Le faux dyna­misme du petit commerce chinois

Le faux dynamisme du petit commerce chinoisÀ première vue la Chine est un pays dispo­sant d’un tissu écono­mique parti­cu­liè­re­ment dyna­mique, ce tant dans le domaine indus­triel que celui du commerce. Pour ce dernier, les petits commer­çants ne sont pas en reste avec des renou­vel­le­ments d’enseigne aussi fréquents que les réno­va­tions de maga­sins. En y regar­dant toute­fois de plus près, on s’aperçoit que la situa­tion est bien plus miti­gée qu’il y parait.

Si le turn-over des maga­sins est en effet impres­sion­nant, cela est dû en grande partie au fait que les loca­taires précé­dents ont connu quelques déboires. S’étant enga­gé pour deux ou 5 ans, la première est couram­ment suffi­sante pour qu’ils s’aperçoivent que le seul équi­libre finan­cier est loin d’être garan­ti. Il faut dès lors trou­ver un rempla­çant qui lui verse­ra le montant des loyers majo­rés de quelques centaines de yuans, histoire de pouvoir commen­cer à rembour­ser famille et amis.

Contrai­re­ment à des pays comme la France où « s’installer à son compte » est mure­ment réflé­chi et prépa­ré, ici on ne regarde majo­ri­tai­re­ment que le suppo­sé poten­tiel dont une partie est basée sur ses rela­tions. La notion de budget prévi­sion­nel étant des plus vagues lorsque ce terme est seule­ment connu, c’est sur l’espérance que se fonde le désir d’abandonner un travail mal payé. Dans de nombreux cas, le raison­ne­ment se résume à celui-ci :

« Je gagne actuel­le­ment 2000 yuans par mois et je n’ai guère espoir de voir ma situa­tion chan­ger si je reste dans cette entre­prise. J’ai pas mal d’amis et un peu d’argent de côté qui vien­dra s’ajouter à celui prêté par la famille. Avec le complé­ment appor­té par un prêt privé je peux finan­cer un petit maga­sin, qui même s’il ne me permet­tra pas de deve­nir riche, m’apportera autant que ce que je perçois actuel­le­ment ». Hélas pour le « doux rêveur » une fois le poten­tiel de rela­tions servi, la réelle clien­tèle se fait rare, ce d’autant plus qu’ils sont des centaines dans un même quar­tier à penser de même. Passé quelques mois il faut donc penser à passer la main et à retrou­ver un emploi sala­rié qui met ainsi fin aux espoirs. La demande de la part de ces futurs ex-commerçants est telle qu’ils n’ont guère de souci pour trou­ver celui qui quelques mois plus tard sera dans la même situa­tion.

Les prélè­ve­ments obli­ga­toires étant réduits à leur strict mini­mum, et de plus pour une partie « négo­ciables», les candi­dats sont d’autant plus nombreux que certains se sont fait une spécia­li­té en faisant miroi­ter tant une clien­tèle poten­tielle qu’une myriade d’avantages de toutes sortes. Les villes et villages s’agrandissant en nombre de loge­ments rési­den­tiels, s’implantent dans le même temps des milliers de nouvelles surfaces commer­ciales prêtes à attra­per un maxi­mum de pigeons. Si au bout de quelques mois ce sont bien des centaines ou milliers de foyers supplé­men­taires qui sont présents, les petits commer­çants n’en récu­pèrent qu’une infime partie en raison de l’habitude pous­sant les consom­ma­teurs à faire leurs achats toujours au même endroit, même si celui-ci est distant de plusieurs kilo­mètres de leur domi­cile. Les meilleurs vendeurs de ces nouvelles échoppes sont bien sûr les promo­teurs lais­sant croire à un énorme poten­tiel de clien­tèle, mais égale­ment certaines admi­nis­tra­tions telles celle du Minis­tère du Commerce qui est souvent partie prenante dans ces opéra­tions.

Le faux dynamisme du petit commerce chinoisSi ce phéno­mène est quasi géné­ral dans le pays, il est parti­cu­liè­re­ment visible pour des villages comme celui où je réside puisque plus aisé­ment palpable du fait de la taille réduite de l’agglomération. Un bourg qui passe de 250 000 à 400 000 habi­tants en cinq ans, cela se remarque et fait naître des envies. Si la partie la plus ancienne de la ville s trouve à présent cernée de construc­tions tant rési­den­tielles que commer­ciales dont une partie est encore en cours de fini­tion, c’est dans le centre-ville que se livre un combat achar­né. La fina­li­té de cette bataille est de trou­ver quelques dizaines de m² à louer, ce quel qu’en soit le prix puisque présen­té comme haute­ment rentable.

C’est ainsi qu’un oncle de mon épouse, proprié­taire depuis trente ans d’un piteux maga­sin vendant des produits de pisci­cul­ture, s’est vu propo­ser 6200 yuans par mois avec un contrat de cinq ans, ce qu’il a accep­té sans se faire prier. Cet apport d’argent ines­pé­ré lui a permis d’une part de prendre sa retraite un peu avant l’heure et d’autre part d’acquérir un de ces loge­ments à prix abor­dable mis en vente par la commune. Exemp­té de taxes, ce reve­nu repré­sente mensuel­le­ment 6 fois ce qu’il réali­sait de béné­fice en travaillant dure­ment, même si en un an son ancien maga­sin a déjà chan­gé deux fois d’enseigne.

Les prix de l’immobilier commer­cial ayant tendance à augmen­ter, les proprié­taires qui attendent ainsi le passage des pigeons sont nombreux, choi­sis­sant le bon moment pour céder un empla­ce­ment non rentable en raison d’une acti­vi­té trop concur­ren­tielle ou inadap­tée. Dans bien des cas les succes­seurs ne font guère mieux avec pour­tant des tech­niques de vente et des maga­sins plus attrayants, mais satis­font tant leur désir de « tenter le coup » tout en permet­tant aux anciens exploi­tants une vie jusqu’alors ines­pé­rée.