La porno­gra­phie en Chine vit ses derniers mois (en chinois dans le texte)

C’est du moins ce que peut lais­ser croire le lance­ment de la campagne « Nettoyage du web 2014 ». Cette campagne dotée d’importants moyens devrait nous valoir quelques articles de la part des médias fran­çais pour qui toute action des auto­ri­tés chinoises est syno­nyme d’atteinte à la liber­té et au droit d’expression. Les services char­gés d’appliquer les direc­tives n’ont en effet pas caché qu’un certain nombre de sites seraient fermés : « Tous les textes, les photos, les vidéos et les publi­ci­tés en ligne à carac­tère porno­gra­phique seront suppri­més. Les sites Inter­net, les chaînes et les colonnes web seront fermés ou verront leur licence admi­nis­tra­tive révo­quée s’il s’avère qu’ils comportent des conte­nus porno­gra­phiques ».

L’écrivain André breton défi­nis­sait la porno­gra­phie par cette formule « La porno­gra­phie, c’est l’érotisme des autres ». Ce point de vue semble parta­gé par le légis­la­teur chinois qui consi­dère comme porno­gra­phique la produc­tion, la diffu­sion publique, la vente et l’achat de docu­ments inci­tant aux rela­tions sexuelles. Aucun inter­dit par contre pour tout ce qui est privé, ce qui rejoint la pensée de l’écrivain.

Le problème en Chine comme dans la plupart des pays est de défi­nir avec exac­ti­tude la limite entre porno­gra­phie, art et même érotisme. L’article 365 du Code pénal énumère les sanc­tions en ce qui concerne la diffu­sion de la porno­gra­phie, mais en se gardant toute­fois de préci­ser les cas où elles s’appliquent. Si le web chinois regorge de photos et vidéos penchant vers la porno­gra­phie, il s’agit le plus souvent de suggé­rer que de publier ouver­te­ment des docu­ments porno­gra­phiques. Il est vrai que dans ce domaine de la sugges­tion, il est deve­nu diffi­cile d’échapper à la jeune fille dégra­fant son soutien-gorge pour démon­trer l’effet de la dernière poudre de perlim­pin­pin censée déve­lop­per la taille des seins. Certains webmas­ters chinois utilisent d’ailleurs ces images ou vidéos pour atti­rer les visi­teurs vers des sites n’ayant en réali­té aucun rapport. Il ne s’agit pas en fait d’une spéci­fi­ci­té locale, nombreux étant les blogueurs fran­çais et autres qui utilisent cet attrape-mouche.

La ques­tion que l’on est en droit de se poser est « Pour­quoi le web et pas les autres domaines riches en images voiture_ev0e5gsugges­tives ? » À la télé­vi­sion, la mini-jupe est un passage obli­gé pour toute jeune chan­teuse, mais sans doute en étant asso­cié à l’art et donc exclu. Il en est de même pour les salons auto­mo­biles où les photo­graphes profes­sion­nels et amateurs dirigent bien plus leurs objec­tifs vers la « calandre » de l’hôtesse que vers celle de la voiture. Alors pour­quoi le web ? Offi­ciel­le­ment pour proté­ger les mineurs et les valeurs sociales. S’il est ques­tion de valeurs, ce sont en fait bien plus celles finan­cières qui sont la cible de cette campagne qu’un désir de nettoyer le web de la porno­gra­phie. Celle-ci étant inter­dite, se sont déve­lop­pés d’importants réseaux de distri­bu­tion paral­lèle qui génèrent un impor­tant chiffre d’affaires. Ce secteur d’activité étant offi­ciel­le­ment clan­des­tin aucun prélè­ve­ment fiscal ne peut être appli­qué, ce qui repré­sente pour l’État un manque à gagner loin d’être négligeable. 

Cette sculp­ture n’est pas porno­gra­phique, mais une œuvre d’art. La même scène, mais sous forme de photo ou de vidéo le devient.

Le web chinois va-t-il deve­nir un univers stéri­li­sé de toute porno­gra­phie ? Peu de risques, car ce n’est pas l’objectif. Dans un pays où de très nombreux jeunes sont à la traîne en matière d’éducation sexuelle, un réel nettoyage aurait des consé­quences inverses aux souhaits affi­chés. Qu’il s’agisse de la Chine ou d’un autre pays, de la porno­gra­phie ou d’autre chose, l’interdit a souvent pour effet d’inciter à aller voir ce qui se passe de l’autre côté de la barrière. Comme d’habitude, les auto­ri­tés chinoises vont donc doser avec plus ou moins de succès ce qui a sa place sur les écrans et ce qui ne l’a pas, du moins en première page. Chan­ger le mot porno­gra­phique par artis­tique ou érotique ne deman­de­ra pas de grands efforts aux personnes concer­nées, ce d’autant plus que les reve­nus géné­rés par cette acti­vi­té rendent ingé­nieux.

Pour­quoi alors une campagne spéci­fique ? Pour rappe­ler que la diffu­sion de docu­ments porno­gra­phiques est inter­dite et qu’il faut par consé­quent reve­nir à une plus grande hypo­cri­sie discré­tion.