La Suisse, le pays où démo­cra­tie a encore un sens

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1179-Suisse-AAvec un système sans oppo­si­tion poli­tique, la Chine est une dicta­ture. Cette réali­té diffi­ci­le­ment contes­table, bien que sur le terrain elle soit plus nuan­cée que sa stricte défi­ni­tion, s’oppose aux systèmes démo­cra­tiques. Pour ces derniers, c’est le peuple qui détient ou contrôle le pouvoir. Du fait d’évidentes raisons pratiques, la plupart des démo­cra­ties fonc­tionnent de manière indi­recte, les élus étant censés repré­sen­ter la voix du peuple. Au fil du temps, cette repré­sen­ta­ti­vi­té a été sensi­ble­ment mise à mal par la main­mise des partis poli­tiques qui para­chutent où ils le dési­rent les candi­dats qu’ils ont préa­la­ble­ment modelés.

Cette domi­na­tion des partis poli­tiques influence large­ment l’électorat qui dans bien des cas ne peut choi­sir qu’entre la peste et le cholé­ra. Rien d’étonnant dès lors que le fossé entre la popu­la­tion et la classe poli­tique ne cesse de s’élargir, les Fran­çais n’étant conviés à s’exprimer qu’une fois tous les cinq ans. Il existe toute­fois la voie du réfé­ren­dum, mais les articles 11 et 89 de la Consti­tu­tion laissent le seul Président de la Répu­blique déci­der de son orga­ni­sa­tion. Le réfé­ren­dum pouvant être substi­tué à un vote du Congrès réunis­sant les deux chambres, il n’est que très rare­ment utili­sé. On lave son linge en famille, on augmente ses rému­né­ra­tions, on décide de tout et parfois de rien, ce sans deman­der son avis à un peuple jugé trop stupide pour avoir une idée sur son présent et son avenir. Sa seule parti­ci­pa­tion se limite à donner sa voix à un très loin­tain repré­sen­tant de commerce travaillant pour une des deux entre­prises commer­ciales que sont le PS et l’UMP, les autres n’étant que des sous-traitants.

suisseLes Suisses étant sans doute consi­dé­rés comme plus adultes par leurs élus et mieux infor­més du fonc­tion­ne­ment de leur pays, il leur est régu­liè­re­ment deman­dé leur avis sur des ques­tions majeures. Inutile de mettre en avant la petite taille de ce pays compa­ré à « l’immensité » de la France, ce qui est possible au niveau d’un canton suisse l’étant à celui d’un dépar­te­ment. Entre 1971 et 2009, les Suisses ont été invi­tés à donner leur avis à 341 reprises sur des sujets très divers dont voici quelques exemples :

1°) Le 27 septembre 2009 a eu lieu un réfé­ren­dum obli­ga­toire sur une hausse de la TVA pour payer des pensions d’invalidité.

2°) Le 5 juin 2005, un réfé­ren­dum facul­ta­tif eut lieu contre l’équivalent suisse du PACS : le texte du parle­ment en faveur du Pacs a été approu­vé par 58% des voix.

3°) En juin 2013, le peuple suisse a approu­vé à 79 % les mesures visant à durcir la loi concer­nant l’asile des étran­gers.

4°) En novembre 2013, les Suisses ont reje­té le projet présen­té par la Jeunesse Socia­liste visant à limi­ter la rému­né­ra­tion des chefs d’entreprise.

5°) Aujourd’hui 9 février, ils doivent se pronon­cer pour ou contre la mise en place d’un quota annuel d’immigrés.

Venant s’ajouter aux réfé­ren­dums canto­naux et commu­naux, ces scru­tins natio­naux démontrent qu’une vraie démo­cra­tie ne se limite pas à l’insertion de ce mot dans des commen­taires suivant un article sur (contre) la Chine. Elle est la réelle expres­sion du peuple que les élus repré­sentent. Plutôt que de vaine­ment « coui­ner » lors d’une loi auto­ri­tai­re­ment déci­dée par la dicta­ture habillée de démo­cra­tie, les Fran­çais feraient bien de reprendre ou prendre ce qui est censé leur appar­te­nir : le pouvoir de déci­sion. En ont-ils réel­le­ment envie ? Rien de moins sûr à moins qu’ils attendent que leurs élus demandent la modi­fi­ca­tion de la Consti­tu­tion qui permet­trait l’organisation de réfé­ren­dums d’initiative popu­laire. Si tel est le cas, ils devront attendre que le système actuel soit déver­rouillé par les partis uniques, ce qui comme pour le fut du canon de Fernand Raynaud deman­de­ra un certain temps.