli­tique inspi­ré du commu­nisme. Pour des raisons sans doute liées à certains parti­cu­la­rismes cultu­rels, géogra­phiques et démo­gra­phiques, mais égale­ment en raison d’une préten­tion et d’un orgueil ayant traver­sé les siècles sans encombre, le système univer­sel appli­qué depuis des siècles n’a pas fonc­tion­né dans ce cas précis et s’est au contraire retour­né contre ses propres insti­ga­teurs.

Les balances commer­ciales ont commen­cé à s’affaiblir avant de deve­nir défi­ci­taires, et les budgets de pays comme celui des U.S, progres­si­ve­ment tenus hors d’eau par le même pays qui à la base ne devait être qu’un simple four­nis­seur de produits à bas coûts, produits garants du main­tien d’un pouvoir d’achat arti­fi­ciel­le­ment main­te­nu pour des raisons avant tout élec­to­ra­listes. Il fallait donc, et de façon urgente, chan­ger un discours tenu pendant deux décen­nies, et qui présen­tait ce pays comme une de ces nombreuses autres nations émer­gentes, c’est-à-dire soute­nues par de grands frères au regard condes­cen­dant, mettant en avant leurs rôles dans cette évolu­tion faite au nom de l’humanisme.

De servi­teur soumis, la Chine est donc subi­te­ment passée au stade de concur­rent déran­geant et omni­pré­sent, qu’une opinion publique main­te­nue dans l’ignorance a du mal à comprendre comment un pays a pu en arri­ver là en si peu de temps, et surtout dans un tel silence média­tique et poli­tique. Malgré les images mises en avant régu­liè­re­ment, et montrant le retard encore certain de ce pays sur les pays dits riches, il devient de plus en plus diffi­cile de masquer la réali­té.

Nouveau retour­ne­ment de veste de la part des grands diri­geants, qui après avoir négli­gé volon­tai­re­ment ce pays, en arrivent aujourd’hui à lui deman­der son aide dans les secteurs du main­tien de l’activité de leur propre pays, mais égale­ment de l’équilibre budgé­taire ou écolo­gique mis à mal par des décen­nies de gestion désas­treuse, dictées par un orgueil déme­su­ré. Les diri­geants Chinois eux-mêmes sont surpris par l’état réel de ces pays, qui s’ils étaient les modèles à égaler, se révèlent bien plus fragiles qu’ils ne le parais­saient, et demandent aujourd’hui un soutien qu’ils étaient eux-mêmes censés appor­ter.

Dans ce monde où l’artifice et les fausses richesses issues du crédit sont les éléments primor­diaux d’un système usé, où l’on erre régu­liè­re­ment entre acquis sociaux accor­dés tempo­rai­re­ment pour des raisons de clien­té­lisme élec­to­ral, la Chine devient une puis­sance écono­mique incon­tour­nable, et il ne reste plus qu’à lui souhai­ter de ne pas trop s’inspirer de ses illustres prédé­ces­seurs qui, en faisant croire à un semblant d’égalité n’ont fait que creu­ser un fossé entre classes sociales à qui l’on tente de faire croire que le fautif c’est l’autre qui ne respecte pas ces règles dictées par un petit nombre, et qui n’ont pour but que de servir ce petit cercle de privi­lé­giés.

Le feu d’artifice semble donc se termi­ner, et il semble logique que le pays qui l’a inven­té en béné­fi­cie, après en avoir été un four­nis­seur exploi­té par les mêmes qui se plaignent aujourd’hui d’être bles­sés par des fusées de couleur lancées dans tous les sens.