L’administration chinoise : une lour­deur héri­tée

Grandeur NatureDébut 1980, la Chine s’est lancée dans les réformes. Si celles-ci touchent à des pans entiers de l’économie, de l’industrie et de bien d’autres secteurs majeurs, elles concernent égale­ment les admi­nis­tra­tions. Passer d’un système collec­ti­viste où l’efficacité est un aspect secon­daire et où la quan­ti­té nuit parfois à la quali­té des services n’étant pas une mince affaire, trente ans plus tard le proces­sus semble loin d’être termi­né.

Si en France les réformes de l’administration se traduisent prin­ci­pa­le­ment par des ferme­tures de services publics locaux et le non-remplacement d’agents partant à la retraite, en Chine c’est l’aspect pratique qui est mis en avant. Passer de procé­dures complexes et répé­ti­tives à d’autres bien plus simples et rapides est un défi impo­sé à ce pays qui tente de s’en sortir en cher­chant la meilleure solu­tion au travers de divers tests souvent gran­deur nature. Les agglo­mé­ra­tions ayant tendance à s’étendre, les bureaux de poste sont par exemple plus nombreux, et ce comme les autres admi­nis­tra­tions. L’informatique prend bien évidem­ment une place de plus en plus impor­tante avec de toujours plus nombreuses procé­dures « assis­tées par ordi­na­teur ».

C’est ainsi que le formu­laire de rési­dence que doit four­nir tout étran­ger est doré­na­vant infor­ma­ti­sé et déli­vré auto­ma­ti­que­ment alors qu’il était manus­crit jusqu’à l’an dernier. Il en est de même pour la demande de renou­vel­le­ment de visa qui dans mon cas a toujours été diffé­rente d’une année à l’autre. Si les diffé­rences sont souvent d’ordre tech­nique et visent à amélio­rer le système en le simpli­fiant, ce qui pour­rait être assi­mi­lé à des erre­ments est en fait la consé­quence des réformes, ce qui prouve au moins qu’elles sont toujours en route.

Dans bien des cas, l’administration chinoise paraît lourde et complexe, mais à y regar­der de plus près elle ne l’est pas plus que celle de l’Europe, point de compa­rai­son plus honnête qu’avec un pays 21 fois peuplé. Il ne faut de plus pas perdre de vue le fait que la Chine sort tout juste d’un système large­ment étati­sé, ce qui sous-entend une évidente centra­li­sa­tion. Dans bien des cas un docu­ment devra être visé par plusieurs services, chacun d’entre eux appo­sant son tampon spéci­fique, preuve que la procé­dure normale a été respec­tée, ais aussi que chaque fonc­tion­naire a fait son travail. Cette hiérar­chi­sa­tion visant tant à justi­fier un emploi qu’un chemi­ne­ment conforme aux direc­tives est sans doute un des nombreux « restes » de l’époque collec­ti­viste, ce qui contraste avec les aspects très modernes de certains secteurs de la socié­té chinoise.

Se débar­ras­ser de cet uniforme d’une autre époque deman­de­ra sans aucun doute encore quelques années tant il est encore une des bases dus système chinois. Pris entre le désir de bien faire lié à celui de répondre à des demandes de plus en plus complexes de la part des usagers et un passé où l’administration se voulait un rempart contre les inéga­li­tés, la Chine a encore un long chemin à parcou­rir avant d’approcher cette simpli­ci­té et cette effi­ca­ci­té qu’aucun pays n’a jamais réus­si à réel­le­ment à atteindre.

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