La surpro­duc­tion touche un nouveau secteur majeur : le piment

Si les parcs des fabri­cants d’automobiles sont au bord de l’engorgement, un autre secteur de l’économie chinoise est en crise. Celui-ci concerne bien plus d’habitants que l’automobile puisqu’il s’agit du piment, un condi­ment incon­tour­nable dans la cuisine chinoise. Avec une baisse des cours de 50 % par rapport à l’an dernier, les agri­cul­teurs les plus touchés sont ceux du sud-ouest du pays et en parti­cu­lier dans le Guiz­hou.

Deux raisons majeures contri­buent à cet effon­dre­ment des cours faisant que les ache­teurs jouent d’autant plus à la baisse. La première est à attri­buer aux nouveaux plants ainsi qu’aux méthodes de culture plus modernes qui ont permis de doubler la produc­tion sur une même surface. Vient ensuite la concur­rence de régions tels le Hunan ou le Xinjiang qui mettent sur le marché des produits bien moins chers que ceux prove­nant du Guiz­hou. Béné­fi­ciant d’un faible taux d’hygrométrie, les produc­teurs des régions plus au nord sèchent leurs piments à l’air libre alors que plus au sud il est indis­pen­sable d’utiliser des séchoirs.

Se vendant il y a peu aux alen­tours de 25 yuans le kilo, le piment est progres­si­ve­ment deve­nu un reve­nu majeur pour les agri­cul­teurs des régions tradi­tion­nel­le­ment produc­trices. Consta­tant que ces plan­ta­tions étaient des plus rentables, les régions voisines ont emboi­té le pas sans que quiconque parmi les respon­sables de l’agriculture émette le moindre signal d’alarme sur le risque d’une surpro­duc­tion. Si les piments prove­nant du Yunnan ou du Guangxi sont loin de valoir ceux du Guiz­hou, ils ont pour effet de gonfler des stocks qui ont ensuite le plus grand mal à trou­ver preneur.

Si cette baisse est appe­lée à béné­fi­cier aux indus­triels et pour une moindre part au consom­ma­teur final, elle préci­pite de très nombreux agri­cul­teurs du Guiz­hou dans les diffi­cul­tés finan­cières dont ils commen­çaient tout juste à sortir. Sans doute manque-t-il à la Chine une forme de PAC (Poli­tique Agri­cole Commune) qui vien­drait régu­ler les produc­tions à l’échelon natio­nal. Lorsque l’on connait les ratés à répé­ti­tion de ces mesures au niveau de la CEE, on ne peut que consta­ter que la Chine va devoir là aussi inven­ter un système et non copier un des pires de tous. Il y a encore quelques décen­nies la Chine connais­sait des périodes de famine en raison de la sous-production chro­nique de son secteur agri­cole. Elle est aujourd’hui en surpro­duc­tion dans bien des domaines de son agri­cul­ture, ce qui laisse espé­rer que la prochaine étape sera l’équilibre.